La chambre verte de 2008

Tableau n° 14

Jacques Berthier
Pierre Mirat
Michel Modo
Jacques Morel

L’année 2008 nous aura privés de comédiens talentueux, facétieux, ténébreux, ou populaires.

J’ai choisi d’évoquer quatre d’entre eux qui, quoique différents, ont su nous émouvoir et nous amuser :

Jacques Berthier, beau comme un prince oriental, ténébreux jeune premier de l’après-guerre

Jacques Morel, une valeur sûre de notre 7e art qui a connu les plus grands

Pierre Mirat, rondeur sympathique et méridionale qu’une publicité a rendu inoubliable

Michel Modo qui, avec son compèreGrosso, aura bien su jouer au pitre, aux côtés de Louis de Funès et de Robert Dhéry .

Donatienne, mai 2009
… rondouillard et débonnaire
Pierre MiratPierre Mirat

Ce fut une de nos rondeurs méridionales parmi les plus sympathiques ! Abonné aux rôles de curés bienveillants, d'aubergistes accueillants et gourmands, de cafetiers débonnaires, il traversa de façon familière quelques 50 années de notre cinéma national. Sa prestation dans un spot publicitaire pour les épices d'un "certain monsieur qui savait se décarcasser" contribuera à nous le rendre encore plus populaire. Mais ce serait vraiment trop réducteur de s'en tenir à ce mini-rôle !

Pierre Mirat a fait partie pendant plusieurs décennies de notre paysage cinématographique. Second rôle certes, mais les seconds rôles ne sont-ils pas l'armature autour de laquelle se batît un film ?

De son vrai nom Pierre Gérard Robert Mirat, il naît le 12 février 1924 à Montauban, la ville qui lui donnera son accent occitan. C'est un garçon sympathique, sain, sportif (il pratique le basket, le demi-fond et l'athlétisme). Ses parents travaillent dans l'hôtellerie et rêvent de voir leur fils prendre leur succession dans l'entreprise familiale. Mais le jeune Pierre ne l'entend pas ainsi : il veut faire du théâtre. Et plutôt dans le répertoire de la tragédie !

S'il apparaît bien à l'écran, dès 1946, dans le film de Jean de Marguenat, «Le gardian», aux côtés de Tino Rossi, ce n'est pas dans le rôle du curé (tenu par Arnaudy) comme on peut le lire ici et là, mais dans une apparition fugitive, face à Henri Arius. Il a alors 22 ans.

C'est au Grenier de Toulouse, qui permettra à tant de jeunes talents de percer, que Pierre Mirat fait ses vraies premières armes de théâtre en écoutant les précieux conseils de Daniel SoranoDaniel Sorano, grand tragédien du Théâtre National Populaire. Il monte à Paris et va jouer «Les Carthaginois» au concours des Jeunes Compagnies. Il tiendra auprès de son mentor le rôle du poète-cuisinier Ragueneau dans une des nombreuses représentations du célèbre «Cyrano de Bergerac ».

La télévision , le théâtre vont être ses lieux de prédilection. Pour la télévision, souvenons nous du célèbre feuilleton «Le temps des copains» (1961/1962). Il y incarne Michel-Ange, un restaurateur. Nous le verrons ensuite dans des séries très populaires («Maigret», «Schulmeister», «Sans famille», «La ligne de démarcation»…) mais aussi à plusieurs reprises dans des pièces du théâtre ce soir : «Peau de vache», «Auguste» avec Fernand RaynaudFernand Raynaud, «Echec et meurtre» avec Robert Lamoureux (1971), «Folle Amanda» aux côtés de Line Renaud…

Le théâtre l'accueillera volontiers et l'on retrouve sa trace dans des pièces mythiques telles «Hibernatus» de Jean-Bernard Luc (1957), ou bien dans «Monsieur Chasse» de Feydeau dans une mise en scène de Robert Dhéry. Voxophile lui aussi, il prêtera sa voix au cuisinier d'AstérixAstérix dans les films d'animation relatant les exploits des célèbres gaulois de l'Hexagone ! Il aura aussi enregistré un CD autour des «Lettres de mon moulin».

Au grand écran…

Pierre MiratPierre Mirat

Comme nous l'avons dit, il interprétera des personnages débonnaires et rassurants en donnant sans complexe la réplique à de très grandes vedettes : souvenons-nous de Viviani dans «A pied, à cheval et en voiture» (1957) face à Noël-Noël, de l'hôtelier qui se faisait ravitailler en gibier et poisson frais par un Blaireau / Louis De Funes dans le film d'Yves Robert, «Ni vu ni connu» (1957), du chef de chantier de «Archimède le clochard» (1958) empêchant Jean Gabin de cuver en rond !

Bernard Borderie, cinéaste populaire par excellence, utilisera ce comédien jovial et très naturel sur l'écran à plusieurs reprises : «Le Gorille vous salue bien» (1957), «le Caïd» (1960) avec Fernandel, «Les trois mousquetaires : les ferrets de la reine» (1961) où il campera un aubergiste bien ventru mais sans moustache ! Gérard BarrayGérard Barray, le D'Artagnan du film, se rappelle la camaraderie qui s'était installée entre les deux méridionaux montalbanais qu'ils étaient, sur le tournage, complicité qui se poursuivra après l'ultime clap.

Pierre Mirat retrouvera Fernandel dans «L'homme à la Buick» de Gilles Grangier (1966, scènes coupées au montage) et dans «Heureux qui comme Ulysse» de Henri Colpi (1969). Au hasard des 60 longs métrages où on le reconnaît aisément, on le trouve de temps en temps dans un rôle plus dramatique. Ce fut le cas dans «Le glaive et la balance» d'André Cayatte (1962) où il est un juré, et «Le pull-over rouge» de Michel Drach (1979) sur un scénario de Gilles Perrault, où il campe le président du tribunal.

Mais dans l'ensemble, il nous aura plutôt amené un sourire aux lèvres tant sa bonhommie était légendaire et sympathique ! Comme ce cafetier généreux dans «Paris brûle-t-il ?» (1966). Robert LamoureuxRobert Lamoureux le choisira pour le premières aventures de sa «Septième compagnie» (1973) et pour «Impossible… pas français» (1974).

D'autres rencontres jalonnent sa longue carrière : Bourvil dans «Fortunat» (1960), Jean-Paul Belmondo dans «Cent mille dollars au soleil» (1963), avec Curd Jurgens dans «Le triomphe de Michel Strogoff» (1961), Michel Piccoli dans «La femme en bleu» (1972), Romy Schneider dans «Un amour de pluie» (1974), Michel Galabru dans «Une merveilleuse journée» (1980)…

Pierre Mirat fut l'époux d'une artiste lyrique dont le talent était apprécié à Toulouse. D'origine péruvienne, elle se fit connaître sous le nom de Hélia T'Hezan. Mais le couple devait se séparer quelques années plus tard.

Le 16 juillet 2008, dans la discrétion, il quitte ce monde à l'âge de 84 ans, à Couilly-Pont-aux-Dames, en Seine-et-Marne, là où il habitait. Il repose pour toujours dans ce ravissant village aux sept clochers, Martel, dans le Lot.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2009)
Ed.7.2.2 : 25-11-2016