La chambre verte de 2008

Tableau n° 14

Jacques Berthier
Pierre Mirat
Michel Modo
Jacques Morel

L’année 2008 nous aura privés de comédiens talentueux, facétieux, ténébreux, ou populaires.

J’ai choisi d’évoquer quatre d’entre eux qui, quoique différents, ont su nous émouvoir et nous amuser :

Jacques Berthier, beau comme un prince oriental, ténébreux jeune premier de l’après-guerre

Jacques Morel, une valeur sûre de notre 7e art qui a connu les plus grands

Pierre Mirat, rondeur sympathique et méridionale qu’une publicité a rendu inoubliable

Michel Modo qui, avec son compèreGrosso, aura bien su jouer au pitre, aux côtés de Louis de Funès et de Robert Dhéry .

Donatienne, mai 2009
… un pour deux, deux pour un
Michel ModoMichel Modo

Michel Henri Louis Goi est né le 30 mars 1937, à Carpentras, origine dont il garde toujours une petite trace d’accent dans la voix.

C’est au cours Simon, vers la fin des années 50, qu’il rencontre son futur complice Guy Sarrazin, son aîné de 4 ans, qui deviendra Guy GrossoGuy Grosso. Tous deux s’entendent vite comme larrons en foire, ce qui les fait surnommer “les deux connards” par le maître lui-même ! Ils décident alors de se produire ensemble dans les cabarets en jouant sur l’expression “grosso modo” !

Leurs tempéraments un peu farfelus conviennent parfaitement à la bande des Branquignols, menée par Robert DhéryRobert Dhéry et Colette BrossetColette Brosset. Alors que Grosso fait son service militaire, Modo part avec la troupe aux Etats-Unis pour y jouer «La plume de ma tante». Il y restera de 1958 à 1960, et en gardera le souvenir d’avoir rencontré le légendaire Buster KeatonBuster Keaton et la mythique Marilyn MonroeMarilyn Monroe. En outre, il épouse là-bas une des plus jolies danseuses de la troupe, Brigitte Peynaud.

A son retour, Michel retrouve Guy. Un autre personnage va les remarquer, qui a déjà un grand nom auprès du public : Louis De FunèsLouis de Funès. Michel et Guy apparaissent avec lui sur scène dans «La grosse valse» : "Ce fut un merveilleux spectacle où nous improvisions sans cesse". Tous les trois resteront amis et auront plaisir à se retrouver régulièrement durant deux bonnes décennies, sur les planches et les écrans.

En 1961, le duo tourne ensemble son premier film, «La belle Américaine», avec son lot de gags à la Dhéry et toute une pléiade de vedettes. Dès lors, la carrière des deux compères démarre pour un joyeux parcours populaire de près de 50 films ou téléfilms.

Souvent ensemble, parfois séparément, ils sont repérés et aimés du public. Qui n’a pas prononcé le fameux "groupir" pour inciter les gens à se regrouper pour une photo souvenir ? Mot culte tiré du 2ème volet de la fameuse série d'une «Septième compagnie…» enfin retrouvée par Robert Lamoureux ! C’est Michel, en soldat allemand, qui le prononce. Le duo s'oriente ainsi sur un registre que d’aucuns qualifieront de "franchouillard", mais dont il font leur image de marque. Largement mis en valeur par le contact avec De Funès qui draine à lui tout seul une marée de spectateurs devant les cinémas qui projettent ses films, les deux lascars profitent efficacement de cette gloire spontanée. Il en est ainsi pour toute la série des «Gendarmes…» où Michel incarne le maréchal des logis Berlicot, alors que son comparse personnifie l'agent Tricard.

Michel Modo aura endossé plusieurs fois l’uniforme : dans «Bébert et l’omnibus» (1963, il est déjà un gendarme), «Les gorilles» (1964, un agent à vélo), «Le corniaud» (1964, encore un gendarme), «La grande vadrouille» (1966, le soldat allemand bigleux) où, "grâce" à sa maladresse, il permet aux héros français et alliés de passer en zone libre avec leur planeur. On le verra encore en uniforme à deux reprises dans deux avatars de la série des «Bidasses…» initiée par les Charlots.

Nous apprendrons de la bouche même de Michel qu’ils étaient, Guy et lui, les gagmen de Gérard Oury. Ils sont donc parties prenantes dans l’immense succès des deux films précités. Sur le plateau, Louis de Funès et son épouse Jeanne insisteront auprès du réalisateur pour qu'il les distribue. Ainsi, en uniforme plus pacifique, mais pour un rôle dansant et amusant, Michel Modo nous offre un numéro fort drôle de lèche-botte ahurissant dans «Le grand restaurant» (1966). Un costume historique le transforme en La Merluche dans «L'avare» (1980), une adaptation de la pièce de Molière par Jean Girault.

Choisi par Yves Robert, Michel endosse l’habit de facteur pour l'évocation de l’enfance de Marcel Pagnol, «La gloire de mon père» et «Le château de ma mère» (1990).

De choses et d'autres…

Michel ModoMichel Modo

A la télévision, Grosso et Modo se lancent d’abord dans des émissions de variétés où ils interprètent leurs sketches : «Au risque de vous plaire», etc. Michel mènera une vraie carrière sur notre petit écran ; on le reconnaît dans des épisodes de la série «Gerfaut», dans «L’inspecteur mène l’enquête», ou dans certaines aventures du «Commissaire Moulin» et de «Maigret». On l'y vit encore récemment dans la série à succès «Plus belle la vie» (2006).

N’oublions pas ses participations remarquées dans plusieurs pièces du «Théâtre ce soir». Rappelons-nous enfin sa présence au «Petit théâtre de Bouvard», dans «La classe» où le tandem fantaisiste s’en donnait à cœur joie. Michel confiera avoir écrit plus de 800 sketches.

Tout comme Jacques Berthier et Jacques Morel, Michel Modo fut un acteur de doublage très estimé; les voxophiles le connaissaient bien, lui qui avait su animer vocalement nombre de personnages du feuilleton «les Simpson». De même il prêta sa voix à Piliut dans «La flûte à six schtroumpfs» et à R.K. Maroon dans «Qui veut la peau de Roger Rabbit».

Ecrivain à l'occasion, il participa à l'écriture du scénario et des dialogues de «Le petit baigneur» (1967, Robert Dhéry) et «La grande nouba» (1973, Christian Caza). Enfin, avec son inséparable compère, il enregistre en 1975 un microsillon 45 tours, «Passe moi le beurre», tango malicieux et drôle. En 2000, il écrivait encore deux chansons pour son ami Henri SalvadorHenri Salvador.

Artiste complet, capable d’improviser, de chanter, d’imiter, Michel Modo finit ses jours à Vaires sur Marne. Il y décéda à 71 ans, le 24 septembre 2008, des suites d’une grave maladie, 7 ans après Guy Grosso. Le célèbre tandem s'est enfin reconstitué, pour le grand plaisir des anges.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2009)
Ed.7.2.2 : 26-11-2016