Quatre comédiens de caractère…

Tableau n° 12

Edmond Beauchamp
Paul Frankeur
Georges Géret
Pierre Trabaud

Chacun à leur façon, les quatre acteurs que je suis heureuse de rappeler aux bons souvenirs de nos visiteurs furent des artistes à la personnalité bien affirmée, des comédiens discrets mais néanmoins très attachants.

Pierre Trabaud, interprète émouvant qui débuta sa carrière par un répertoire léger, la poursuivit avec des rôles plus profonds avant de prêter sa voix à des personnages devenus familiers

Georges Géret, un dur au cœur tendre

Paul Frankeur, un compère de Jean Gabin dont il partageait le caractère bien trempé

Edmond Beauchamp, compagnon fidèle de Charles Dullin et dont la longue silhouette et le visage buriné restent à jamais dans nos mémoires.

Je vous souhaite autant de plaisir à les redécouvrir que j’en ai éprouvé à leur consacrer leur page !

Par leur talent, ils restent tous les quatre éternels dans nos souvenirs.

Donatienne, août 2008

Georges GERET (1924 / 1996)

… un comédien de caractère
Georges GéretGeorges Géret

Lyonnais de naissance, Georges Géret (Antoine, Henri Géret pour l'état civil) apparaît en notre monde le 18 octobre 1924.

Il n'a que 6 ans au décès de son père, raseur de velours, et ne garde de lui que quelques rares souvenirs : une trottinette qu’il lui avait fabriquée, une recommandation, au moment de partir à l’hôpital pour une appendicite qui lui sera fatale : "Sois sage avec maman !". Une maman brodeuse d'ornements d'église, qui aura bien du mal à l’élever. Les temps sont durs et le logis est si petit (une seule pièce et une minuscule alcôve qui sert d'atelier pour la cousette laborieuse)…

Le petit Georges a besoin de s’évader. Au patronage, il découvre le cinéma au travers de Pierre FresnayPierre Fresnay et «La grande illusion», 1937). Le soir, doué pour la récitation, il déclame les fables de La Fontaine à sa mère, attentive et pourtant bien fatiguée.

Il ne fait pas de grandes études : s’il rate le brevet, il réussit tout de même le certificat d’études primaires avant de décrocher quelques petits boulots. Enfin, il obtient un poste, plus important, de mécanographe sur machines statistiques dans un des services du ministère des finances, à Lyon. Il réalise ainsi le rêve maternel : devenir fonctionnaire !

Les premiers pas sur scène…

Avec quelques amis, il fait partie d’une troupe de théâtre amateur dont le répertoire se limite aux mélodrames populaires de l’époque que sont «La porteuse de pain», «Les deux orphelines» ou «Roger la Honte», spectacles donnés dans des salles de fêtes ou de patronage… Ces quelques moments de complicité et de camaraderie n'empêchent pas le jeune Georges de nourrir d'autres ambitions… C’est décidé, il monte à Paris !

Les débuts sont toujours difficiles lorsqu'on ne connaît personne. Il parvient pourtant à décrocher un petit rôle dans «Caroline chérie» de Richard Pottier (1950). Mais la suite st plus délicate, le jeune homme frappant vainement à toutes les portes. Découragé, il songe à rentrer à Lyon. Avant de prendre le train du retour, il se rend dans un café tenu par FlorelleFlorelle, actrice et chanteuse qu’il admire. Le voilà, avenue Junot, tenant en laisse son petit chien. Il entre; un homme est installé là, auprès d'un teckel. Le provincial ignore encore qu’il a rencontré Léo JoannonLéo Joannon. Les deux hommes se parlent… Joannon, qui va réaliser «Le défroqué», propose à Georges de figurer dans le film sous plusieurs costumes ! Il sera ainsi prêtre, officier, et même bonne sœur, auprès de… Pierre Fresnay !

Georges Géret«Le journal d'une femme de chambre» (1963)

Georges Géret entame ainsi une longue carrière de “second rôle”. Certes, il avait le talent pour prétendre à autre chose, mais son visage rude, viril, au nez cassé (souvenir d'un pugilat dans une cour de récréation), une vraie “gueule” de cinéma, fera qu’on lui confiera plutôt des rôles de violents, de sadiques, de personnages louches, de malfrats, ou alors carrément à l’opposé, de policiers. Mais son talent s’affirme, et même si l’intrigue de certains de ses films reste fade, l'acteur fait toujours remarquablement son travail.

En 1954, il décroche son premier rôle important sur les planches dans «Le scieur de long», une pièce de Marcel Mousty.

En 1959, il a l’opportunité d’intégrer la troupe du TNP de Jean VilarJean Vilar, dont il partagera avec bonheur quelques succès pendant une dizaine d'années. Un jour, très fier, il joue, à Chaillot, devant sa maman. : "J’ai eu la chance d’avoir une mère extraordinaire, pleine de bon sens". Une maman qui n’hésitera pas à le rappeler à une saine humilité quand elle le jugera nécessaire !

