Quatre destins tragiques…

Tableau n° 11

Roland Alexandre
Lucien Coëdel
Jean Mercanton
Louis Salou

Voici quatre comédiens attachants, différents qui méritent une place dans notre souvenir pour leur talent. Si Louis Salou et Lucien Coëdel se connaissaient et avaient partagé l’affiche de plusieurs grands films, il n’en était pas de même pour Roland Alexandre et Jean Mercanton.

Pour leur plus grand malheur, et le nôtre, Roland Alexandre, Lucien Coëdel, Jean Mercanton et Louis Salou eurent toutefois le point commun d'avoir connu un destin tragique :

"Un artiste ne meurt jamais tant que l’on parle de lui." disait Jean-Claude Brialy. Alors parlons d’eux, afin qu'ils demeurent éternels.

Donatienne, avril 2008
… un talentueux “second rôle”
Lucien CoëdelLucien Coëdel

Lucien Coëdel naît le 30 août 1899 à Paris. Ses parents, Louis et Ernestine, appartiennent au monde ouvrier et la famille n’est pas très riche.

Comme tous les enfants, il fréquente l’école communale mais ne poursuit pas ses études. Il entre très vite dans le monde du travail, faisant son apprentissage dans une usine de produits chimiques. Il a alors 14 ans.

L’année suivante débute la Grande Guerre. Trop jeune pour être mobilisé, il partira tout de même sur le front vers la fin des hostilités. Curieusement, c’est là qu’il découvre le plaisir de la lecture. Il dévore tout ce qu’on lui prête, avec un attrait particulier pour les textes de théâtre.

Démobilisé, il se met en quête d’un travail et trouve rapidement une place dans un cabinet d’assurances.

Nous sommes en 1922 et, décidément, il a le théâtre dans la tête. Il ose, avec son ami Chapitel, rencontrer Fernand LedouxFernand Ledoux, qui donne des cours d’art dramatique : "Mon camarade et moi, aimerions faire du théâtre. Nous nous produisons déjà dans des cafés de la banlieue. Je dis des monologues, je fais des tours de magie et Chapitel m’accompagne au piano" ! Ledoux lui demande de déclamer un texte; il s'exécute, choisissant «La paix chez soi» de Georges Courteline. Le professeur dira avoir reçu une leçon de vérité et de simplicité, devant ce jeune homme qui faisait preuve de spontanéité et de pureté dans le jeu. Bien sûr il l’acceptera comme élève.

Dès lors, Lucien Coëdel suit les cours d’art dramatique, part en tournée et vit de son nouveau métier. Sa carrière théâtrale est très riche. Il a l’opportunité d’interpréter une centaine de rôles différents avec des partenaires remarqués comme Serge ReggianiSerge Reggiani qui débute, Louis SalouLouis Salou et un jeune fantaisiste nommé Jean ParédèsJean Parédès.

Le cinéma vient le chercher en 1936, avec des figurations. Il obtient un premier rôle consistant dans «Nord Atlantique» de Maurice Cloche. Il enchaîne avec «Courrier d’Asie» (1939), réalisé par Oscar-Paul Gilbert. Il devient peu à peu une vedette appréciée.

Hélas la deuxième guerre mondiale éclate. Il apparaît dans «Remorques» (Jean Grémillon, 1941), caché dans la pénombre de la salle des machines. Puis il tournera 7 films, parmi lesquels on peut retenir «L'assassinat du Père Noël» (1941) et «La symphonie fantastique» (1941) de Christian-Jaque, «Les inconnus dans la maison» (1942) de Henri Decoin et «Nous, les gosses» (1941) de Louis Daquin.

Christian-Jaque le rappelle pour «Carmen» (1943) , «Voyage sans espoir» (1943) et «La chartreuse de Parme» (1947) où il côtoie Maria CasaresMaria Casares et Gérard PhilipeGérard Philipe. Il y joue Rassi, le chef de police du prince Ernest IV, alias Louis Salou. Maria Casares justement, qu’il connaissait depuis «Roger la Honte» (1945) et «La revanche de Roger La Honte» (1946), deux films d’André Cayatte. Plus tôt, Jacques de Baroncelli en avait fait son Chourineur (1943) dans «Les mystères de Paris» (1943).

Sa fin tragique…

Lucien CoëdelLucien Coëdel

Le 28 septembre 1947, Lucien Coëdel termine les prises des extérieurs du film «La Carcasse et le Tord-Cou» sous la direction de René Chanas. Il décide de rentrer sur Paris en compagnie de son épouse, Lolita de Silva. Louis SeignerLouis Seigner les accompagne. Tous trois prennent le train à Morez dans le Jura, pour regagner la capitale. Au milieu de la nuit, Lucien se lève pour se rendre aux toilettes. Chose somme toute, bien naturelle… Louis Seigner ne se rendort pas et trouve au bout d’un moment que son ami tarde à revenir. Il décide de partir à sa recherche, ne le trouve pas et découvre, grande ouverte, la porte donnant sur la voie. Il donne l’alerte. On retrouvera le corps du comédien, fracassé, sur la voie, au niveau de Blaysy-Haut.

L’hypothèse de l’accident sera retenue. Henri CrémieuxHenri Crémieux, son grand ami, affreusement peiné, accréditera cette thèse. Il semble qu’un suicide n’ait pu être envisagé, pas plus que l’idée d’un crime crapuleux. Tout ce que l’on peut dire, c’est que cette mort est restée à tout jamais mystérieuse et tragique.

A 48 ans, Lucien Coëdel disparaissait et, avec lui, un des seconds rôles les plus sûrs de notre cinéma français. Sa dépouille repose au cimetière de Vanves, ville où il résidait. Que cette page permette à chacun ne pas l’oublier.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (avril 2008)
Ed.7.2.2 : 12-11-2016