Quatre frimousses d'anges

Tableau n° 5

Roberto Benzi
Jean Claudio
Jean Forest
Christian Fourcade

Voici quatre frimousses d'anges, quatre petits garçons qui ont offert leur grâce enfantine au 7e art.

Roberto Benzi, l'enfant prodige de la musique et du cinéma.

Jean Claudio, le petit garçon vedette de l'entre-deux guerres.

Jean Forest, une petite gloire du cinéma muet.

Christian Fourcade, le petit héros de l'immédiate après-guerre.

Tous les quatre surent montrer le chemin des sourires et des larmes aux publics qu'ils avaient su séduire. Retrouvons-les dans leur carrière respective et remercions-les d'avoir été si beaux, si sincères et si émouvants !

Donatienne, octobre 2006
… un musicien prodige
Roberto BenziRoberto Benzi

Ce bel angelot bouclé aux petites joues rondes se nomme Roberto Benzi, le petit musicien prodige, chouchou de toute l'Europe au début des années 50.

Le petit Robert, rapidement appelé Roberto par référence à l'origine italienne de ses parents, est né le 12 décembre 1937 à Marseille, où son papa enseigne le solfège. On comprendra que l'enfant soit très tôt attiré par la musique. On décèle chez lui un don précoce et une “oreille absolue”. Il n'a pas quatre ans qu'il apprend déjà ls solfège et pratique le piano !

Un peu plus tard, un chef d'orchestre fameux, André Cluytens, le forme à la direction d'orchestre… alors qu'il n'a pas 10 ans ! A 11 ans, il dirige seul son premier orchestre.

C'est à ce moment là que le cinéma s'intéresse à lui. Il ne tournera que deux films, mais ce sera suffisant pour séduire tous les publics, même ceux qui ne sont pas forcément mélomanes, et cela dans toute l'Europe. Introuvables à ce jour, ces deux films sont l'objet de demandes récurrentes sur différents sites de cinéma et de musique. Avis aux éditeurs !

Citons d'abord «Prélude à la gloire», en 1949, une réalisation de Georges LacombeGeorges Lacombe sur un scénario et des dialogues de Jean Bernard‑LucJean Bernard-Luc, une œuvre primée au Festival de Cannes en 1950. Dans cette histoire, il est Roberto Luigi, un petit garçon dont le rêve secret est de diriger un orchestre. Il apprend la musique avec un vieux professeur (Jean Debucourt) sur l'orgue de l'église . Lors d'un concert dans sa ville, il assiste en cachette aux répétitions. Son sens musical très développé lui permet de remarquer les fautes des musiciens et, comme les enfants savent le faire, il ose les signaler L'impresario de la vedette du concert ne met pas longtemps à extrapoler sur ce que pourrait rapporter “l'exploitation” d'un tel petit prodige. Il l'embauche et l'emmène ... Le succès ne tarde pas et le jeune Roberto devient une vedette que tout le monde applaudit. Les embrouilles douteuses et vénales de ses “exploiteurs” (Paul BernardPaul Bernard, Louise Conte et Robert Pizani) n'empêcheront pas le petit musicien de diriger un jour un grand orchestre qui joue «Les préludes» de Liszt, qui deviennent ses propres "préludes à la gloire".

En 1952, Roberto Benzi tourne un autre film musical, «L'appel du destin», également réalisé par Georges Lacombe , sur des dialogues de Jacques Viot. Il y incarne encore un petit chef d'orchestre mais cette fois il est une vedette. Et puis il a 3 ans de plus. Il s'appelle Roberto Lombardi. Sa “mère”, (Jacqueline PorelJacqueline Porel) l'a élevé toute seule. Au cours d'une tournée en Italie, il rencontre son “père” (Jean Marais) dans des circonstances douloureuses. Il réalise le drame de la séparation de ses parents et est obligé de constater que son père n'est plus qu'une épave, rongée par l'alcool. C'était pourtant un grand pianiste virtuose. L'enfant va tout faire pour aider ce père à se ressaisir, à retrouver une dignité et à reformer le trio familial.

