"The Longest Day / Le jour le plus long"

Tableau n° 8

Jeffrey Hunter
Christian Marquand
Tom Tryon
Stuart Whitman

6 juin 1944… Le débarquement des troupes alliées sur les plages de Normandie commence … Pour des milliers d'êtres humains, ce fut « Le jour le plus long».

L’Encinémathèque commémore à sa façon cette page de l’histoire mondiale du XXème siècle, en évoquant 4 des 48 célèbres acteurs qui ont participé à la grande fresque cinématographique de Darryl Zanuck en 1961 (sortie du film en 1962).

Le choix était difficile; finalement nous avons opté pour Jeffrey Hunter, Tom Tryon et Stuart Whitman pour ce nouveau carrousel. A ce trio de soldats anglo-saxons, nous avons ajouté un français, bien sûr, qui incarna le courageux et célèbre Commandant Kieffer, nous offrant l'occasion de rendre un hommage à Christian Marquand.

Bonne lecture à tous !

Donatienne, juin 2007

Christian MARQUAND (1927 / 2000)

… séduisant et dangereux
Christian MarquandChristian Marquand et Françoise Arnoul (1957)

D’un père d’origine arabe et d’une mère d’origine espagnole, Christian Marquand est né à Marseille le 15 mars 1927.

Ses parents qui s’étaient connus en jouant la comédie sur la scène où Fernandel a débuté, ne se doutaient pas qu’un jour, trois de leurs six enfants feraient une carrière d’acteur ou réalisateur professionnels. Nous connaissons par le cinéma, sa sœur Nadine TrintignantNadine Trintignant et son frère Serge MarquandSerge Marquand, également comédien. Et Jean-Louis TrintignantJean-Louis Trintignant fut son beau-frère…

Petit, Christian fut un très bel enfant, que l’on comparait à un angelo de Boticelli (affectueux souvenir rapporté par Nadine).

Avec son frère Serge, ce n’étaient que chamailleries… Ils avaient trois ans de différence et Serge avait du mal à accepter que Christian soit l’aîné. Plus tard, ils deviendront néanmoins complices et aimeront faire la fête ensemble. Quant à Nadine, Christian avait beaucoup d’ascendant sur elle, et parvenait très facilement à la faire pleurer. Mais une immense affection les liait.

La guerre oblige la famille à quitter le midi de la France et la petite tribu met une année pour rejoindre Paris. De village en village, ils vont , le papa prenant de petits boulots à la semaine parfois. La scolarité des enfants est, le moins que l’on puisse dire, perlée…

C’est ainsi que le jeune Christian se trouve complètement déstabilisé quand, arrivé à Paris, il se retrouve au lycée. Et ses résultats ne sont guère brillants! Certaines biographies affirment pourtant qu’il aurait décroché ses deux bacs en 1943, soit à 16 ans ! Qui croire ? Peu importe… Toujours est-il que, le jour de ses 17 ans, il déclare à ses parents qu’il veut devenir comédien. Il s’inscrit au cours tenu par Tania BalachovaTania Balachova.

Nous sommes en 1944. C’est dans ces moments-là qu’il fait la rencontre d’un certain Roger VadimRoger Vadim. Une amitié se noue, et ils se débrouillent pour jouer ensemble sur la scène de la Comédie des Champs-Elysés une pièce fantaisiste signée Michel de Ré, «On fait le ménage en Enfer».

L’amitié qui les lie durera puisque Vadim (que Christian appelait affectueusement “Le russkof”) devenu metteur en scène, choisira Christian pour «Et Dieu créa la femme» avec Brigitte Bardot et pour «Sait-on jamais ?» avec Françoise Arnoul. Mais c’est une amitié sincère et sans complaisance.

Une carrière européenne…

Christian Marquand«Lucrèce Borgia» (1953)

Nous voici dans l’après-guerre immédiat. Christian perce au théâtre ; il joue «Divines paroles» dans la troupe de Marcel Herrand, puis apparaît dans «Les mains sales» de Sartre. Il figurera d’ailleurs au générique du film tiré en 1951 de cette même pièce.

Christian Marquand a réussi à conquérir le public. Très séduisant, athlétique - il mesure 1m88 -, viril, avec cette arrogance qui est le privilège de la jeunesse, il dévore la vie ! Cigale plutôt que fourmi, il vit l’instant présent. C’est un assidu de Saint-Germain des Prés et de ses caves, il fréquente le Flore et le Tabou, rencontre les muses que sont Françoise Sagan et Juliette GrécoJuliette Gréco. A cette époque, il se lie d’amitié avec Marlon Brando : "C’est au Flore que nous avons sympathisé. Nous sommes restés de grands amis très longtemps".

On le demande même à Londres où il va jouer en anglais, «Always Afternoon» sur la scène du célèbre Garrick, se taillant un beau succès. Plus tard en 1957, il retrouvera le public anglais à la télévision britannique dans un feuilleton d’aventure, «The Gay Caballero».

Mais nous sommes en 1946, en France, et il est Petit valet dans «La belle et la bête» de Jean Cocteau. Il faisait très chaud et il s’endort un jour dans la chaise à porteur qui servait à la Belle, Josette Day, ce qui fit dire à Cocteau: "Ce n’est plus une chaise à porteur mais une chaise à torpeur !" Et cette anecdote inspirera une scène dans le film même, comme en témoigne la photo !

