La chambre verte de 2007

Tableau n° 10

Claude Brosset
Robert Rollis
Serge Rousseau
Michel Roux

L'année 2007 aura vu s'en aller de talentueux artistes que nous ne saurons oublier et nous les retrouverons dans leurs rôles avec bonheur et nostalgie.

J'ai choisi, pour ce présent carrousel, d'en évoquer quatre aux parcours très différents :

Claude Brosset, le grand costaud sympathique, inoubliable Tourangeau sans Quartier à la télévision, mais second rôle bien présent sur la toile blanche !

Robert Rollis, le titi parisien, qui a commencé tout jeune dans un film culte «Les disparus de Saint-Agil» avant de devenir un branquignol dans la bande de Dhéry et un malin compagnon de Thierry la Fronde.

Serge Rousseau, qui a débuté au cabaret en faisant équipe avec notre ami Gérard Barray, puis a goûté au théâtre, au cinéma avant de fonder une agence qui permettra à de multiples talents de se faire connaître.

Michel Roux, qui, s’il n’a pas énormément tourné, a servi le cinéma d’une autre façon, en lui prêtant généreusement sa voix si malicieuse, et sans oublier ses nombreuses prestations théâtrales.

… comédien et agent d'acteurs
Serge RousseauSerge Rousseau

Serge Rousseau naît en Normandie, non loin du petit village de L’Aigle, dans l’Orne, le 13 mars 1930. Son enfance est heureuse, entre ses parents qui travaillent en usine, et ses grands-parents, qui vivent dans une ferme des environs.

En 1940, en pleine guerre, il arrive à Paris. Élève au lycée Condorcet, il se fait vite remarquer par son professeur de français lors des récitations. Le voilà enrôlé dans la troupe d’art dramatique du lycée. Jean Catel le dirige au milieu de cette bande de lycéens. Il fait ses “premières armes” dans la pièce «Les Mascarilles», remportant un succès appréciable. De ce fait, il a l’occasion de rencontrer des gens qui vont lui permettre de développer une passion pour la scène : François Billetdoux, René Havard, le futur pianiste des Frères Jacques, Hubert de Gex, entre autres.

Devenu un spectateur régulier des salles de spectacles, il passe à côté du “bachot”. Comme il faut bien gagner sa vie, il accepte quelques petits boulots, aux galeries Lafayette par exemple. Avec une idée derrière la tête, il s’inscrit à l’ABC et commence à suivre des cours de théâtre. Le voici élève au célèbre cours René Simon, dans la classe de Claude Mathieu. Poète inspiré, il se lance dans l’écriture de chansons qu’il interprète en solo dans les cabarets de la Butte de Montmartre, ou même à Pigalle.

Chez René Simon, il se lie d’amitié avec un élève de son âge, un montalbanais, passionné de musique et de jazz et qui sait jouer du piano, Gérard Barray. Celui-ci raconte: "Serge Rousseau écrivait de jolis poèmes, je jouais du piano. Nous décidâmes de faire de ses poèmes des chansons". Les deux complices vont ainsi “essuyer les plâtres” dans de nombreux cabarets, avant que leurs routes ne se séparent.

Pendant un moment, tout en continuant ses cours, Serge participe à l’émission radiophonique de “Jaboune” (Jean Nohain) , «Les beaux Jeudis», occupant notamment le quart d’heure de Bidibi et participant à celui de Banban, alias Jean-Paul Rouland. Jean Paul va lui présenter son frère Jacques avec qui il va retrouver le cabaret qu’il aime tant ! En 1955, Il se voit décerné le prix Henry Bernstein, récompense attribuée à un jeune comédien remarqué.