Jean Marais, qui, à 40 ans, joue pour la première fois un rôle de père dans ce touchant mélodrame, rendra un hommage appuyé au jeune musicien. Le film, sorti en août 1953, ne connut pas le même succès que le précédent. Roberto Benzi nous confia récemment : "Cela tenait à la lourdeur du scénario, en particulier des dialogues, et au fait que j'entrais dans l'âge ingrat". Très admiratif, il ajoute, à propos de Jean Marais: "Il y est d'une très grande intensité dramatique. Avec le recul, je regrette de ne pas l'avoir encore mieux connu, car c'était un être exceptionnel, d'une générosité insurpassable".

Le fait que dans ces deux opus cinématographiques, Roberto porte son propre prénom entretient la confusion dans l'imagination des enfants qui veulent ressembler au petit héros. Où est la légende ? Où est la réalité ? Nombreux sont ceux qui veulent apprendre la musique et qui rêvent de diriger un orchestre !

Roberto, chef d'orchestre…

Roberto BenziRoberto Benzi

En 1954, à Marseille, l'adolescent dirige «Le barbier de Séville», une œuvre chantée par la cantatrice-rossignol Mado Robin dans le rôle de Rosine. (voir article Paris-Match)

Le jeune prodige est un brillant élève, qui poursuit ses études et passe le bac avec mention. A la Sorbonne, il entame des études de lettres, et parallèlement mène des études musicales approfondies.

C'est enfin une carrière de chef d'orchestre international qui s'ouvre devant lui. Quelle capitale ne l'a pas accueilli ? Quel grand orchestre n'a-t-il pas dirigé ? Paris bien sûr, New-York, Londres, Moscou, Saint-Pétersbourg, Rome, Madrid, Berlin, Munich, Prague, Sofia, Zurich, Vienne, Jérusalem, Tokyo, Montréal, Pittsburgh, Capetown (Le Cap), Beijing (Pékin)…

Il a participé à de nombreux grands festivals, a fondé l'orchestre de Bordeaux-Aquitaine ; il a été directeur et conseiller artistique de plusieurs grands ensembles musicaux. Depuis 1973, il enseigne la direction d'orchestre dans le cadre de "Masterclasses" en France, en Suisse, aux Pays-bas. Parallèlement, il a enregistré de nombreux disques et publié plusieurs orchestrations.

Depuis de nombreuses années, il est l'époux de la cantatrice française Jane Rhodes, décédée le 7 mai 2011.

Monsieur Roberto Benzi a été nommé Chevalier de la Légion d'honneur, de l'Ordre National du Mérite, des Palmes Académiques et dans l'Ordre Royal Hollandais du Nederlandse Leeuw.

En novembre 2007, il nous a fait l'honneur d'une charmante dédicace

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (octobre 2006)
Jean Marais…

Georges Lacombe me demande de me métamorphoser en père de Roberto Benzi pour le film «L’appel du destin».

Lacombe prend des gants car il craint que je ne veuille pas être un père. J’accepte pour cette raison au contraire afin de changer d’emploi avant d’y être obligé par l’âge.

Ce fut pour moi une grande joie d’être le père d’un enfant merveilleux. Roberto Benzi avait 14 ans. Rien n’était plus émouvant que de voir cet enfant se métamorphoser en un grand chef d’orchestre puis, sitôt après sa performance, redevenir un enfant, s’amusant comme tel.

Jean Marais - Mes Métamorphoses

Paris découvre que le petit Roberto est soudain devenu Monsieur Benzi…

Au théâtre du Châtelet, dimanche dernier, face aux 80 musiciens de l'orchestre des concerts Colonne, Roberto Benzi a triomphé de l'épreuve la plus difficile de sa carrière. Six années auparavant, à la tête de la même formation, gamin aux culottes courtes et à la chevelure bouclé, il avait stupéfié le monde.

Aujourd'hui, en pantalons longs, les cheveux coupés, il a montré que l'enfant prodige, devenu homme, est resté un grand chef d'orchestre. Mais, sorti de scène, le "maître" redevient l'élève de seconde moderne, Roberto Benzi, qui prépare son bacalauréat au collège de Franconville

Sa passion: les voitures. Il connaît par coeur les caractéristiques de toutes les marques d'automobiles.

Le mois prochain, Roberto dirigera à Marseille, où il est né, son premier spectacle lyrique, «Le Barbier de Séville». Mais son rêve serait de conduire une oeuvre moderne méconnue, la 4° Symphonie de Bruckner.

PARIS MATCH, 1954

Ed.7.2.1 : 10-8-2015