Quatre frimousses d'anges

Tableau n° 5

Roberto Benzi
Jean Claudio
Jean Forest
Christian Fourcade

Voici quatre frimousses d'anges, quatre petits garçons qui ont offert leur grâce enfantine au 7e art.

Roberto Benzi, l'enfant prodige de la musique et du cinéma.

Jean Claudio, le petit garçon vedette de l'entre-deux guerres.

Jean Forest, une petite gloire du cinéma muet.

Christian Fourcade, le petit héros de l'immédiate après-guerre.

Tous les quatre surent montrer le chemin des sourires et des larmes aux publics qu'ils avaient su séduire. Retrouvons-les dans leur carrière respective et remercions-les d'avoir été si beaux, si sincères et si émouvants !

Donatienne, octobre 2006
… un gamin d'Paris
Jean ForestJean Forest

Ce petit garçon si beau et si émouvant, c'est Jean Forest . Lui c'est le vrai titi parisien ! Un petit gars de la butte… Songez…

Il naît le 25 septembre 1912, place du Tertre, la patrie des petits poulbots, au numéro 9 exactement. Et c'est là qu'il habite quand il est découvert par les metteurs en scène.

Le premier, Jacques Feyder , choisit ce petit bonhomme au visage si expressif, sensible, naturel, pour le personnage de La Souris dans «Crainquebille» d'après la nouvelle d'Anatole France . Nous sommes en 1922.

L'intrigue est simple : un vieux marchand de quatre saisons, Crainquebille (Maurice De FéraudyMaurice de Féraudy) est jugé et jeté prison. Il est accusé d'avoir insulté un agent (Félix OudartFélix Oudart). Délaissé de tous, il trouvera sur son chemin d'infortune un petit garçon (Jean Forest) qui seul l'aidera à s'en sortir.

Jacques Feyder ne perd pas de vue le jeune Forest puisqu'il lui confie le rôle vedette de son magnifique film «Visages d'enfants» en 1923. Jusque là, les enfants ne jouaient que de gentils rôles de figuration , un peu comme de petites marionnettes amusantes. Mais Jacques Feyder prend le risque de miser sur le talent d' un enfant de 11 ans pour le rôle de premier plan !

Film sublime, un chef d'œuvre du cinéma muet qui pour la première fois peint la détresse enfantine devant la mort. Ce film si ancien relate l'histoire d'une famille recomposée et ce thème intemporel est traité de telle façon qu'il en devient terriblement actuel. Car l'enfance malheureuse, hélas, est de toutes les époques…

Jean Forest, le petit Parigot, se glisse dans la peau d'un petit montagnard du haut Valais. Avec son père (Victor Vina), il vit le grand chagrin de perdre une épouse et une mère. Seule la petite sœur Pierrette (Pierrette Houyez) ne réalise pas le drame. Le temps passe et le papa envisage de refaire sa vie. Sa nouvelle épouse, Jeanne, ( Rachel Devirys , un ancien mannequin cantonnée jusque là dans des rôles mondains), est mère d'une fillette Arlette (Arlette Peyran). Le petit Jean, pourtant bien préparé par son parrain-curé (Henri Duval), vit très mal cette union et ce mal-être ira jusqu'au drame…

On note que le metteur en scène a eu l'idée de conserver les prénoms réels des enfants pour leur permettre de mieux entrer dans l'histoire. Françoise RosayFrançoise Rosay contribue à l'écriture du scénario et prend une place d'assistante pendant le tournage.

A sa sortie, en 1925, la critique reconnaît en ce film une grande réflexion sur les douleurs de l'enfance. Le public par contre le boude, choqué par la dureté du thème abordé… Un film en avance sur son temps… Ce long métrage de près de 2 heures, récemment restauré, réjouira les amateurs de bon cinéma. "S'il me fallait retenir un seul film de toute la production française des années 20, c'est assurément 'Visages d'enfants' que je retiendrais…" (Jean Mitry).

Dur de ne plus être un enfant…

Jean ForestJean Forest

Le jeune Forest tourne ensuite plusieurs films. Le couple Jacques Feyder/Françoise Rosay pensera encore à lui pour «Gribiche» ; mais l'enfant grandit, et le tournant n'est pas facile à négocier. Le public a du mal à suivre, d'autant que le cinéma parlant est arrivé.

On remarque tout de même le jeune acteur dans «Golgotha» de Julien Duvivier – film dans lequel il incarne Jean et où Robert Le ViganRobert Le Vigan campe un Christ si bouleversant – ainsi que dans «La route impériale» de Marcel l'Herbier aux côtés de Pierre Richard‑WillmPierre Richard-Willm .

La carrière cinématographique du jeune homme s'arrête en 1935. Adulte, il est heureusement doté d'une belle voix grave qui lui facilitera une bonne carrière à la radio où son fils (dont la marraine est Françoise Rosay) viendra le rejoindre.

Jean Forest est décédé à Sauvigny-le-Bois dans l'Yonne le 27 mars 1980.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (octobre 2006)
Ed.7.2.2 : 25-10-2016