Quatre comédiens de caractère…

Pierre TRABAUD (1922 / 2005)

… un comédien de caractère
Pierre TrabaudPierre Trabaud

"Dis donc Lebrac ! On n’est pas à la Sablière ! Le général ici c’est moi !"

Celui qui s’adresse avec autorité à ce chenapan de petit Lebrac (André Tréton), c’est son instituteur, interprété par Pierre Trabaud dans «La guerre des boutons» !

Pierre Trabaud est né le 7 août 1922, rue du Val Fleuri à Chatou, sous le nom de Pierre Gabriel Vincent Wolf. Plus tard, par décret, il changera de nom pour se faire appeler Pibaret. Mais c'est sous le patronyme de sa maman, Célestine Trabaud, qu'il mènera sa carrière d’artiste.

Il suit des études secondaires et s’inscrit aux Beaux-Arts. Il fréquente également le cours de René SimonRené Simon qui lui met le pied à l’étrier, lui permettant de jouer dans plusieurs pièces de théâtre («Thermidor» de Claude Vermorel en 1948, etc).

Sa carrière cinématographique démarre dans l'immédiat après-guerre. Tout de suite, il se fait connaître en tenant le rôle-titre masculin dans «Antoine et Antoinette» de Jacques Becker (1946).

Ce même réalisateur le rappelle, 3 ans plus tard, pour incarner Pierrot, fils de bouchers qui veut devenir artiste, dans «Rendez-vous de juillet» (1949), aux côtés d’une pléiade de jeunes vedettes (Brigitte AuberBrigitte Auber, Nicole CourcelNicole Courcel, Daniel GélinDaniel Gélin, Maurice RonetMaurice Ronet, etc). Il campe le boute-en-train malicieux de la classe de Louis Seigner dans cette histoire de la jeunesse d’après-guerre, au son de l’orchestre de Claude Luter. Son sourire un peu câlin, son style juvénile, séduisant et malicieux le classent, le succès du film aidant, parmi les jeunes premiers de l’époque. Tant pis pour ces demoiselles, il a déjà épousé un ravissant mannequin de chez Dior, qui deviendra célèbre un peu plus tard sous le nom de CapucineCapucine. Mais le couple se séparera dès 1950.

Dès lors, Pierre Trabaud apparaît successivement dans une dizaine de films où il tient des rôles, de second ordre certes, mais particulièrement remarqués.

Parallèlement, durant toutes ces années, il s’intéresse au doublage, prêtant sa voix à l'expression française de Popeye.

Après «La guerre…»

Pierre TrabaudPierre Trabaud

Après «La guerre des boutons», Pierre Trabaud n'obtient plus que quelques petits rôles.

Par contre, comme le dit Thomas Sotinel dans un article paru dans "Le Monde", il va devenir l’homme orchestre du doublage. Il est ainsi la voix française de Marlon Brando, Hervé VillechaizeHervé Villechaize (série TV américaine «L’Ile fantastique»). Il prête également sa voix à Dustin HoffmanDustin Hoffman pour «Rain Man» (1988), etc. L'acteur s’amuse enfin à donner la parole à des personnages animés, tels Joe DaltonJoe Dalton , Daffy DuckDaffy, PopeyePopeye et certains personnages d’«Astérix», d’«Albator» ou de «Dragon Ball» !

Les initiés de la spécialité évoquaient le tandem vocal qu’il formait avec Jacques DynamJacques Dynam comme Les “Laurel et Hardy” du doublage français ! Non seulement Pierre prêtait sa voix à des acteurs étrangers, mais il lui arrivait parfois de manager la post-synchronisation d’un film ! Lorsqu'on lui fait remarquer que cette activité met en sommeil sa carrière de comédien, il répond : "J’ai choisi ce métier pour l’aimer, non pour le subir !"

Pierre Trabaud avait d’autres cordes à son arc. Ainsi, passionné de boxe, il était devenu arbitre, supervisant plus de 300 rencontres !

Tous ses amis de cette grande famille lui ont rendu hommage après sa disparition en assistant tous ensemble, en présence de Madame Nicole Trabaud, à la projection du seul film qu’il aura écrit et réalisé en 1983, le très beau «Voleur de feuilles», défendu par Bertrand Tavernier malgré un accueil mitigé à l’époque, interprété, outre le réalisateur, par Denise Grey, Jean-Pierre Castaldi, Jean-Pierre Darras,…

Ainsi Marc Cassot, Georges Aminel qui était encore là, Jacques Ciron, Bernard Lavalette, Philippe Mareuil, Patrick Préjean, pour ne citer que ceux-là, se seront retrouvés pour partager un moment fort chargé d’émotions.

Car Pierre Trabaud décéda le 26 février 2005, dans sa 83ème année, à l’hôpital de Garches. Ses obsèques eurent lieu en l’Eglise Saint-Roch de Paris. Sa dépouille repose au cimetière de Neuilly. Seules les feuilles s'en sont réjouies.

Sources…

Remerciements à Yvan Foucart pour ses précisions sur l'état civil de l'intéressé. Pour le este, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (août 2008)
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Ed.8.1.2 : 22-11-2016