Quatre comédiens de caractère…

Tableau n° 12

Edmond Beauchamp
Paul Frankeur
Georges Géret
Pierre Trabaud

Chacun à leur façon, les quatre acteurs que je suis heureuse de rappeler aux bons souvenirs de nos visiteurs furent des artistes à la personnalité bien affirmée, des comédiens discrets mais néanmoins très attachants.

Pierre Trabaud, interprète émouvant qui débuta sa carrière par un répertoire léger, la poursuivit avec des rôles plus profonds avant de prêter sa voix à des personnages devenus familiers

Georges Géret, un dur au cœur tendre

Paul Frankeur, un compère de Jean Gabin dont il partageait le caractère bien trempé

Edmond Beauchamp, compagnon fidèle de Charles Dullin et dont la longue silhouette et le visage buriné restent à jamais dans nos mémoires.

Je vous souhaite autant de plaisir à les redécouvrir que j’en ai éprouvé à leur consacrer leur page !

Par leur talent, ils restent tous les quatre éternels dans nos souvenirs.

Donatienne, août 2008
… un comédien de caractère
Paul FrankeurPaul Frankeur

Paul Louis Frankeur, Parisien de naissance, voit le jour le 29 juin 1905, dans le quartier de Belleville. Il passe toute son enfance rue Brézin, dans le 14ème arrondissement.

De sa maman blanchisseuse, il reçoit une éducation très libre; la porte de la demeure est toujours ouverte. Cette atmosphère dénuée de contrainte va influencer à jamais le jeune Paul.

Il quitte l’école très tôt, ne pouvant se plier aux disciplines scolaires. Après avoir entamé un apprentissage dans les métiers du cuir, le voici coursier aux commande d’un triporteur, avant de se risquer à faire du porte-à-porte pour vendre des livres.

Mais c’est un instable, un oiseau sur une branche. Il vadrouille du côté de Saint-Germain-des Prés où, se liant au groupe "Octobre", il côtoie, entre autres, Jacques Prévert et Maurice BaquetMaurice Baquet.

Par ailleurs, il faut bien vivre… Il fait alors la connaissance d’ Yves DeniaudYves Deniaud, rencontre qui va décider de son avenir. Les deux hommes se produisent ensemble au cabaret d’Agnès Capri (Théâtre de la Gaîté-Montparnasse) dans un numéro amusant, «Les duettistes barbus». Pour Paul, certain d'avoir trouvé sa voie, c’est une véritable révélation.

Deux ans plus tard, Paul Frankeur décroche son premier rôle au cinéma, dans un film de Louis Daquin, «Nous les gosses». On le remarque… Nous sommes en pleine guerre et on lui propose des films à tendance raciste qu'il refuse avec véhémence. On le repère tout de même dans les inoubliables «Enfants du paradis» où il campe un inspecteur de police. Certains le signale dans le délicieux film de Jean Dréville, «La cage aux rossignols» (1945), mais il semble qu'il y ait confusion, ainsi qu'à d'autres reprises, avec son presque homonyme, Richard Francoeur. Sa présence est bien avérée dans le célèbre «Père tranquille» (1946), malicieusement interprété par Noël‑NoëlNoël-Noël, où il y incarne un résistant. Les deux hommes seront à nouveau partenaires dans «Les casse-pieds» (1948), tandis que Paul participe à l’aventure du «Jour de fête» (1949) de Jacques Tati.

Voilà sa carrière lancée. Il apparaîtra dans plus de 80 films en 33 ans ! Un de ses plus fréquents partenaires sera Jean GabinJean Gabin, avec qui il partagera une belle camaraderie au travers de 13 films. Paul, comme Jean, Lino VenturaLino Ventura ou Bernard BlierBernard Blier, possédait un sacré coup de fourchette ! Le quatuor aura fait des dîners que n’aurait pas reniés Pantagruel en personne !

De ce partenariat privilégié, retenons «Touchez pas au grisbi» (1953), «Razzia sur la chnouf» (1955), «Le sang à la tête» (1956), «Archimède le clochard» (1958), «Maigret et l’affaire Saint Fiacre» (1959), «Le gentleman d’Epsom» (1962) , «Un singe en hiver» (1962) , «Maigret voit rouge» (1963), et «Le tonnerre de Dieu» (1965). Comme on le voit, une belle liste de seconds rôles !

Un personnage atypique…

Paul FrankeurPaul Frankeur

Pourtant, il avait la réputation de ne pas être facile à caser. Pierre Laroche lui dira : "Mon vieux, quand je propose ton nom, on me répond : ‘mais c’est un rouge ! ’…". Il faut dire que, jeune, il avait pris des positions troubles et très dérangeantes, notamment concernant l’inceste, dans le journal "L’En-dehors", se taillant à jamais une réputation d’anarchiste provocateur, sans foi ni loi.

Les grands metteurs en scène lui auront tout de même fait confiance, tels Duvivier («Sous le ciel de Paris», 1950), Cayatte («Nous sommes tous des assassins», 1951), Dréville, («Horizons sans fin», 1952), Carné («Thérèse Raquin», 1953), Grangier («Le rouge est mis», 1957) ou même Deville («On a volé la joconde», 1965), pour ne citer qu’eux !

Il tournera aussi en Italie, dans «La viaccia» par exemple, cotoyant Claudia CardinaleClaudia Cardinale et Jean‑Paul BelmondoJean-Paul Belmondo sous la houlette de Mauro Bolognini (1961).

Luis Bunuel - sans doute croisé dans les milieux anarchistes à la fin des années trente - fera également appel à lui à trois reprises : «La voie lactée» (1968), «Le charme discret de la bourgeoisie» (1972) et «Le fantôme de la liberté» (1974).

Comment oublier sa performance dans «Mon oncle Benjamin» d’Edouard Molinaro (1969) où il incarne de façon si truculente le Docteur Minxit, paillard, épicurien, un brin charlatan, et néanmoins ami de Benjamin/Jacques Brel : certainement l'un de ses derniers meilleurs rôles.

Il fut l'un de nos meilleurs seconds couteaux, jouant juste, de façon naturelle, capable d’assumer des rôles de composition et c’est toujours un plaisir de le revoir.

Père de famille, il eut tout juste le temps de voir son fils, Jean‑Paul FrankeurJean-Paul Frankeur, s'engager dans la même voie, tenant, entre autres, un rôle intéressant dans une fiction télévisée de qualité, «Nans le berger» (1974).

Paul Frankeur est décédé à Nevers, le 27 octobre 1974, d’une crise cardiaque. Sa dépouille repose à Chitry-les-Mines.

"Un comédien c’est : ‘On sonne et je monte…’, et quand celui qui tire le cordon s’appelle Luis Bunuel par exemple, cela fait un immense plaisir !" (Paul Frankeur)

Sources…

Remerciements à Yvan Foucart pour ses précisions sur l'état civil de l'intéressé. Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (août 2008)
Ed.7.2.2 : 16-11-2016