Il reviendra à plusieurs reprises sur scène («Lucienne et le boucher» en 1976, ...)

Le cinéma…

Georges Géretavec Michel Blanc dans
«La gueule de l'autre» (1979)

Le 7e art va faire appel à lui pour environ 70 longs métrages ! Rappelons ses principaux rôles…

Après «Le défroqué», Léo Joannon va utiliser sa personnalité pour ses trois films suivants : «Le secret de soeur Angèle», «L’homme aux clés d’or» (1956) où il retrouve Pierre Fresnay, et «Le désert de Pigalle» (1957). Dans les deux derniers, il côtoie une jeune débutante, Annie GirardotAnnie Girardot, qu’il recroisera plus tard dans un film d’André Cayatte, «L’amour en question» (1978) .

Georges Géret a été choisi par de nombreux metteurs en scène, différents par leurs styles mais unanimes pour lui accorder du talent : Bernard Borderie à 2 reprises (dont «Le caïd», 1960, avec Fernandel), Luis Bunuel (qui lui donne l'un de ses plus rôles dans «Le journal d’une femme de chambre», 1965, avec Jeanne Moreau), Costa Gavras («Compartiment tueur» en 1965 et «Z» en 1968) , Alain Cavalier («L’insoumis», 1964, avec Alain Delon), Pierre Granier-Deferre («La métamorphose des cloportes», 1965), Denis de la Patellière («Le tonnerre de Dieu», 1965, avec Jean Gabin), etc.

Parmi ses partenaires les plus prestigieux figure à cinq reprises Jean‑Paul BelmondoJean-Paul Belmondo : pour «Week-end à Zuydcoote» (1964) où il incarne, "aussi sec !", un Pinot simple soldat, puis pour un polar assez confidentiel, «Par un beau matin d’été» (1965). Plus tard viendront «Flic ou voyou» (1979) , «Le guignolo» (1980) et «L’inconnu dans la maison» (1992), trois réalisations maîtrisées par Georges Lautner.

Relevons également six rencontres avec Robert HosseinRobert Hossein, deux avec Marcello MastroianniMarcello Mastroianni («Opération Opium» et «L'étranger») et, plus originales pour un acteur français, une avec Orson Welles («L'étoile du sud», 1968), James Coburn («Une raison pour vivre, une raison pour mourir», 1972) ou Vanessa Redgrave («Un coin tranquille à la campagne», 1968).

Et s'il faut retenir un dernier rôle, comment ne pas évoquer le terrible adjudant Ferraci du «Pistonné» (Claude Berri, 1969), qui terrorise les jeunes recrues en partance pour une Algérie dont l'avenir devait bien révéler qu'ils n'avaient rien à y faire, si ce n'est, hélas pour certains, à y mourir.

La télévision

Georges Géret ne dédaigne pas la télévision qui lui permet, après une apparition dans le célèbre «Chevalier de Maison Rouge» de Claude Barma (1963), de donner une magistrale représentation de Jean Valjean dans la fiction de Marcel Bluwal, «Les misérables» (1972).

Il avouera même dans une interview que le rôle préféré de toute sa carrière aura été celui de Vautrin dans «Splendeurs et misères des courtisanes» (1975), un personnage diabolique et intelligent qui le changeait des rôles qu’on lui proposait jusque-là !

On le reverra ainsi à plusieurs reprises sur le petit écran («Le dernier choix du maréchal Ney» en 1979,…). Très apprécié en Italie, où on le compara très tôt à Jean Gabin, il incarnera un prêtre dans une la mini-série «Little Roma» (1987).

L'homme…

Georges GéretGeorges Géret

De l’avis de tous, Georges Géret fut, dans la vie, un homme calme et charmant, à l'opposé des personnages qu’il incarnait sur les écrans. Pantouflard, casanier, son itinéraire favori partait de Paris pour aboutir à Saint-Paul de Vence où il aimait s'adonner à la pétanque, en été, avec les amis Montand et Ventura. La pipe éternellement clouée à la bouche, il savourait sa collection de tableaux amoureusement choisis à l'issue de chaque tournage particulièrement avantageux.

Divorcé d'une Niçoise, il se remariera avec Dominique, de trente ans sa cadette, rencontrée à Saint-Paul…

Il aimait beaucoup la butte Montmartre où il résidait, quand il n’était pas à Saint-Paul-de Vence. C'est dans ce célèbre village provençal qu'il repose depuis le 7 avril 1996, date à laquelle il nous a quittés, à l’âge de 71 ans, des suites d’un cancer.

Documents…

Sources : Remerciements à Yvan Foucart pour ses précisions sur l'état civil de l'intéressé. Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Citation : "Même lorsque je jouais un petit rôle dans une pièce de Jean Vilar, j'ai toujours éprouvé un sentiment de fierté, parce que je faisais le même métier que lui." (Georges Géret)

Donatienne (août 2008)
Ed.7.2.2 : 19-11-2016