"On connaît la chanson !"

Tableau n° 9

André Claveau
Henri Genès
Félix Marten
Marcel Mouloudji

Pour ce premier carrousel de la rentrée 2007, il nous fallait de la bonne humeur, du charme, de l’émotion et de la nostalgie.

J’ai donc fait appel à quatre comédiens-chanteurs, très différents dans leur style et dans leur répertoire mais qui ont eu du succès à “leur époque” et que beaucoup auront plaisir à retrouver :

Félix Marten, élégant, dilettante, lancé par Edith Piaf

Mouloudji, avec sa gouaille de Belleville, ses si jolies chansons et ses rôles remarqués au cinéma

Henri Genès, avec sa bonhommie et son amour du rugby, qui nous a quittés il y a deux ans seulement

Enfin, André Claveau, très aimé de ces dames , dont nous n’avons pas oublié les refrains si populaires et qui a fait quelques apparitions au cinéma

Retrouvons-les tous les quatre et fredonnons ensemble leurs plus grands succès !

Donatienne, octobre 2007
… élégant, dilettante et séducteur
Félix MartenFélix Marten

Félix Paul Gabriel Marten naît juste un an après l’armistice de la grande guerre, le 29 octobre 1919 à Remagen, une petite ville sur le Rhin à une soixantaine de kilomètres au sud de Cologne en Allemagne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le petit Félix a une ascendance internationale : un grand-père finlandais, une grand-mère gitane, un papa juif allemand et une maman française !

Très vite, les parents ressentent l’antisémitisme ambiant qui naît outre Rhin et la montée encore discrète mais néanmoins réelle du nazisme. En 1921, ils décident de s’installer en France. Voilà donc la famille Marten, qui a opté pour la nationalité française, installée à Cachan dans la banlieue parisienne ou le papa oeuvre comme horticulteur. Félix a alors 3 ans. Il est tout grand, tout maigre, mais cela ne l'empêche pas de se montrer bagarreur. Inscrit au lycée Condorcet de Paris, il ne se passionne pas pour ses études. Il se sent attiré par la boxe et la chanson . Il s’essaie aux deux, mais sans succès. A 15 ans, il dégôte un premie emploi de manutentionnaire aux Galeries Lafayette. Pour se consoler de ses rêves contrariés, il passe ses temps libres dans les petites communes de la région, à jouer des pièces, à organiser des spectacles, dans les patronages, les fêtes paroissiales, les assemblées de villages.

Mais la guerre est là… Devançant l’appel, il se retrouve marin-pompier à l’arsenal de Brest. L’armistice de 1940 le libère et il va trouver plusieurs petits boulots difficiles (docker, etc). Sans domicile, il va au gré du vent, et finit par s’installer à Montrouge. C’est alors qu'il s’inscrit au cours dramatique de Charles DullinCharles Dullin. Mais il n’a guère le temps d’en profiter, car le voilà expédié en Allemagne dan sle cadre du Service du Travail Obligatoire. Malin comme tout, il fait comprendre qu’il est artiste et qu’il ne sait rien faire d’autre… Il finit par être enrôlé dans une troupe qui fait la tournée de tous les camps des réquisitionnés du STO. Il apprend les rudiments du métier et comprend vite qu’il lui faudra de la patience et de la ténacité…

Il échappe de peu aux bombardements de Dresde en tentant de regagner la France, se fait prendre par la Gestapo et évite de justesse le peloton d’exécution. Est-ce cette suite d’événements tragiques qui fera qu’il prendra la vie ensuite de façon philosophe , en dilettante ? Car Félix était désinvolte tout autant que talentueux.

A la Libération, il décroche de petits contrats, pour passer lors des entractes de cinéma. Il est affublé du titre de “fantaisiste moderne” sur les affiches de l'époque. Mais les temps ne sont pas faciles et il part dans les Alpes pour travailler dans un hôtel comme serveur, plongeur, videur , et chanteur en même temps ! Ce n’est pas le rêve ! Alors, il part visiter le Monde. On le retrouve en Indochine, au Liban, en Syrie… Il y remporte des succès qui l’étonnent lui-même. Il faut dire qu’il a un physique séduisant, une voix de chanteur de charme, chaude, qui plaît notamment au public féminin.

De la scène aux sunlights…

Félix MartenFélix Marten

En 1955. Félix rentre à Paris où personne ne le connaît. Lentement mais sûrement, il va s’affirmer, aidé en cela par Edith Piaf. La dame à la petite robe noire voit arriver ce “beau gosse” qui plaît aux filles. Très grand (il mesurait 1 m94 !) et un peu trop sûr de lui, il est pourtant encore un peu gauche et Edith ne le rate pas: "T’es empoté…bouge, vis…". Mais ce qu’elle ne sait pas encore, c’est qu’en voulant faire de lui un chanteur, elle va en faire un acteur !

Il se produit alors aux Deux ânes et le public commence à le réclamer et à l’applaudir. Il chantera ensuite dans les grands-music hall parisiens que sont Bobino et l’Olympia, devenant une très grande vedette dont on appréciera particulièrement, l’élégance, la décontraction sympathique sans être mièvre, et l’humour. Ses succès, on les connaît: «La Marie vison», «Fais moi un chèque», «Le briquet» l’amusant «T’es moche» et bien d’autres encore…

Le cinéma fait appel à lui, notamment pour «Goubbiah» avec Jean Marais. Sacha Guitry l’inscrit au générique de «Si Paris nous était conté»». Viendra ensuite «Ascenseur pour l’échafaud» de Louis Malle où son rôle assez court le révèle tout de même comme un très bon comédien : il campe un homme ivre, affalé sur le bar, dans une interprétation dont il aura su trouver le juste ton. A la sortie des cinémas, les gens s’interrogeaient: "Qui est ce type dans le bistrot?"

Dans «Escapade», il est le partenaire de Louis Jourdan et de Dany Carrel. «Maxime» lui permet une prestation beaucoup plus étoffée, entre Michèle Morgan et Charles BoyerCharles Boyer. Henri Verneuil, avant de le choisir, est allé le voir pendant une semaine à l’Olympia où il a pu remarquer que, lors des 7 soirées, il se comportait de façon différente, signe d’un tempérament de bon comédien. «Le saint mène la danse» lui fait permet de tenir dans ses bras la séduisante Michèle MercierMichèle Mercier.

Par trois fois, il sera le partenaire de Jean Gabin, à qui il voue une grande admiration : «Le pacha», «La horse», et «Le tueur», mis respectivement en scène par Georges Lautner, Pierre Granier-Deferre et Denys de la Patellière. Il fera également partie de la grande fresque de René Clément, «Paris brûle-t-il» (1966). Il décidera ensuite de sélectionner ses rôles, selon ses envies et ses plaisirs. Il doit à Claude Lelouch sa dernière apparition sur les grands écrans dans «Il y a des jours et des lunes...» (1989).

Epoux de Mauricette qui lui aura donné une fille, Isabelle, Félix Marten décèda le 20 novembre 1992, à Saint-Cloud, d’une embolie pulmonaire. Il avait 73 ans.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (octobre 2007)
Ed.7.2.1 : 17-8-2015