S'il incarne ensuite un inspecteur dans «Quai des orfèvres» de Clouzot (1947), c'est à Christian-Jaque qu'il doit son premier rôle important dans «Lucrèce Borgia» en 1953 où il est un prisonnier, amant de la superbe Martine Carol, chassé par César Borgia.

Les Italiens sont séduits. Luchino Visconti, que l'on sait très attiré très attiré par l'esthétique masculine, lui propose la même année un rôle dans «Senso» avec Alida Valli et Farley Granger, apparition très courte mais qui permet d’apprécier toute sa séduction.

Il devait jouer un grand rôle dans «Attila, fléau de Dieu» aux côtés d’Anthony Quinn, Henri Vidal et Sophia Loren , pour un cachet pharamineux, mais finalement il ne figure qu’un chef des Huns bien discret. Il touchera toutefois le cachet promis !

Après «Torpilles humaines» avec Raf Vallone (1954), il revient chez nous pour être le partenaire de Jeanne Moreau dans «Les hommes en blanc» (Ralph Habib, 1955) et celui de Danielle Darrieux dans «L'amant de Lady Chatterley» (Marc Allegret, 1955) : hélas pour lui, il ne s'agissait pas du rôle titre !

Il tourne ensuite les deux films déjà cités de Vadim qui, après avoir été assistant de Marc Allégret se lance dans la mise en scène. «Et Dieu créa la femme» (1956) révèle une Brigitte Bardot sensuelle, et le film a un succès retentissant. Christian joue Antoine, l’amant de BB, qu'il partage avec Curd Jürgens et Jean-Louis Trintignant. Sa carrière fait un bond et Saint-Tropez est lancé !

Son succès auprès des femmes est inimaginable, et il sait parfaitement en jouer ! Joli-cœur, il multiplie les conquêtes. Mais il est tellement séduisant ! Il obtient, en 1959, le premier rôle du film tiré de l'oeuvre de Boris Vian, «J’irai cracher sur vos tombes».

Une carrière américaine…

Christian Marquand«Emmanuelle 4» avec Deborah Power (1984)

Cependant voici l’avènement du cinéma “Nouvelle Vague”. Christian ne prend pas ce train-là. Il a peut-être tort… Sa carrière s’oriente alors vers les Etats-Unis, où il retrouve Marlon Brando: "J’habitais à Malibu et lui résidait sur les collines de Los Angeles. Nous nous voyions alors régulièrement". Marlon baptise son fils Christian, en son honneur.

Il tourne là-bas avec de grands réalisateurs comme Richard Brooks et Robert Aldrich. Il se lance dans la réalisation. Mais ses deux films, «Candy» et «Les grands chemins» ne connaîtront pas le succès qu’il espérait. «Candy» avait pourtant un casting prestigieux: Marlon Brando, Richard Burton, James Coburn, John Huston…

En 1962, il est le courageux commandant des parachutistes français, Kieffer, dans «Le jour le plus long». Il enchaîne avec «Lord Jim» de Richard Brookes et «Le vol du Phoenix» de Robert Aldrich.

D’autres films s'ensuivent, mais les premiers rôles ne lui sont plus promis. Désabusé, il fait une pause pour se consacrer son violon d'Ingres, la peinture.

Il reviendra au 7ème art avec «Victoire à Entebbe» (1976). Dans «Apocalypse Now» de Francis Ford Coppola (1979); il campe un Français, Hubert de Marais, qui se cramponne pour rester au Viet-Nam.

Son chapeau au vestiaire…

En 1984, il tourne son dernier film. Sa sœur Nadine le dirige dans «L’été prochain». Il y est en famille avec son frère Serge, Jean-Louis Trintignant et sa nièce Marie Trintignant.

Christian Marquand s’est marié en 1963 avec la toute jeune Tina, fille de Jean-Pierre Aumont et de Maria Montez. Le divorce prononcé, il rencontre Dominique SandaDominique Sanda, qui le fait père de Yann en 1972.

En 1991, déjà dans son monde à lui, il se perd dans les couloirs du métro. Sa sœur lance un appel désespéré et on le retrouve deux jours plus tard, égaré et sans mémoire. Il est atteint de la pénible maladie d’Alzheimer, "la maladie au nom de zéphyr germanique", dira pudiquement sa sœur Nadine. Cette sœur qui écrira un livre-lettre ouverte, touchante évocation de souvenirs tendres des belles années, «Ton chapeau au vestiaire».

Nadine n’oubliera pas que c’est Christian, au sommet de sa carrière, qui l’avait incitée à se lancer et à apprendre les secrets du montage de films. Ce grand-frère protecteur qui l’aidera en lui payant ses factures, en l’encourageant à s’affirmer : "Mon frère… Celui qui aimait rire, qui marchait si vite. Encore plus vite que moi»

Christian Marquand décède le 22 novembre 2000 à Ivry sur Seine. Il a été un vrai séducteur des années 50-60. On le confondait un peu avec Henri VidalHenri Vidal qui avait le même public et les mêmes emplois au cinéma. Les Américains lui trouvaient une certaine ressemblance avec Sir Laurence OlivierLaurence Olivier, ce qui est, on en conviendra, un compliment !

Documents…

Sources : Imdb documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (juin 2007)
Ed.7.2.2 : 3-11-2016