«Four Angel Faces…»

Tableau n° 13

Freddie Bartholomew
Jackie Coogan
Jackie Cooper
Dickie Moore

A l’approche des fêtes de fin d’année, nous célébrons l’enfance sur notre site avec l’évocation de quatre petits boys américains qui ont enchanté le public ! Deux nous ont quittés, mais deux autres sont encore là, témoins de toute une époque !

Tous quatre cependant ont payé bien cher leur fragile gloire et leur statut de petite star ; Ils en ont gardé des blessures douloureuses pendant toute leur vie !

Retrouvons Freddie Bartholomew, le petit dandy britannique, Jackie Coogan, inoubliable partenaire de Charlie Chaplin, Jackie Cooper, un vrai Gavroche d’Outre Atlantique et enfin Dickie Moore, une des fameuses “petites canailles”!

Donatienne, decembre 2008
… un petit dandy britannique
Freddie BartholomewFreddie Bartholomew

Quel beau petit garçon ! Le public connaîtra plus facilement Frederick Llewellyn March sous le nom de Freddie Bartholomew.

Il naît à Dublin en Irlande, le 28 mars 1924. Ses débuts dans la vie sont perturbés sur le plan affectif. De son père, on sait peu de choses. Mais sa mère, qui a sombré dans l’alcool, renonce à ses droits en faveur de sa sœur Millicent Bartholomew, surnommée Cissie. Le garçonnet portera donc le nom de sa tante Bartholomew qui l’élèvera avec le projet d’en faire un acteur. Dès ses premières années, l’enfant récite les poèmes que lui apprend Cissie. La légende dit qu’il aurait commencé à “faire l’acteur” à l’âge de trois ans…

On l'aperçoit bientôt dans deux oeuvrettes anglaises, «Fascination» (1930) et «Lily Christine» (1932). C’est suffisant pour que la puissante MGM le remarque et le fasse venir aux USA. Il a 10 ans ! Avant de partir, il fréquente à ce moment-là l’école londonienne d’Italia Conti, directrice d’un célèbre cours d’art dramatique pour enfants, afin de perdre les quelques traces de son accent irlandais. Le producteur David O.SelznickDavid O.Selznick envisage un «David Copperfield». Pour incarner le héros de Dickens, il faut un petit garçon britannique. Les chroniques de l’époque racontent que le garçonnet aurait pénétré doucement dans le bureau de O.Selznick et aurait murmuré : "Je suis David Copperfield !" au producteur ému et médusé. Ce fut son premier vrai grand rôle (1934), même si les critiques à son égard ne furent pas unanimes, lui trouvant un air un peu affecté. Le public, lui, aura adoré !

Avec ce rôle, sa carrière de “petite grande vedette” est lancée… Les cinq années qui vont suivre vont lui permettre d’affirmer sa personnalité dans des films dramatiques avec des partenaires prestigieux : Greta Garbo, dans «Anna Karenina» dont il incarnera le fils, Victor Mac Laglen dans «Professional Soldier», Lionel BarrymoreLionel Barrymore, Spencer TracySpencer Tracy… Son salaire est alors de 1000 dollars par semaine !

Citons ensuite son interprétation du «Petit Lord Fauntleroy» (1936) où il partage l’affiche avec Mickey RooneyMickey Rooney. Sa grâce enfantine et ses fossettes séduiront l’Amérique entière après avoir attendri le fier comte de Dorincourt (Charles Aubrey SmithCharles Aubrey Smith).

Un peu plus tard, dans le célèbre «Capitaines Courageux» (1937), il joue le rôle d’un jeune dandy prétentieux qui tombe d’un paquebot et est récupéré par un marin au grand cœur (Spencer Tracy) qui lui apprendra les vraies valeurs de la vie. Mickey Rooney est toujours là… Ils seront à nouveau réunis dans «Lord Jeff» (1938).

Freddie est alors l’enfant le mieux payé d’Hollywood, après Shirley TempleShirley Temple.

Le temps des oeufs durs…

Freddie BartholomewFreddie Bartholomew

La seconde guerre mondiale sévit en Europe. Freddie a grandi… L’état d’esprit du public a changé. Son style de petit dandy costumé, très distingué, semble décalé par rapport aux événements. Bien qu’il reste un bon acteur, il n’a plus sa frimousse si émouvante; c’est un adolescent au physique agréable certes, mais que son public a du mal à reconnaître. Les propositions de rôles diminuent en conséquence.

On le retrouve tout de même dans quelques films à petit budget, («Tom Brown's School Days» en 1940, «Junior Army» en 1942, etc).

Bientôt, il est enrôlé dans l’US Air Force, comme mécanicien. Il y sera victime d’un accident qui aurait pu lui briser les reins. Il s’en sortira après une longue rééducation dans un hôpital militaire. C’est dans ces années qu’il se fait naturaliser américain.

De son côté, sa mère biologique, réalisant que son fils a amassé une véritable fortune, décide de faire valoir ses droits. La loi Coogan a été votée, et elle devrait le protéger. Pourtant il engloutira tous ses sous (évalués à un million de dollars) dans d’interminables et nombreux procès (pas moins de 27 !) qu’ il finira tout de même par gagner pour “défendre” les droits de Cissie qui l’avait élevé. Il dira plus tard avec un humour désabusé : "Tout ce qui me resta, ce furent les boutons de ma puberté !".

Après la guerre, Freddie Bartholomew travaille un moment dans la publicité mais tous les tracas qu’il aura vécus feront que son équilibre psychique sera gravement altéré. Il essaiera de se lancer dans la réalisation d’un film pour résumer sa carrière, projet qui n'aboutira pas.

En première noce, il a épousé une jeune femme russe immigrée qui veut échapper au régime soviétique. La période sera dure pour le couple. Ruinés, ils vivront carrément dans une voiture garée dans une rue de Brooklyn. Un divorce suivra. Il se mariera une deuxième fois pour divorcer encore, se réfugiant alors dans l’alcool.

Au début des années 1950, il réussit à remonter la pente. Il signe un contrat avec une compagnie de production de New York, d’abord comme présentateur, puis comme metteur en scène. Cinq ans plus tard il sera producteur d’émissions commerciales.

Un troisième mariage, heureux et stable celui-là, lui permettra de retrouver une certaine sérénité. Elisabeth restera à ses côtés jusqu’à son décès.

Il aura eu un fils et une fille et aura adopté une deuxième fille. Il deviendra un des plus grands agents de publicité de Madison Avenue, Benton & Bowles. Il sera ensuite responsable d’émissions à la télévision dont il sera d’ailleurs le producteur.

Il avait fait le serment de ne plus jamais évoquer ses souvenirs dans une interview, reniant quelque peu son passé de petite vedette : "Faire des films comme interprète fut une simple erreur de jeunesse. Je suis un homme de chiffres, ayant toujours eu une mémoire mathématique" déclarera-t-il. Pourtant, il s’exprimera peu de temps avant sa mort dans l'émission «Quand le lion rugit» et l’on aura pu se rendre compte qu’il avait complètement perdu son accent british. Mais son fidèle et nostalgique public sera ravi de le retrouver avec une certaine prestance.

En 1991, l’année où il “prend sa retraite”, il commente et anime une émission sur l’histoire de la MGM sur une chaîne cablée.

Victime d’un emphysème, il décédera relativement jeune, le 23 janvier 1992 à Sarasota, en Floride.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (décembre 2008)
Ed.7.2.1 : 24-8-2015