Le petit monde de Marcel Pagnol (1)

Tableau n° 7

Charles Blavette
Clairette
Marcel Maupi
Alida Rouffe

Pour ce carrousel des beaux jours retrouvés, il nous fallait le chant des cigales et le soleil du midi !

Voici donc quatre personnages attachants, pittoresques, différents bien sûr mais qui ont tous les quatre un point commun, celui d’avoir été choisis par celui qu’ils appelaient Maître Pagnol.

Alida Rouffe, à tout jamais l’Honorine de la trilogie

le petit clown Maupi

le calme et sobre Charles Blavette

la douce et tendre Clairette, repérée toute jeune pour incarner la fille de Raimu et qui mènera une très grande carrière chez nos cousins du Québec.

Donatienne, avril 2007

Nota: l'illustration musicale est extraite d'une oeuvre de Vincent Scotto, «Tout autour de la Corniche».

Marcel MAUPI (1881 / 1949)

… le chauffeur du ferryboîte
Marcel MaupiMarcel Maupi

Marcel Louis Alexandre Barberin, qui devait devenir Maupi, est né le 6 novembre 1881, à Marseille. Il est le fils de Raymond Fortuné Barberin et de Marie Anaïs Désiré Anoï.

Pendant la Première Guerre Mondiale,comme nombre de ses contemporains, il sert son pays avec dévouement, nous offrant l'occasion de vous présenter ce magnique document.

Démobilisé, il se risque sur les scènes marseillaises et varoises et, de ci, de là, fait la connaissance de RaimuRaimu à l’Alcazar, ainsi que d’Edouard DelmontEdouard Delmont et d’Alida RouffeAlida Rouffe. Beintôt, il acquiert une petite renommée régionale.

Raimu, justement, est déjà à Paris . Il s’ennuie et son copain lui manque. Il supplie Marcel de venir le rejoindre.

Maupi débute bientôt au Concert Mayol. C’est là sans doute qu’il retrouve Jules, son cadet de deux ans. Puis il se produit à la Porte Saint-Martin, au Théâtre Moncey et aux Bouffes du nord. Sa façon de faire jouer tous les muscles de sa petite bille de clown, son talent naturel, son aisance lui permettent de se glisser dans toutes sortes d’ emploi, aussi bien un commis-épicier, un matelot, un paysan, un cuisinier chinois qu’un milliardaire…

Marcel se marie une première fois avec Marie Fouard. Mais il divorce pour épouser en secondes noces Berthe Albertine Simon, une gentille et rondelette petite parisienne avec qui il sera heureux. Cela ne l’empêchera pas de donner de fréquents coups de canifs dans le contrat ! En effet, Maupi est un joli-cœur qui papillonne très facilement. Il aura beaucoup de succès auprès des dames malgré son physique malingre ! Ce succès intriguera Raimu qui se l’expliquera ainsi : "Maupi ? Il est petit…peuchère !" et d’ajouter en forme de confidences coquines que la nature a compensé cette petite taille en le dotant avantageusement dans son anatomie intime. Le petit bonhomme Maupi le laisse dire… parfois vexé, souvent indulgent, toujours philosophe. Les deux hommes se connaissent si bien ! (anecdote rapportée par Paulette Brun, «Raimu, mon père»).

Le joli-cœur et le poisson pilote…

Marcel MaupiMarcel Maupi

Certains auront dit que Maupi était le souffre-douleur de Raimu. C’est sans doute un peu vrai. L'écrivain et chroniqueur Raymond Castans expliqua cela avec humour: "Maupi pour Raimu, c’était son poisson-pilote, son porte-valise, son commissionnaire, son souffre-douleur, son partenaire à l’écarté et son ambassadeur extraordinaire pour régler les embrouilles avec Marcel Pagnol". Car Maupi sera l’un des piliers de l’équipe Pagnol, et restera très lié à l’écrivain et à sa famille. Mais ce sera surtout une réelle, très belle et longue amitié de plus de 40 ans qui les unira jusqu’à la mort du grand Jules en 1946. Maupi gardera une photo datant de 1929, photo que Jules lui avait donnée et dédicacée : "A mon camarade, le Grand Maupi" ! Le petit homme fera vraiment partie de la famille de Raimu. Il aura été le témoin à son mariage avec Esther – qu’il appelait “Sther” – en 1936.

On sait maintenant que Raimu ne savait pas dire des mots affectueux tellement il était pudique. Son sentiment profond, il fallait le deviner et son affection pour Maupi se résume à travers la réplique qu’il prononce dans «César», chef d’œuvre de mauvaise foi : "Moi coléreux ? Alors que je supporte ce macaque (Maupi) qui ne paie jamais ses consommations et qui de plus ne boit jamais rien…".

Sans Raimu et Pagnol, Maupi serait peut-être resté ce petit clown de caf’conc’ qu’il était à ses débuts. Raimu avait besoin de l’avoir près de lui. La présence du “petit” rassurait “le grand” . Les producteurs l’avaient bien compris et quand ils voulaient Raimu sur leur film, ils glissaient: "Nous avons prévu pour Monsieur Maupi le rôle du client ou du concierge ou encore du facteur…". Et Raimu de feindre : "Il faut lui en parler. Je crains qu’il ne soit pas libre à ce moment-là". Mais Maupi était toujours libre. Ils tourneront 20 films ensemble !

