"On connaît la chanson !"

Tableau n° 9

André Claveau
Henri Genès
Félix Marten
Marcel Mouloudji

Pour ce premier carrousel de la rentrée 2007, il nous fallait de la bonne humeur, du charme, de l’émotion et de la nostalgie.

J’ai donc fait appel à quatre comédiens-chanteurs, très différents dans leur style et dans leur répertoire mais qui ont eu du succès à “leur époque” et que beaucoup auront plaisir à retrouver :

Félix Marten, élégant, dilettante, lancé par Edith Piaf

Mouloudji, avec sa gouaille de Belleville, ses si jolies chansons et ses rôles remarqués au cinéma

Henri Genès, avec sa bonhommie et son amour du rugby, qui nous a quittés il y a deux ans seulement

Enfin, André Claveau, très aimé de ces dames , dont nous n’avons pas oublié les refrains si populaires et qui a fait quelques apparitions au cinéma

Retrouvons-les tous les quatre et fredonnons ensemble leurs plus grands succès !

Donatienne, octobre 2007
… esthète, charmeur, chanteur et comédien
André ClaveauAndré Claveau

André Marcel Claveau est né à Paris le 29 décembre 1911. Fils unique, c’est un enfant turbulent et très inventif. Il n'aime pas trop l’école, mais possède déjà un joli coup de crayon.

Ses parents lui choisissent un apprentissage dans la gravure de bijoux. L’adolescent n’est pas très motivé. Ce qu’il aime, c’est dessiner puis réaliser des décors de théâtre. Il s’amuse à lire les pièces et à confectionner des costumes, des tentures, des postiches avec des franges de rideaux. Avec ses cousines, dont Madeleine, il organise des représentations de saynettes qu’il joue le jeudi devant la famille réunie au complet. Il est le directeur de la troupe qu’il baptise la Troupe Pompadour.

Mais, le temps passant, papa se soucie de l’avenir de son rejeton : "Tu vas faire l’école Boulle". Il faut bien obéir ! Il suit donc les cours de cette noble institution qui lui permet d’acquérir une culture artistique développée, faisant de lui, pour toute sa vie, un esthète.

Au service militaire, il a l’occasion de faire partie de la troupe théâtrale du régiment et joue ainsi le rôle principal de la pièce «Un gardien de phare». Revenu à la vie civile, il trouve un travail dans la décoration de théâtre, sous la houlette de Jacques Adnet. Sa première œuvre, «Hermine», lui permet de faire la connaissance de l'auteur, Jean Anouilh, pour qui il éprouve force admiration. Travailler dans un théâtre lui donne l’occasion de cotoyer de grandes vedettes. Charles BoyerCharles Boyer lui demande de décorer son appartement rue Murillo à Paris. Alice Cocéa et AnnabellaAnnabella le solliciteront également, ainsi que FernandelFernandel, pour le bar qu’il vient de s’acheter. Il décorera, bien sûr son propre logement, qui fera la “une” des magazines de l’époque.

Parallèlement, il crée des affiches pour Damia, et Jean Lumière. Devant l’impresario de ce dernier, Max Duthyl, il se met à fredonner un air de Lumière. Dès lors, tout va s’enchaîne. Il s’inscrit à un concours organisé par Le Poste Parisien pour lequel, tremblant de trac, il chante un air de Paul Misraki, «Venez chez moi». Il remporte le premier prix qui lui amène un rapide triomphe. Jolie voix chaude, séduction, classe et talent : il a tout cela André !

Nous sommes en 1936; la chanteuse Lys GautyLys Gauty lui prédit une longue carrière. Il se produit bientôt dans les grands music-halls parisiens, comme le Mogador, le Pacra, l’Européen. Il décroche un engagement au Cabaret de la Cloche, dans le quartier latin, où il chante accompagné par deux pianistes.

Mais la guerre est là … suivie rapidement de la débâcle ! André Claveau se retrouve dans le Tarn-et-Garonne où sa mère vient lui apprendre la déportation de son père en Silésie. Un peu plus tard ils regagnent tous les deux la capitale et André reprend son tour de chant qui n’a pas l’heur de plaire à l’occupant. Il doit revoir son répertoire très influencé par les airs américains et notamment ceux de son idole Bing CrosbyBing Crosby.

A la libération, quelque temps exclu des programmes radiophoniques pour avoir chanté sur Radio-Paris, il redevient néanmoins une grande vedette de la chanson, le chanteur de charme par excellence, créant des refrains qui restent dans les mémoires : «Domino», «Cerisier rose et pommier blanc», «Marjolaine», «La petite diligence» et le très célèbre «Deux petits chaussons de satin blanc» sur la musique composée par Charlie Chaplin, pour «Limelight/Les feux de la rampe».

Ce célibataire remportera auprès des dames un immense succès et en fera rêver plus d’une. En 1958, il gagnera le grand prix Eurovision de la chanson devant 20 millions de téléspectateurs avec «Dors mon amour», dont la musique était signée par Pierre Delanoë.

André Claveau au cinéma…

André ClaveauAndré Claveau

Au grand écran, André Claveau apparut dans une bonne douzaine de films et plusieurs courts métrages, sans compter les œuvres où il chante le générique ou entonne une chanson au coeur de l'intrigue. Citons-en les principaux titres :

André Claveau sacrifie également à l'art particulier de la post-synchronisation. Ainsi, en 1965, il double l’acteur anglais Christopher Plummer (voix et chansons) dans le film aux multiples oscars «La mélodie du bonheur» avec Julie Andrews.

Mais ce parisien d’origine ressent un véritable appel au calme, à la nature. Passionné, attiré vers la lecture, aimant les animaux, collectionneur , il se retire dans le village de Brassac vers la fin des années 60 et ne reparaîtra plus jamais en public. En 1997, il honorait encore ses admirateurs d'une photographie gentiment dédicacée, comme en témoigne ce document que nous a aimablement confié l'un de nos fidèles visiteurs, Daniel Perrin.

André Claveau décède le 4 juillet 2003, à Agen, d’une embolie cérébrale. Sa dépouille repose au cimetière de Brassac.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (octobre 2007)
Ed.7.2.1 : 17-8-2015