La chambre verte de 2006

Tableau n° 6

Philippe Castelli
Philippe Dumat
Daniel Emilfork
Claude Piéplu

L'année 2006 nous aura privés – entre autres – de quatre voix que nous n’oublierons pas, quatre voix très différentes…

La plus grave, magnifique est celle de Daniel Emilfork.

La plus décalée et la plus lente, celle de Philippe Castelli

La plus typée et la plus populaire aussi, appartenait à Claude Piéplu.

Enfin la plus cachée mais que nous connaissons tous, celle de Philippe Dumat.

Elles vont nous manquer, mais nous les entendrons toujours avec émotion et plaisir sur les bandes son de chacun de leurs films.

Donatienne, janvier 2007
… une voix plus qu'une silhouette
Philippe DumatPhilippe Dumat

Voilà un comédien qui mérite notre souvenir, et que le public connaît sans pour autant mettre un visage sur son nom… On le confond souvent avec Roger Carel, ou encore avec un comédien presque homonyme, Roger Dumas, sans compter Philippe Dumas, le dessinateur. Il est temps de rendre hommage à ce grand monsieur du doublage, disparu le 11-1-2006.

Philippe Yves Jean Dumat est né le 4 mars 1925 à Neuilly-sur-Seine. Dès sa plus tendre enfance, il veut jouer la comédie. En pleine guerre, il a 18 ans lorsqu'il obtient un engagement pour devenir la doublure de trois personnages de la comédie «Rien qu’un baiser».

A cette époque, il rencontre Alfred PasqualiAlfred Pasquali, comédien et metteur en scène quelque peu colérique. Ce dernier se montre très désagréable avec le jeune Dumat, ne lui proposant qu’un rôle de choriste dans la comédie musicale «Feux du ciel». Philippe a l’audace de refuser, d’autant plus qu’il a des contrats pour une tournée en province avec les pièces «La porteuse de pain» et «Les deux gosses».

En 1956, il intègre la troupe de Robert DhéryRobert Dhéry, les célèbres «Branquignols», où sévissent déjà Colette BrossetColette Brosset, Jacques LegrasJacques Legras, Pierre TornadePierre Tornade, etc.

Au cinéma, il tient des seconds rôles dans certains films de Jean Girault («Les livreurs», «Les gorilles»). Il figure au générique de «Pouic Pouic» (1963), et du «Petit baigneur» avec De Funès où on a plaisir à le retrouver avec ses amis Dhéry-Brosset, Tornade, mais également avec son épouse, Nicole Vervil. Il est ainsi “en famille”, connaissant bien toute la bande.

On le retrouve dans les premières scènes des «Parapluies de Cherbourg», puis, plus tard, aux côtés de Jean Gabin et de Jean-Claude Brialy dans «L'année sainte» (1976).

Son plus bel organe…

Philippe DumatPhilippe Dumat

Mais Philippe Dumat est avant tout “le” grand comédien du doublage, et cela dès 1956. Avec son épouse, la chanteuse et comédienne Nicole Vervil (Mme Gerber, l'épouse de Michel Galabru dans la série des «gendarmes»), il va se consacrer à cette activité avec grand talent en compagnie de ses amis Roger CarelRoger Carel, Francis LaxFrancis Lax et plein d’autres… Dans le monde du doublage, il était appelé affectueusement “le papi”.

Nous connaissons tous la voix de Philippe Dumat qu'il prêta à d’immenses artistes : Laurence Olivier dans la version française de «Le limier», Peter Ustinov dans «Le tour du monde en 80 jours», Albert Finney dans «Le crime de l’Orient-Express», Henry Fonda dans «La maison du lac», Jack Lemmon et Eli Wallach, on l’entend dans les dessins animés, Gargamel des «Schtroumpfs» (C’est Peyo lui-même qui l’a choisi), le triste Sire Jean du «Robin des Bois» de Disney, Oncle Picsou du même Disney, Satanas des «Fous du volant...» etc… On peut regretter que les dessins animés où on pouvait aisément reconnaître son talent soient les uns après les autres resynchronisés, perdant leur cachet originel. Ainsi «Peter et Eliot le dragon», certains Picsou, et «L'apprentie sorcière».

Plus actuelles sont “ses voix” dans «Harry Potter» où il double l’acteur Robert Hardy, alias le ministre de la magie, Cornélieus Ludge. C’est lui également qui prête sa voix à Alec Guiness, le jedi Obi-Wan de «La Guerre des Étoiles».

A la télévision, c’est lui Monsieur Drummond (le papa d’Arnold & Willy), Papa Shultz, Bosley dans «Les drôles de dames», l’oncle Arthur de «Ma sorcière bien aimée», l’épicier du «Docteur Quinn» et de bien d’autres personnages… Sa série préférée était «Matlock» où il prêtait sa voix au comédien Andy Griffith.

Depuis le 6 avril 2001, il travaillait pour la radio «Rires et Chansons» et, avec sa voix dont il savait si bien jouer, enregistrait toutes les publicités de la maison.

Il nous a donc quittés à l’âge de 81 ans, le 11-6-2006, rejoignant son épouse disparue quelques années plus tôt. Quand ils ont appris son décès, tous les «voxophiles» ont été dans le chagrin.

Sources…

Merci à Rémi Caremel qui, ayant eu la chance de cotoyer le comédien, a su nous dire combien cet homme était charmant et nous fournir à son sujet de précieux renseignements.

Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2007)
Ed.7.2.2 : 26-10-2016