La chambre verte de 2007

Tableau n° 10

Claude Brosset
Robert Rollis
Serge Rousseau
Michel Roux

L'année 2007 aura vu s'en aller de talentueux artistes que nous ne saurons oublier et nous les retrouverons dans leurs rôles avec bonheur et nostalgie.

J'ai choisi, pour ce présent carrousel, d'en évoquer quatre aux parcours très différents :

Claude Brosset, le grand costaud sympathique, inoubliable Tourangeau sans Quartier à la télévision, mais second rôle bien présent sur la toile blanche !

Robert Rollis, le titi parisien, qui a commencé tout jeune dans un film culte «Les disparus de Saint-Agil» avant de devenir un branquignol dans la bande de Dhéry et un malin compagnon de Thierry la Fronde.

Serge Rousseau, qui a débuté au cabaret en faisant équipe avec notre ami Gérard Barray, puis a goûté au théâtre, au cinéma avant de fonder une agence qui permettra à de multiples talents de se faire connaître.

Michel Roux, qui, s’il n’a pas énormément tourné, a servi le cinéma d’une autre façon, en lui prêtant généreusement sa voix si malicieuse, et sans oublier ses nombreuses prestations théâtrales.

Michel ROUX (1929 / 2007)

… le prince du théâtre de boulevard
Michel RouxMichel Roux

Michel Henri Marcel Roux est né le 22 juillet 1929 à Colombes, près de Paris. Son père est un industriel.

On apprend qu'il découvre le monde du spectacle à travers le cirque. Le petit garçon qu’il est alors ressent une fascination pour le grand chapiteau installé non loin de sa maison. Il n’est pas un excellent élève. Alors, rêveur, il pense déjà à un métier dans le monde du spectacle. Tout naturellement, à 14 ans, il commence à jouer la comédie. Il se lance très tôt, et ses parents ne s’y opposent pas.

En 1946, il passe une audition devant un jury. Pierre FresnayPierre Fresnay en fait partie et lui donne sa chance pour remplacer Claude NicotClaude Nicot dans une pièce. Ayant l’ambition de devenir un artiste complet, il apprend le chant, la musique, la danse et en particulier les claquettes ! Au cours de Marcel Lherbier, il travaille avec Jacques Becker et Yves Allegret.

Le théâtre…

Ainsi, il commence à se montrer dans le répertoire du “boulevard”, une grande tradition dans le monde de l’art de la scène. De cette forme populaire du théâtre, il sera un ardent défenseur et l’aura servi pendant presque 50 ans : "C’est celui qui touche le plus grand nombre ! Pour les intellectuels de service, c’est souvent synonyme de vulgarité; mais ils oublient que Molière à la cour du Roi Soleil, comme Jean Vilar au TNP, ont fait du théâtre populaire de qualité" (Michel Roux, 2002).

Citer tous ses rôles seraient une gageure, mais rappelons tout de même «La cage aux folles», «Le canard à l’orange», «Le vison voyageur», «Irma la douce»… Ses partenaires féminines seront Jacqueline Maillan, Danielle Darrieux, Marthe Mercadier, Micheline Dax, Annick Alane, Claude GensacClaude Gensac, Colette Renard, Jacqueline Gauthier… Quant à ses collègues masculins, citons Jacques Balutin, Pierre Mondy, Roger Pierre, Roger Carel, Jean Jacques, etc.

Il sera tout naturellement l'un des piliers de l’émission mythique «Au théâtre ce soir» dont les pièces sortent en DVD pour notre plus grand plaisir. Pour cette fameuse série du petit écran, il aura mis en scène «Madame Sans-Gêne», avec Jacqueline Maillan, que l’on revoit sans se lasser !

Enfin la télévision lui permettra de “faire son show”, toujours avec Jacqueline Maillan, donnant ainsi aux téléspectateurs la joie de retrouver son élégance et sa malice discrète…

Michel Roux au cinéma…

Michel RouxMichel Roux et Brigitte bardot
(«La femme et le pantin»)

Plus discret au cinéma, Michel Roux aura décroché tout de même quelques rôles intéressant. On en relève une bonne vingtaine…

On le remarque dès 1943 dans deux productions, «Le carrefour des enfants perdus» de Léo Joannon où il a pour partenaire René DaryRené Dary, et «La cavalcade des heures», aux côtés de FernandelFernandel.

En cet après-guerre, André Berthomieu le choisira à quatre reprises : «J’ai dix-sept ans» (1945) avec Jacqueline DelubacJacqueline Delubac, «Blanc comme neige» (1947) aux côtés de BourvilBourvil, «La petite chocolatière» (1949) avec Giselle PascalGiselle Pascal et «La joyeuse prison» (1956) où il partagera l’affiche avec Michel SimonMichel Simon.

