"On connaît la chanson !"

Tableau n° 9

André Claveau
Henri Genès
Félix Marten
Marcel Mouloudji

Pour ce premier carrousel de la rentrée 2007, il nous fallait de la bonne humeur, du charme, de l’émotion et de la nostalgie.

J’ai donc fait appel à quatre comédiens-chanteurs, très différents dans leur style et dans leur répertoire mais qui ont eu du succès à “leur époque” et que beaucoup auront plaisir à retrouver :

Félix Marten, élégant, dilettante, lancé par Edith Piaf

Mouloudji, avec sa gouaille de Belleville, ses si jolies chansons et ses rôles remarqués au cinéma

Henri Genès, avec sa bonhommie et son amour du rugby, qui nous a quittés il y a deux ans seulement

Enfin, André Claveau, très aimé de ces dames , dont nous n’avons pas oublié les refrains si populaires et qui a fait quelques apparitions au cinéma

Retrouvons-les tous les quatre et fredonnons ensemble leurs plus grands succès !

Donatienne, octobre 2007

Marcel MOULOUDJI (1922 / 1994)

… un p'tit gars de Belleville
Marcel MouloudjiMarcel Mouloudji, adolescent

Il naît le 16 septembre 1922 à Paris (4e), dans le quartier de Belleville et il s’appelle Marcel André Mouloudji. Pour tous, plus tard ce sera tout simplement Moulou.

Son père, Saïd, a quitté son Algérie natale pour venir exercer en France le métier de maçon. Sa mère, catholique convaincue, est d’origine bretonne. Le couple a un autre fils, André.

Ce n’est facile tous les jours pour la famille. D ’abord , le logement qu’elle occupe est très petit, et puis le moins que l’on puisse dire c’est que les époux sont très éloignés dans leur idéologie. Saïd s’inscrit au parti communiste. Son épouse, qui fait des ménages, ne tient pas le coup et sombre dans l’alcoolisme. Elle finira hospitalisée.

Marcel est un petit Gavroche, qui suit papa dans les meetings du parti, et s’élève dans la rue. Il a une petite frimousse craquante. Avec son frère, il chante déjà des complaintes de rue mais aussi des chants comme l’Internationale, appris dans les réunions auprès des militants !

Il finit par être remarqué et fait une figuration, à 14 ans, dans un long métrage de René Guissart, «Ménilmontant».

Il grandit, et s’inscrit dans des mouvements comme "Les Faucons Rouges", où il rejoint d’autres adolescents communistes. Il a tout juste 13 ans quand Sylvain Atkine, le metteur en scène du fameux groupe Octobre que fréquentent Raymond BussièresRaymond Bussières, Maurice BaquetMaurice Baquet, Jean-Louis BarraultJean-Louis Barrault et Jacques PrévertJacques Prévert, le repère: il est en bonne compagnie !

Le couple Barrault-Renaud l’hébergera quelque temps, le parrainant en quelque sorte. Marcel Duhamel, décelant chez lui des dons particuliers, une sensibilité intéressante, lui fera découvrir la poésie, la littérature. Il fréquentera également le cours de Charles Dullin. Le voilà sur scène dans une pièce de Cervantes adaptée par Prévert, «Le tableau des merveilles».

Mais nous sommes en 1936… Le Front populaire, les accords de Matignon… Ça bouge dans les usines et le jeune Marcel, qui se sent une âme de militant, va chanter pour les ouvriers en grève. En 1936 également, il tourne dans «Jenny» de Marcel Carné. Le voici lancé…

La carrière au cinéma…

Marcel Mouloudji«Nous sommes tous des assassins»

En 1938, il se fait remarquer en interprétant le jeune Macroy dans «Les disparus de Saint-Agil», de Christian-Jaque. Il incarne ce pensionnaire qui tente de réaliser son rêve de conquérir l’Amérique: un vrai Chiche-Capon ! Il devient alors une vedette de l’écran…

Voici la guerre… Le groupe Octobre l’emmène en zone libre. Il y rencontre le chanteur Francis Lemarque. Son frère André l’aide à éviter le Service du Travail Obligatoire et il remonte finalement sur Paris, se débrouillant pour se produire au "Bœuf sur le Toit". Il est désormais devenu un (jeune) adulte qui fréquente Saint-Germain des Prés et écrit ses impressions dans un livre remarquable, «Enrico», qui recevra le prix de la Pléiade à la Libération.