Le tandem Rousseau/Rouland se sépare à son tour. Jacques, on le sait, fera son chemin essentiellement à la télévision tandis que la carrière de Serge s'orientera davantage vers la scène. On le retrouve en effet sur les planches de plusieurs théâtres parisiens. Il se distingue dans la pièce de Henry Bernstein, «Espoir», succédant alors à Claude RichClaude Rich. Citons également «les Enfants terribles» de Cocteau, «Histoire de rire» d’Armand Salacrou. Il aura l'occasion de servir des auteurs connus comme George-Bernard Shaw, Roger Planchon, Jean‑Pierre AumontJean-Pierre Aumont… La télévision ne l’oublie pas, pour laquelle des réalisateurs aux noms familiers font appel à lui : Claude Loursais, Marcel Bluwal, Stellio Lorenzi, Jean Prat…

En 1959, pour son premier rôle zu cinéma, il apparaît au générique de «Maigret et l’affaire Saint-Fiacre», aux côtés de Jean Gabin. En 1960, dans «Les mauvais coups», François Leterrier lui donne comme partenaire Simone SignoretSimone Signoret et Alexandra Stewart. Il tient des emplois de seconds rôles dans «Mata-Hari» (1964), «Compartiment tueurs» de Costa Gavras (1965), tandis qu'on le reconnaît fugitivement dans «Paris brûle-t-il ?», droit dans les bottes du Colonel Fabien.

Confident de François TruffautFrançois Truffaut, il restera son ami jusqu’au bout. Le regretté réalisateur le fait apparaître brièvement dans plusieurs de ses films : «La mariée était en noir» (1968, il est le mari “tout neuf” de Jeanne Moreau, abattu dès la sortie de l’églis), «Baisers volés» (1968,l’inconnu énigmatique qui se définit à la jeune Christine Darbon/Claude Jade comme l’amour définitif), «La chambre verte» (1978, il apparaît en photographie, comme rival de Truffaut lui-même). Se sachant malade, Truffaut lui aura demandé avant de mourir de prononcer le mot d’adieu au cimetière Montmartre, en 1984.

Pascal Thomas et Claude Chabrol feront encore appel à Serge pour «Les zozos» (1972) et «La cérémonie» (1995).

Il n'y a pas que le cinéma dans la vie…

Serge RousseauSerge Rousseau

En 1968, Serge Rousseau rejoint son ami Gérard LeboviciGérard Lebovici et, avec Michèle MéritzMichèle Méritz, puis Jean-Louis Livi, il va fonder une des plus célèbres agences de comédiens, Artmédia, qui sera à l’origine de carrières illustres, comme celles de ColucheColuche, Miou-MiouMiou-Miou, Patrick DewaerePatrick Dewaere, Nathalie BayeNathalie Baye, Fanny ArdantFanny Ardant, Gérard DepardieuGérard Depardieu, Francis HusterFrancis Huster, Sandrine BonnaireSandrine Bonnaire,… En 1992, il intègre une autre agence, Cinéart, devenant ainsi une personnalité de référence dans le monde du spectacle.

Depuis 1961, il était marié à la comédienne Marie Dubois, rencontrée sur le tournage de «Les mauvais coups» (op.cit). Leur union fut célébrée le 17 octobre 1961 à Germainville. Les témoins se nommaient Gérard Lebovici et François Truffaut, photographe officiel de surcroît ! Les parents de Serge se retirent en Normandie et laissent leur maison d’Asnières au jeune couple qui vient d’avoir une petite Dominique (8-2-1963), . En 1967, Serge choisira un appartement très lumineux à Ville d’Avray. Dominique Rousseau, leur fille, sera à son tour comédienne et donnera à ses parents un immense bonheur : une petite fille, Lou.

Serge Rousseau a écrit un livre de souvenirs, «Comédiens, du rêve à la réalité». En 1995, il a reçu la médaille Beaumarchais de la société des Auteurs et Compositeurs Dramatiques. Il nous a quittés le 3 décembre 2007, victime d’un cancer. Considéré dans le métier comme un homme d’une grande qualité et d’une grande gentillesse, sa disparition laisse un grand vide dans le monde du spectacle.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2008)
Ed.7.2.1 : 18-8-2015