La chambre verte de 2007

Tableau n° 10

Claude Brosset
Robert Rollis
Serge Rousseau
Michel Roux

L'année 2007 aura vu s'en aller de talentueux artistes que nous ne saurons oublier et nous les retrouverons dans leurs rôles avec bonheur et nostalgie.

J'ai choisi, pour ce présent carrousel, d'en évoquer quatre aux parcours très différents :

Claude Brosset, le grand costaud sympathique, inoubliable Tourangeau sans Quartier à la télévision, mais second rôle bien présent sur la toile blanche !

Robert Rollis, le titi parisien, qui a commencé tout jeune dans un film culte «Les disparus de Saint-Agil» avant de devenir un branquignol dans la bande de Dhéry et un malin compagnon de Thierry la Fronde.

Serge Rousseau, qui a débuté au cabaret en faisant équipe avec notre ami Gérard Barray, puis a goûté au théâtre, au cinéma avant de fonder une agence qui permettra à de multiples talents de se faire connaître.

Michel Roux, qui, s’il n’a pas énormément tourné, a servi le cinéma d’une autre façon, en lui prêtant généreusement sa voix si malicieuse, et sans oublier ses nombreuses prestations théâtrales.

… Tourangeau sans quartier
Claude BrossetClaude Brosset

Claude René Brosset naît le 24 décembre 1943 à Juvisy-sur-Orge. Première grosse cicatrice de l’enfance, jamais vraiment refermée : il ne connaît pas son père. Ses parents s’étaient fréquentés très jeunes, et leur union n’avait duré que le temps de le fabriquer. Quand le nourrisson pointe son nez dans notre monde, sa mère, à 17 ans, est déjà seule ! La jeune maman tombe gravement malade et l'enfant est élevé par ses grands-parents. De grosses tensions naissent entre l’adolescent qu’il devient et ceux qui l’ont en charge. Claude est trimbalé d’une pension à une autre pension avant de se retrouver dans un centre d’apprentissage en vue de devenir carreleur. Mais ce projet n’est pas le sien !

Il a tout de même le temps de se faire de bons copains, dont un plus particulièrement qui faisait de la figuration dans un film et qui, parallèlement, suivait des cours. Claude l’accompagne et reçoit en pleine figure la révélation du théâtre.

Dès lors, tout va s’enchaîner… Nous sommes à la fin des années 50. Claude s'inscrit aux cours de la rue Blanche, avant de se retrouver au Conservatoire, dans la classe de Fernand LedouxFernand Ledoux. Il décroche deux premiers prix, en comédie classique et moderne, et un deuxième prix de tragédie. Danièle EvenouDanièle Evenou, sa condisciple, l’évoquera en ces termes : "Claude ? Un râleur que j’adorais…"

Il reçoit ainsi une formation solide et complète qui lui ouvre les portes de la Comédie Française. Il n’y restera que deux ans, mais il y jouera, en tant que pensionnaire, une cinquantaine de pièces, et non des moindres, comme «Cyrano de Bergerac». Son caractère bien affirmé aura du mal à se plier aux exigences de la grande maison de Molière qu'il quittera en 1966.

Mais finalement qu’importe ! Sa carrière se trouve déjà bien lancée. Il a du talent, et joue de façon très juste et très naturelle. Les scènes parisiennes d’abord, puis la province pour les tournées, le solliciteront pour de nombreuses prestations et il se produira sous la houlette de prestigieux metteurs en scène.

Le cinéma ne l’oubliera pas davantage, et sa filmographie compte plus d'une trentaine de films. Costa-Gavras lui donne sa chance dans «Un homme de trop» (1966) où il retrouve Michel PiccoliMichel Piccoli. Citons ensuite le célèbre film de Pierre Granier-Deferre, «Adieu poulet», avec Patrick DewaerePatrick Dewaere et Lino VenturaLino Ventura dont il dira : "C’est un nounours à apprivoiser".

Depuis «L’alpagueur» (1975), il partage avec Jean-Paul BelmondoJean-Paul Belmondo une amitié sans faiblesse : "C’est un enchantement de tourner avec Jean-Paul. C’est quelqu’un de chaleureux: il n’y a pas de prise de tête; il est le copain que tout le monde voudrait avoir".

Toujours aux côtés de “Bébel”, il est au générique de «Le corps de mon ennemi» (Henri Verneuil, 1976), «Flic ou voyou» (Georges Lautner, 1979) et «Le marginal» ( Jacques Deray, 1983).

N’oublions pas pour autant «L’histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse Chemise» (Nina Companeez, 1973), «La carapate» (Gérard Oury, 1978) avec Pierre Richard, «A mort l’arbitre !» (Jean-Pierre Mocky, 1983), «Les ripoux» (Claude Zidi, 1984), «Capitaine Conan» (Bertrand Tavernier, 1996) , «Les rois mages» (Didier Bourdon, 1991)…

Il aura tenu son dernier rôle dans le long métrage de Gilles Paquet-Brenner, «Gomez vs Tavares», avec Titoff et Stomy Bugsy, encore sur les écrans de nos salles à l'heure de son décès.

Les réalisateurs de fictions télévisées savaient pouvoir compter sur lui. Outre son personnage de Tourangeau du feuilleton «Ardéchois cœur fidèle», il se montra sur le petit écran dans «Les joyeuses commères de Windsor», «Les rois maudits«, «Le Comte de Monte-Cristo», «Sans famille», «Félicien Grevèche», une adaptation de «L'aîné des Ferchaux» (2001) et les séries populaires que sont les enquêtes de Maigret (version Jean Richard), Navarro, «Le commissaire Moulin»,…

Un homme de coeur…

Claude BrossetClaude Brosset

Claude Brosset s’était marié une première fois. En 1989, il connaît un immense chagrin : la perte de son fils de 27 ans l’avait profondément meurtri, douloureuse épreuve dont on ne se remet jamais vraiment.

Artiste aux multiples facettes, Claude Brosset était capable tout aussi bien de pousser la chansonnette sur des airs de Jacques Brel, Georges Brassens, Mouloudji, Léo Ferré, que de gagner le trophée des artistes à la pétanque ou de jouer dans l’équipe de football des polymusclés ! Il aura été un joyeux convive lors de rendez-vous avec les bons copains, comme par exemple lors d’un hommage à Alphonse Allais à Honfleur.

Sa deuxième épouse, Huguette, et ses trois enfants l’auront aidé à continuer la route. Il mènera plus tard un pénible combat contre une longue maladie qui l’emportera le 25 juin 2007 à l’hôpital de Pontoise. Il n’avait que 63 ans.

Nombreux seront ses amis à l’accompagner pour son dernier voyage lors d’une cérémonie à l’église Saint-Roch (Paris), puis au cimetière du Père Lachaise où il repose désormais.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2008)
Ed.7.2.2 : 8-11-2016