Dans toutes les biographies de Raimu, on trouve les qualificatifs “l’inséparable Maupi”, “l’inévitable Maupi” , “l’incontournable Maupi”, “l’indispensable Maupi”… Il a existé, c’est vrai, dans l’ombre de Raimu. Cependant, il y a gagné lui aussi. Il aura profité de l’aura qu’avait son illustre et bruyant ami. Ils aimaient se promener tous les deux sur les grandes avenues parisiennes, Raimu, habillé comme un gentlemen avec son ami à ses côtés, la petite taille de ce dernier mettant en valeur la haute carrure de son compagnon. "L’ogre et le petit Poucet" dira Daniel Lacotte dans sa biographie de Raimu ! Bien évidemment les passants les reconnaissaient et comme il s’agissait de personnages extrêmement populaires, tous les deux recevaient ensemble les marques de sympathie spontanées de leur public. Maupi fréquentait ainsi, le Tout-Paris, les belles dames, les beaux restaurants… Bref, il était une vedette à part entière .

Jean RichardJean Richard raconte dans son livre «Ma vie sans filet» qu’un jour Carlo Rim, avisant les deux compères attablés à la terrasse du Fouquet’s "leur bureau à tous les deux" , enrôle une bande de gamins qui se précipitent pour demander des dédicaces à… Maupi ! Raimu regardant cette bande de loupiots qui l’ignoraient totalement, lui ! Ce fut un régal de voir les expressions de ce grand bourru face au sourire ravi du petit Maupi!

Son expression favorite? "C’est un scandale !". Le mot revenait très souvent dans sa conversation. Les impôts, un rôle qui ne venait pas, un différend avec les uns ou les autres, un ami cocu, tout était scandale, en martelant bien le mot.

Le grand chagrin de Maupi…

Marcel Maupi«Tartarin de Tarascon» (1934)

Lors de l’accident de voiture qui devait être fatal à Raimu, ce dernier sera hospitalisé à la clinique Lyautey à Paris. Maupi restera près de son ami, ne décolérant pas envers Paul-Edmond Decharme, le pilote de l’auto, "car il était ‘costumier’ du fait !!!". Malgré des signes d’amélioration, Raimu, on le sait, ne se remettra pas de cet accident et décèdera à l’hôpital américain de Neuilly sur la table d’opération. Maupi est à ce moment-là à Cassis chez des amis. On lui annonce tout doucement la nouvelle… "Alors son petit visage ridé se plisse encore davantage et il dit, la voix nouée : " Pauvre Jules! Il est heureux maintenant, Là-haut, il a retrouvé les autres et ils doivent faire une belote tous ensemble… Tiens, quand ce sera mon tour, je suis sûr qu’en me voyant, Jules se fâchera et fera sa grosse voix: Alors, c’est maintenant que tu arrives ?…" (Daniel Lacotte, op.cit).

On le verra aller très souvent et de façon régulière au cimetière des Batignolles dans la banlieue parisienne , première sépulture (avant celle de Toulon) de son grand ami, non loin de celle de Fernand CharpinFernand Charpin. Il continuera à parler à ses deux complices en faisant des grands gestes et en ayant l’air d’entendre leur réponse.

Adieu Marcel…

Il partira pour le voyage mystérieux deux ans plus tard, le 4 janvier 1949 dans sa villa "Clair Matin" du chemin des Autrichiens à Antibes. Marcel Pagnol en aura beaucoup de chagrin: "Et voilà que Maupi, à son tour, se met à mourir… De quoi je me mêle !" (Pagnol rapporté par Raymond Castans).

Il est inhumé au vieux cimetière de Bagnolet.

La carrière de Maupi…

Au terme de sa carrière, Maupi nous sera apparu dans plus de 80 films, se contentant parfois de courtes apparitions qui ne passèrent jamais inaperçues. Les noms que lui font porter les scénaristes ne manquent jamais de piquant : Il est Frisemotte dans «Parade en 7 nuits», Tirebouchon dans «Gaspard de Besse», le Grand Salé dans «Le secret d’une nuit», et Sosthène dans «La vie est un rêve». Dans «Fanny» et »César», il est officiellement Innocent Mangiapane, mais César l’appelle "le petit macaque", "la petite crapule" ou "Frise Poulet". Pour Panisse en colère, il est "Mange-punaise" et pour Monsieur Brun, "phénomène"…

Maupi doit avant tout sa notoriété à son intégration au petit monde de Marcel Pagnol :

Mais Maupi tournera aussi pour d’autres réalisateurs. Il donnera également la réplique à son ami Fernandel à plusieurs reprises, comme dans «Le cavalier Lafleur» (1934) ou «L’aventure de Cabassou» de Gilles Grangier (1945). Notons l’une de ses dernières apparitions, son rôle de pharmacien dans le film célèbre qui retrace l’expérience de Freinet dans «L’école buissonnière» de Jean Paul le Chanois (1948).

Marcel Maupi ne se cantonnera pas au cinéma, participant à bon nombre de revues ou opérettes, dans une carrière sur scène qui reste à définir clairement. Mr. Dominique-Henri Simon (petit-neveu de Berthe Simon, la seconde épouse du comédien), a ainsi retrouvé sa trace dans «Mirages de Paris», «Plaisirs de Paris», «Miss Cow Boy», «La fille du tambour-major»… Où ? Quand ? A ce jour, Dieu seul s'en souvient !

Documents…

Sources : Nous adressons nos vifs remerciements à Dominique-Henri Simon qui nous a fourni quelques magnifiques photographies pour mieux illustrer ce dossier : Maupi à l'armée, au concert Mayol, jouant à la pétanque, sur scène, portrait de Berthe Simon, Raimu et Maupi au Castelet

Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (avril 2007)
Ed.7.2.2 : 1-11-2016