La chambre verte de 2007

Tableau n° 10

Claude Brosset
Robert Rollis
Serge Rousseau
Michel Roux

L'année 2007 aura vu s'en aller de talentueux artistes que nous ne saurons oublier et nous les retrouverons dans leurs rôles avec bonheur et nostalgie.

J'ai choisi, pour ce présent carrousel, d'en évoquer quatre aux parcours très différents :

Claude Brosset, le grand costaud sympathique, inoubliable Tourangeau sans Quartier à la télévision, mais second rôle bien présent sur la toile blanche !

Robert Rollis, le titi parisien, qui a commencé tout jeune dans un film culte «Les disparus de Saint-Agil» avant de devenir un branquignol dans la bande de Dhéry et un malin compagnon de Thierry la Fronde.

Serge Rousseau, qui a débuté au cabaret en faisant équipe avec notre ami Gérard Barray, puis a goûté au théâtre, au cinéma avant de fonder une agence qui permettra à de multiples talents de se faire connaître.

Michel Roux, qui, s’il n’a pas énormément tourné, a servi le cinéma d’une autre façon, en lui prêtant généreusement sa voix si malicieuse, et sans oublier ses nombreuses prestations théâtrales.

… Jehan qui rit
Robert RollisRobert Rollis

Robert Rollis est né le 14 mars 1921, à Epinal, sous le nom de Robert Aristide Vasseux.

Il commence sa carrière très tôt puisqu’on le repère, gamin, en 1937 dans le film de Jean Renoir, «La Marseillaise», brandissant joyeusement un bouquet de fleurs. Puis, en 1938 il est un des jeunes élèves dans «Les disparus de Saint-Agil» de Christian-Jaque. Il a déjà sa voix de petit Gavroche qui ne le quittera pas. Il donne alors la réplique à Michel Simon, ses jeunes partenaires étant Serge Grave, Mouloudji et Jean Claudio. Petit gabarit, il ne fait pas les 17 ans qu’il a pourtant déjà !

Juste après la guerre, il retrouve la bande des «Disparus…» dans le film de Jean Dréville, «Les cadets de l’océan» (1942).

Dès lors vont s’enchaîner plus de 140 personnages qu’il aura incarnés sur la grande toile et le petit écran, devenant ainsi un de nos plus grands seconds rôles. Incontournable comédien, il fait partie de ces “troisièmes rôles” aimés du public qui les retrouve, avec un petit sourire complice, au fond du cœur et des yeux à chaque fois qu’ils apparaissent à l’écran…

Des seconds rôles remarqués…

Les réalisateurs les plus courus et les plus prolifiques ne vont pas manquer de le solliciter. Ainsi André Berthomieu va l’inscrire sur le générique de ses films à 15 reprises… Citons «Blanc comme neige» (1947) avec Bourvil, «Le portrait de son père» (1953) avec Jean Richard, etc.

Solidarité entre les artistes portant le même prénom, un autre Robert aura songé à l’intégrer dans sa troupe : Robert DhéryRobert Dhéry: En effet, Robert Rollis aura fait partie de la joyeuse bande déjantée des Branquignols. C ’est ainsi qu’il figurera au générique de «La belle américaine» (1961, il y campe le coiffeur Lapin , père du jeune Dominique Maurin) de «Allez France» (1964), sans oublier «Le petit baigneur» (1967) où il incarne un marin, navré et stoïque tandis que la coque de son bateau, l’Increvable, est éventrée par la bouteille de champagne inauguratrice, et «Vos gueules les mouettes» (1974) où nous le retrouvons en Breton cul-de-jatte !

Un autre grand “Robert” de notre cinéma va faire appel à lui : Robert LamoureuxRobert Lamoureux. L’on se souvient que, pour les films «Papa, maman,la bonne et moi» (1954), puis «Papa, maman, ma femme et moi» (1955), il était malicieusement baptisé Léon Alibi par Fernand Ledoux.

Les deux Robert se retrouveront à l’occasion de «Virgile»de Carlo Rim (1953), «Le village magique» de Jean-Paul Le Chanois (1953), «L'amour est en jeu» de Marc Allégret(1957)… et plus tard dans un des volets de la célèbre série, «La 7e compagnie…» (1975).

Ami de Jean Richard, il aura été à ses côtés dans «La Madelon» (1955), «Les tortillards» (1960) et «La famille Fenouillard» (1960), et aura participé à la série des «Champignol…» («Nous autres à Champignol», 1956, etc).

Robert Rollis aura été le partenaire des plus grands : Bourvil, Jean Gabin («Mélodie en sous-sol», 1963), Pierre Brasseur, Daniel Gélin, Eddie Constantine, Bernard Blier ou Fernandel pour les messieurs, Danielle Darrieux, Lise Delamare, Gaby Morlay, Ginette Leclerc, Dany Robin et Jacqueline Maillan pour les dames. J'en passe, et pas des moindres !.

Retenons son dernier rôle pour le cinéma dans «Camping à la ferme» (2005) de Jean-Pierre Sinapi, qui aura fait de lui 72 moissons.

Robert RollisRobert Rollis

Évoquons également ses nombreuses prestations sur les scènes parisiennes, suivies de tournées dans toute la France. Relevons en particulier son rôle dans la truculente pièce de Michèle André, «La bonne planque», aux côtés de Bourvil et Pierrette Bruno. On le verra également à plusieurs reprises dans la série «Au théâtre ce soir» , tenant des emplois du théâtre de boulevard.

Sa voix typique se sera formidablement bien prêtée à la post-synchronisation de personnages animés: la série des «Tintin…», «Le secret des Sélénites»,…).

Enfin, on le vit même au cabaret L'Amiral, aux côtés de ses “potes” Roger Pierre et Jean-Marc Thibault.

Robert Rollis aura surtout été très présent sur nos téléviseurs. Toute une génération se souviendra de Jehan, l’un des compagnons de Thierry la FrondeJean-Claude Drouot. Il aura également participé aux grandes séries mythiques des années 60 et 70 : «L'inspecteur Leclerc», «Les saintes chéries», «Commissaire Moulin»,… Il aura aussi aidé au succès de l’émission enfantine présentée par Fabrice, «Les quat z'amis»..

Un souvenir que nous retrouvons sur l’INA nous prouve, s’il en était besoin, l'étendue de la palette de cet artiste qui comptait de nombreux amis. Ainsi, c’est avec plaisir que nous nous souvenons d’un refrain qu’il reprenait avec Charles Trénet et Georges Brassens.

Ce comédien fantaisiste et gouailleur a été emporté par un cancer foudroyant à l’âge de 86 ans, à Paris, le 6 novembre 2007. Ce n’est qu’après ses obsèques, célébrées dans l’intimité, selon son souhait, que le public a appris son grand départ. Mais les médias, trop empressés à servir d’autres soupes, n’ont pas jugé bon de lui accorder la place qu’il mérite.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2008)
Ed.7.2.2 : 9-11-2016