La chambre verte de 2006

Tableau n° 6

Philippe Castelli
Philippe Dumat
Daniel Emilfork
Claude Piéplu

L'année 2006 nous aura privés – entre autres – de quatre voix que nous n’oublierons pas, quatre voix très différentes…

La plus grave, magnifique est celle de Daniel Emilfork.

La plus décalée et la plus lente, celle de Philippe Castelli

La plus typée et la plus populaire aussi, appartenait à Claude Piéplu.

Enfin la plus cachée mais que nous connaissons tous, celle de Philippe Dumat.

Elles vont nous manquer, mais nous les entendrons toujours avec émotion et plaisir sur les bandes son de chacun de leurs films.

Donatienne, janvier 2007
… Il avait une histoire
Philippe CastelliPhilippe Castelli

Avec sa voix traînante, nasillarde quelque peu, accompagnée d’un léger zézaiement, Philippe Castelli faisait partie des comédiens exentriques , ne ressemblant à personne… Mais s’il a fait partie du paysage cinématographique de ces 50 dernières années, on ne trouve que peu de biographies, il ne figure pas dans les ouvrages actuels de cinéma, et pourtant tout le monde le connaît !

Il est né le 26 juin 1925 à Chaville. Son père était un industriel dans le secteur de l’électricité, un métier sérieux.

Le jeune Philippe ne se consacre pas comme il le faudrait à ses études. Il passe à côté du bachot et se lance dans de petits boulots. Ainsi, il vend des livres en faisant du porte à porte, puis il travaille dans une usine de savons ; mais il se fait renvoyer pour manque de motivation !

Il a envie de s’amuser, de divertir. C’est alors qu’il a l’idée de s’inscrire au petit conservatoire de la chanson dont s’occupe la célèbre chanteuse MireilleMireille. Celle-ci, du premier coup d’œil lui trouve une originalité : il est un personnage ! mais elle lui conseille, bien plus que le chant, de se lancer dans la comédie.

Ses premiers contrats, vers la fin des années 50, seront pour des spots publicitaires. L’on se souvient du bonbon Polo qu’il nous vantait…celui qui "avait un trou d’dans" ! Un autre souvenir de spot de télévision qui viendra plus tard, où on le voyait inciter un basset à franchir une haie avec un "Saute…" qui était tout sauf dynamique… Mais je me souviens que mes petits élèves d’alors, répétaient ce "sau… au… au… au… te" qui les faisait bien rire.

En 1957, Yves RobertClaude Chabrol, le premier, lui donne sa chance dans «Ni vu, ni connu». Claude Chabrol enfonce le clou avec «Les bonnes femmes» (1960) avant de le reconvoquer pour deux autres films : «Les godelureaux» (1961) et «Landru» (1962). Suivront près de 90 rôles de valets, de garçons de café, d’employés d’hôtel, d’agents , de portiers… mais on le verra souvent aux côtés des plus grands et même s’il ne dit pas un mot , on le repèrera tout de même ! Sa longue silhouette mince, son crâne dégarni son débit de parole extrêmement lent, et son phrasé un peu précieux, ses grandes lunettes carrées feront qu’il sera très facilement reconnaissable.

Par ailleurs son comique viendra aussi de son attitude flegmatique, résignée et de ses répliques, souvent très décalées par rapport à l’intrigue et au rythme du scénario, prononcées d’une voix presque chantante, et qui feront qu’on les retiendra facilement ! On se souvient du "Eh bien on va vous retirer votre permis avant même de l’avoir eu" suivi du "Ben vous êtes recalé" à un Belmondo monté sur 100 000 volts dans «Flic ou voyou !»(1979).

Georges Lautner…

Philippe CastelliPhilippe Castelli

C'est Georges LautnerGeorges Lautner qui lui octroiera sa confirmation cinématographique en le choisissant 14 fois ! Et dans des films qui marquent : «Les tontons flingueurs» (1963, où il est le tailleur de Fernand Naudin à la fin du film, tandis que son frère tient le rôle du photographe), «Des pissenlits par la racine» (1963), «Les barbouzes» (1964, et sa phrase culte si l’on peut dire : "Un client part, un autre arrive"), «Quelques messieurs trop tranquilles» (1973), «Mort d’un pourri» (1977)…

Un autre réalisateur lui accordera sa confiance à quatre reprises, Jean-Pierre MockyJean-Pierre Mocky, pour «La grande frousse» (1964), «La bourse ou la vie» (1965), «La grande lessive (!)» (1968), «Chut» (1972).

D’autres enfin, tout aussi prestigieux tels Jean Renoir («Le caporal épinglé», 1961), Jean Girault, Edouard Molinaro, Philippe de Broca, Jean Claude Brialy, André Hunnebelle («Fantomas», 1964), Jacques Deray etc…. Quant aux partenaires, citons Alain Delon qu'il côtoiera plusieurs fois («Pour la peau d'un flic» en 1981, «Le battant» en 1982, etc), Mireille Darc («L'homme pressé» en 1977), Jean-Paul Belmondo («Le guignolo» en 1980, etc), Bourvil («La grande frousse» en 1968), Louis de Funès («Une souris chez les hommes» en 1964), Lino Ventura («Les barbouzes» en 1964), Jean Marais («Fantomas» en 1964)…

Il sera également présent dans des séries très appréciées à la télévision: «La demoiselle d’Avignon», «Les facéties du sapeur Camembert», «Quentin Durward»… On le verra dans l’émission de jeu «L'académie des neuf». Par ailleurs, il enregistrera quelques chansons comme «La madelon des parachutistes», «Quel panard d’être loubard», et «Toutes, je les veux toutes !».

En tous cas, il aura réussi à faire éclater de rire Jerry Lewis lui-même en baragouinant un anglais très parigot-Castellien. Et lorsque l'animateur Philippe Bouvard l’intègre dans son équipe des «Grosses têtes» en 1977 sur les recommandations du chroniqueur Paul Wermus, il démarre une seconde carrière. Tout le monde le remarque , lui, ses retards, ses trous de mémoires , ses histoires qui ne valent pas forcément un clou mais qui sont précédées toujours du traditionnel : "Ah ! J’ai une histoire !"… Souffre-douleur de toute cette équipe d’affreux jojos, il encaisse cependant les quolibets et les moqueries. Il a le soutien du public et contribue au succès de l’émission quotidienne sur RTL. Mais derrière son flegme se cachait sans doute un clown triste…

Philippe Castelli, célibataire, fut extrêmement discret sur sa vie privée.

Il s’est éteint le 16 avril 2006 à l’hôpital Georges-Pompidou à Paris, des suites de complications cardio-respiratoires. On ne comprendra pas, il est vrai, qu’aucun membre de la facétieuse académie des grosses têtes ne soit venu lui dire un dernier au-revoir, pas plus d’ailleurs que ses anciens metteurs en scène ou partenaires. Ce vide accentuera bien sûr le chagrin de ses proches, sa sœur et son frère.

Le public par contre était là à la cérémonie religieuse à Saint-Jean-Baptiste de Grenelle à Paris (XVème) qui accompagnera son départ. Il repose maintenant au cimetière de Montmartre.

Georges Lautner, dans l’impossibilité de se déplacer, s’exprimera, empruntant une jolie phrase à Pagnol : "Telle est la vie des hommes : Quelques joies très vite effacées par d'inoubliables chagrins. Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants . Adieu Philippe et embrasse le ’petit cycliste‘ (Michel Audiard) pour moi."

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2007)
Ed.7.2.2 : 27-10-2016