En 1943, il est à l’affiche du film «Les inconnus dans la maison» d’Henri Decoin, avec - ou plutôt contre - Raimu.

En 1942, il retrouve Jean Claudio, Robert Rollis et Jean Buquet, déjà rencontrés lors du tournage des «Disparus..» et fait la connaissance de Daniel GélinDaniel Gélin, à l'occasion du tournage de «Les cadets de l’Océan», évocation maritime de Jean Dréville.

La Libération lui offre de belles opportunités : «Le bataillon du ciel» (1946) avec Pierre Blanchar, «Bagarres», avec Maria Casares, «La maternelle» avec Blanchette Brunoy, et surtout deux films d’André Cayatte, «Justice est faite» avec Michel Auclair et «Nous sommes tous des assassins» avec Raymond Pellegrin, Roland Lesaffre… Il y tient le rôle principal d’un résistant condamné à mort.

On le verra encore sur les écrans jusqu’à la fin des années 70, mais pour des apparitions moins marquantes.

La chanson…

Marcel MouloudjiMarcel Mouloudji

Depuis le début des années 1950, Mouloudji occupe sa place de chanteur, poète engagé. Ses premiers tours de chant sont donnés aux caves du quartier latin, son premier public réunit Juliette GrécoJuliette Gréco,, Jacques Prévert, Sartre et Simone de Beauvoir, son ami Lemarque bien sûr, Daniel Gélin et l’on connaît tous ses grands succès: «Rue de Lappe», «Si tu t'imagines», «La complainte de la butte», «Comme un pt’it coquelicot», qui lui vaudra le prix Charles-Cros. Pour le film «Secret d’alcôve», il écrit le célèbre et émouvant «Un jour tu verras…».

Mais le rebelle est toujours présent en lui et il chante «Le déserteur» de Boris Vian au théâtre de l’œuvre , le jour où l’on apprend la chute de Dien-Bien-Phu… Scandale, censure, interdiction d’antenne ! Une affaire qui le marquera, mais il restera néanmoins fidèle à ses convictions : Moulou sera un homme sincère toute sa vie.

Les années passent… En 1965, ayant monté sa propre maison de disques, il lance un chanteur néo-zélandais qui se fera connaître sous le nom de Graeme Allwright. Les événements de 1968 verront Mouloudji aux côtés des manifestants, et il ira chanter dans les usines encore une fois !

Il continue à écrire ses chansons, sans rechercher forcément le succès commercial. Il reste authentique quand il reprend le «Allons z’enfant» de Boris Vian, mais il prend de plein fouet la mode du disco. Pourtant son public ne le lâche pas et lui fait un triomphe en 1974 au théâtre de la Renaissance, puis l’année suivante à l’Olympia. Il sort, en cette fin de décennie 70, deux albums: un avec son compère Marcel Azzola, un autre pour les enfants sur des textes de Jacques Prévert.

Vie privée

En 1943, Mouloudji rencontre celle qui deviendra son épouse, Louise Fouquet, qu’il appellera affectueusement Lola. Elle sera aussi son agent artistique jusqu’en 1969.

De Lilia Lejpuner, il aura, en 1960, un fils Grégory. Nicole Tissier lui donnera une fille, Annabelle (1967), qui sera chanteuseAnnabelle, et comédienne, vue notamment dans le film de Michel Lang, «A nous les garçons» (1984). La comédienne Liliane PatrickLiliane Patrick,, rencontrée en 1968, sera sa dernière compagne.

Ses dernières années lui seront quelque peu pénibles, une pleurésie le privant de sa voix. Il se consacre alors à la peinture, une autre corde à son arc, et à l’écriture. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages remarqués et couronnés : «Enrico» (Prix de la pléiade 1944), «Un garçon sans importance», «En souvenir de Barbarie», «La guerre buissonière», «La fleur de l’âge», «Le petit invité», «Les larmes».

Il s’éteint le 14 juin 1994 dans un hôpital de Neuilly sur Seine. Sa dépouille repose au Père Lachaise, où l’a rejoint celle de Paul, un de ses petits-fils.

Documents…

Sources : documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Catholique par ma mere, musulman par mon pere, un peu juif par mon fils… et athée grâce a Dieu !" (Mouloudji)

Donatienne (octobre 2007)
Ed.7.2.2 : 7-11-2016