Quatre comédiens de caractère…

Tableau n° 12

Edmond Beauchamp
Paul Frankeur
Georges Géret
Pierre Trabaud

Chacun à leur façon, les quatre acteurs que je suis heureuse de rappeler aux bons souvenirs de nos visiteurs furent des artistes à la personnalité bien affirmée, des comédiens discrets mais néanmoins très attachants.

Pierre Trabaud, interprète émouvant qui débuta sa carrière par un répertoire léger, la poursuivit avec des rôles plus profonds avant de prêter sa voix à des personnages devenus familiers

Georges Géret, un dur au cœur tendre

Paul Frankeur, un compère de Jean Gabin dont il partageait le caractère bien trempé

Edmond Beauchamp, compagnon fidèle de Charles Dullin et dont la longue silhouette et le visage buriné restent à jamais dans nos mémoires.

Je vous souhaite autant de plaisir à les redécouvrir que j’en ai éprouvé à leur consacrer leur page !

Par leur talent, ils restent tous les quatre éternels dans nos souvenirs.

Donatienne, août 2008
… un comédien de caractère
Edmond BeauchampEdmond Beauchamp

Visage basané, traits anguleux, yeux perçants et front intelligent, Edmond Beauchamp est un de nos comédiens discrets et pourtant si talentueux qui aura mené une belle carrière tant au théâtre qu’au cinéma et même, à partir des années 60, à la télévision.

Edmond Marie Jules Beauchamp naît à Montpellier, le 3 mars 1900.

De sa jeunesse, on ne sait pratiquement rien et les premières confidences publiques qu’il fait à l’époque, révèlent, vers la fin de la grande guerre, qu’avant d'accomplir son service militaire, il a fréquenté les cours de Paul Mounet. Il entamera des études au conservatoire qu’il ne poursuivra pas. Au retour du “régiment”, il intègre la troupe du Théâtre de l’Atelier, dirigée par Charles DullinCharles Dullin, groupe dont il deviendra l'un des piliers les plus solides. Il garde un excellent souvenir de cette période : "J’avais autant d’admiration que d’affection pour Charles", confiera-t-il.

"Je n’avais pas le physique d’un jeune premier, et j’en étais conscient. Je me suis tout de suite orienté vers des rôles de composition". N’hésitant pas à se grimer, à porter postiches et perruques, il se vieillira sans complexe pour servir des personnages de caractère. Pourtant, en prenant de l’âge, il apparaîtra comme un très bel homme, à la chevelure blanche et au sourire très lumineux.

Répétant pendant la journée, il joue sur les planches chaque soir et les pièces s’enchaînent : 63 rôles en 15 ans ! Anouilh, Claudel, Pirandello, Achard, Salacrou, pour ne citer que ceux là, figurent sur sa carte de visite. Il interprétera, aux côtés de maître Dullin, près de 1 000 fois l’œuvre célèbre de Ben Johnson, «Volpone».

Homme réservé, sympathique, cultivé, Edmond Beauchamp adorait la lecture et, dans son plus jeune âge, la randonnée à bicyclette.

Admirateur de l'auteur du «Soulier de satin», il consacra une partie de son temps à l’Association d’Etudes Claudéliennes, donnant des récitals au cours desquels il lisait et déclamait des textes avec Marie-Louise Van Veen, d'une voix grave, rude, prenante, tragédienne, arrondie des accents de son midi natal.

Edmond Beauchamp au cinéma…

Il n'apparaît pourtant sur la toile blanche qu'en 1928, dans «Maldonne» de Jean Grémillon. Tenant le rôle d’un bohémien, il s'y montre convaincant et le réalisateur, persuadé de son talent, le rappellera pour d'autres seconds rôles.

Dès lors, de grands metteurs en scène vont l'utiliser : Jean Renoir («Mme Bovary», «Le crime de Monsieur Lange» ou «La Marseillaise»), Max OphülsMax Ophüls («Werther»), Jean EpsteinJean Epstein («La femme du bout du monde»), Jacques FeyderJacques Feyder («Les gens du voyage»), Pierre ChenalPierre Chenal («La maison du Maltais»), Abel GanceAbel Gance («Louise»).

Nous voici au début de la guerre. Pendant cette sombre période, il tourne six films, dont «Le bossu» (Jean Delannoy, 1944; il participera également à la version d'André Hunnebelle quelques 15 ans plus tard).

Edmond BeauchampEdmond Beauchamp

En 1945, aimant autant le théâtre que le cinéma, Edmond Beauchamp poursuit sa double carrière. Travaillant simultanément deux films, «La fille aux yeux gris» où il incarne un sculpteur campagnard plein de douceur et de bonté, et «Dernier métro» où il entre dans la peau d’un affreux gangster, il déclare :"Rien ne m’ennuierait plus que de promener toujours le même personnage à travers des productions différentes".

Autre doublé amusant : en 1946, il tient le rôle du procureur du roi dans «Le Capitan» avant d'être au générique du «Capitan» de Hunnebelle (1960) où on le reconnaît dans le rôle du gouverneur de la province.

Au fil du temps, on le revoit dans des productions de renom, telles «Le diable au corps» (Claude Autant Lara, 1947), «Le passe-muraille» (Jean Boyer, 1950), «Le garçon sauvage» (Jean Delannoy, 1951) ainsi que dans deux drames “à costumes” comme «Marie-Antoinette» de Jean Delannoy (1956).

La nouvelle vague ne l’oublie pas, puisqu’il apparaît dans «Le beau Serge» (1958) de Claude Chabrol.

Le théâtre lui est toujours un vrai bonheur : les tournées de la troupe Renaud-Barrault - qu’il a rejointe dès la fin de la guerre - l’emmènent à travers le monde et lui permettent de rencontrer un autre couple mythique, Jean Desailly et Simone Valère.

En 1960, entre deux participations cinématographiques, il se laisse tenter par cette nouvelle expérience que constitue la télévision. Un début judicieusement choisi puisqu’il fait partie de la distribution du célèbre «Cyrano de Bergerac» d'Edmond Rostand, aux côtés de Daniel SoranoDaniel Sorano, une représentation gravée dans la mémoire des téléspectateurs.

Désormais, ce nouveau média va avoir sa préférence, lui offrant des rôles très remarqués et attachants. Nous eûmes ainsi le loisir de le voir dans des feuilletons ou des série célèbres, tels que «Janique Aimée», «Les cinq dernières minutes», «Rocambole», ainsi que dans des fictions comme «Hauteclaire» avec Mireille Darc. Il sera pour toute une génération d’enfants, le plus gentil et le plus protecteur des grands-pères, berger des montagnes, le sage César, envers le jeune Sébastien, ami de Belle, la grande chienne blanche («Belle et Sébastien», 1965/1969). Citons également «Mauprat», «Les compagnons de Jéhu» et «Les aventures du commissaire Moulin».

Entre-temps, pour le cinéma il retrouve Bourvil dans «Les cracks» (1968).

En 1979, il fait sa dernière apparition dans une fiction télévisée, «L’oeil du sorcier» aux côtés d’Elina Labourdette et de Christian Barbier. Ainsi, sa carrière aura couvert un demi-siècle !

Edmond Beauchamp s'en est allé dans la discrétion, le 3 juin 1985, à l’âge de 85 ans, à Saint-Brieuc dans les côtes d’Armor.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (août 2008)
Ed.7.2.2 : 14-11-2016