Quatres grands seigneurs

Tableau n° 4

Jacques Castelot
Guy Delorme
Bernard Dhéran
Jacques Toja

Ce carrousel vous présente quatre grands seigneurs du septième art. De la classe, du panache, de l'élégance et des voix remarquables 

Guy Delorme vient de nous quitter. Nous aurions aimé lui dire notre amitié de son vivant… Certains parmi nos visiteurs nous ont demandé de lui rendre hommage et c'est bien volontiers que nous le faisons

Jacques Toja, lui, est parti il y a 10 ans, mais nous n'oublions ni son élégance, ni son talent …

Jacques Castelot, comédien très souvent costumé, méritait tout autant qu'on lui consacre une page.

Quant à Bernard Dhéran, nous aimons lui dire notre plaisir de l'applaudir au théâtre et de le voir sur nos écrans puisqu'il mène une carrière très riche sur tous les plans.

Donatienne, mai 2006
… un grand seigneur
Bernard DhéranBernard Dhéran

Artiste complet ayant mené de façon magistrale une carrière au théâtre comme au cinéma, Bernard Dhéran est né à Dieppe, le 17 juin 1926.

Il commence sa carrière par le théâtre, en 1947, et apprend son métier de comédien dans la troupe de Jean-Louis Barrault-Madeleine Renaud, au Théâtre Marigny.

Il entre ensuite à la Comédie Française en 1953, la quitte pendant 2 ans, et y revient pendant 30 ans jusqu'en 1989. Pendant cette période, il jouera les grands rôles du répertoire classique.

Parallèlement, il vient au cinéma, puis au petit écran, où on le voit dans pas moins de 94 films ou émissions !

Après une courte apparition dans «Le diable boiteux» de Sacha Guitry (1948), il entame sérieusement sa carrière cinématographique en 1952 dans le film de René Clair, «Les belles de nuit» aux côtés de Gérard PhilipeGérard Philipe. Ensuite, Sacha Guitry lui confiera des rôles dans ses grandes fresques «Si Versailles m'était conté», «Si Paris m'était conté» et «Napoléon» où il est Bourienne, le confident de l'empereur. Suivra une longue série de films, tous très différents les uns des autres…

"J'ai eu la chance dans ma vie de jouer et de tirer beaucoup de cartes de toutes sortes ! J'ai touché un peu à tout, à la fantaisie, aux films aussi bien débridés que sérieux ! J'ai joué les méchants, les snobs, les élégants, je refuse d'être catalogué dans les rôles costumés même si en même temps je ne refuse pas de les tourner." (2003)

Certes, cet acteur aux multiples talents aura su varier ses choix et nous offrir un panel impressionnant de visages !

Il est aussi bon comédien dans «Les hommes en blanc» avec comme partenaire Jeanne Moreau, que dans «Ce soir les jupons volent» avec Sophie Desmarets, dans «Classe tous risques» de Claude Sautet ou dans «Bernadette» de Jean Delannoy.

Un trombinoscope à géométrie variable…

Peu d'artistes auront réussi comme lui à se glisser dans la peau de Richelieu, Beaumarchais, Talleyrand, Robespierre, Voltaire, Bourienne, Boildieu et encore Marc-Antoine Charpentier. Peu auront exercé pareillement la profession de chirurgien, médecin. Peu auront servi sous le grade de général, colonel, capitaine, brigadier. Peu auront assumé les charges de procureur, avocat, juge, ministre, et même ambassadeur. Enfin, peu auront porté le titre de Comte, Baron et Chevalier. Tout cela en une seule vie !

Bernard DhéranBernard Dhéran

Tous ces rôles sont bien sûr joués avec talent, élégance, et accompagnés d'une voix très facilement reconnaissable, très noble et belle à tel point que les professionnels du doublage lui confieront les voix de grands acteurs étrangers.

Bernard Dhéran compose également les voix françaises de David Niven, Alec Guinness, Sean Connery, Anthony Hopkins, Christopher Lee, Ian Mac Ellen, Christopher Plummer. "Le doublage est un art amusant" déclare-t-il. Il s'est aussi risqué à prêter sa voix à des personnages de dessins animés comme l'Empereur de Chine dans «Mulan» ; mais il avoue avoir aimé un peu moins !

Parmi les derniers rôles marqués sur le grand écran, «Ridicule» en 1995 de Patrice Leconte ("Notre Woody Allen à nous", plaisante-t-il) avec Jean Rochefort et «L'antidote» en 2004 avec Christian Clavier et le regretté Jacques VilleretJacques Villeret.

Depuis son départ du “Français” en 1989 , il ne néglige pas pour autant le théâtre et on peut l'applaudir sur les scènes parisiennes pratiquement tous les ans ! A la prestation d'acteur, il rajoute la mise en scène et la décoration.

En 2006, il joue encore tous les soirs au Théâtre du Palais Royal la pièce de Laurent Baffie, «Toc Toc», campant un ahurissant vieux monsieur atteint d'un TOC et qui profère injures et grossièretés… Un rôle inhabituel mais où il prend certainement beaucoup de plaisir…

Que manque-t-il à une carrière si riche ? Peut-être le grand rôle de premier plan qu'un tel comédien mérite… Mais il n'est pas trop tard. Pour reconnaître le talent, il n'est jamais trop tard…

Nous espérons vous applaudir encore très longtemps, Monsieur Dhéran.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2006)
Ed.7.2.2 : 22-10-2016