En 1958, Julien Duvivier, qui l'a déjà employé en 1952 dans «La fête à Henriette», l’engage à nouveau pour «La femme et le pantin», avec Brigitte Bardot.

Mais le théâtre, la télévision et la mise en scène l’accapareront… Et surtout, il va servir le cinéma d’une autre façon ! Il avouera à ses amis que l'une de ses plus grandes fiertés aura été d’être choisi par Charles ChaplinCharles Chaplin lui-même parmi plus de 150 candidats pour assurer le commentaire de ses films: "C’est vous que je veux" lui aura dit le célèbre Charlot de notre enfance !

Une voix familière…

Sa voix si particulière lui aura valu d'être énormément sollicité pour la post-synchronisation de grands acteurs. Citons quelques uns des célèbres comédiens auxquels il prêtera généreusement sa voix: Alec Guinness, Bing Crosby, Jack Lemmon, Montgomery Clift, Stuart Whitman, Cary Grant, Renato Salvatori, Elvis Presley, Frank Sinatra, Peter Sellers, Vittorio Gassman, Gian Maria Volonte… et la liste est encore longue !

Mais tout le monde aura en mémoire sa talentueuse prouesse dans la version française du feuilleton américain «Amicalement vôtre», pour laquelle il doublera Tony CurtisTony Curtis de façon malicieuse et inoubliable, sachant y mettre la pointe d’humour nécessaire ! A lui seul, il aura sûrement fait le succès des 24 épisodes de la série en Europe francophone alors que, dans les autres pays, elle n’aura connu qu’un succès confidentiel. Tony Curtis et Michel Roux se rencontreront sur un plateau de télévision, ce qui donnera lieu à un échange très amusant, chacun se demandant si, finalement, il n’est pas l’autre… Tony Curtis sera le premier admirateur du talent de son alter-aego français. En conséquence, Michel deviendra officiellement la voix française de Tony !

Les enfants n’auront pas davantage oublié le sympathique Dick Van Dyke, l’ami fidèle de Mary Poppins. Michel Roux lui donne une espièglerie jusque dans les chansons ! D’ailleurs vous l’aurez reconnu : "chem cheminée… chem cheminée…"

Enfin, toute une génération de petites filles gardera le souvenir du maladroit Colonel Böckel (Joseph Meinrad) amoureux de l’impératrice Romy Schneider dans les trois volets des Sissi (voix de Michel Roux pour la version française bien entendu !)

Un homme élégant…

Michel RouxMichel Roux et Jacques Balutin
(«Le charlatan»)

Tiré à quatre épingles, impeccable dans ses costumes, à la ville comme à la scène, Michel Roux était un homme extrêmement bien élevé et réservé. Dans le monde du théâtre, on le surnommait “le marrant glacé” ! Courtois, sans être familier, il n’aimait pas déranger. Toujours à l’heure à ses rendez-vous, faisant preuve d’un grand professionnalisme, il impressionna même Jean PoiretJean Poiret ! Ses partenaires s'accordent à le reconnaître, il avait un immense respect des autres. Mais Roger PierreRoger Pierre, qui était son ami et qui le connaissait bien, évoque aussi sa grande sensibilité.

Michel Roux avait épousé Gilberte, son amie d’enfance, avec qui il formait un couple très uni. Ils auront ainsi vécu ensemble pendant 55 ans ! Sitôt les représentations terminées, Michel regagnait sans s’attarder son domicile à Colombes, fuyant les mondanités, les réceptions. Il n’a jamais fait l’objet du moindre ragot et a bien su protéger sa vie privée.

Tout comme son épouse, il aimait lire, écouter de la musique classique, bricoler; il avait un atelier de menuiserie et fabriquait des meubles, passionné qu’il était par le travail du bois. Une autre passion le captivait, l'aviation, activité pour laquelle il avait obtenu le brevet de pilote amateur.

Il aimait aussi, avec Gilberte, se retrouver dans la maison familiale de Normandie. Pendant les tournées, pas question de se séparer… ! Ils diront avoir fait ensemble deux ou trois fois le tour du monde.

Le public l’avait applaudi pour la dernière fois dans la pièce «Le charlatan», aux côtés de Jacques Balutin, son complice et ami.

Il s’en est allé le 2 février 2007, des suites de complications cardiaques, à l’âge de 77 ans, laissant le théâtre français et son fidèle public vraiment orphelin. Il repose à Colombes, sa ville natale.

Documents…

Sources : …, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2008)
Ed.7.2.1 : 11-11-2016