La chambre verte de 2008

Tableau n° 14

Jacques Berthier
Pierre Mirat
Michel Modo
Jacques Morel

L’année 2008 nous aura privés de comédiens talentueux, facétieux, ténébreux, ou populaires.

J’ai choisi d’évoquer quatre d’entre eux qui, quoique différents, ont su nous émouvoir et nous amuser :

Jacques Berthier, beau comme un prince oriental, ténébreux jeune premier de l’après-guerre

Jacques Morel, une valeur sûre de notre 7e art qui a connu les plus grands

Pierre Mirat, rondeur sympathique et méridionale qu’une publicité a rendu inoubliable

Michel Modo qui, avec son compèreGrosso, aura bien su jouer au pitre, aux côtés de Louis de Funès et de Robert Dhéry .

Donatienne, mai 2009
… royalement débonnaire
Jacques MorelJacques Morel

Jacques Morel est né le 29 mai 1922 à Paris. Il s’appelle alors Jacques Houstraete, un nom qu’il n'aime pas et préférera simplifier en adoptant pour la scène et l’écran le patronyme de son oncle : Morel.

Dès son enfance, il prend plaisir à imiter ses professeurs, les amis de la famille ou des artistes en vogue. Il chante également et joue des saynettes devant ses familiers.

Son éducation et son tempérament discret ne le prédestinant pas à un métier d’artiste, sa famille lui voit un avenir dans le commerce. Aussi, dans ces années d’avant-guerre, il dirige une affaire de transports par camions.

A l’occasion d’un gala organisé par une société de pétrole, il se produit pour la première fois, en 1936, devant un vrai public. Chantant «Mon village au clair de lune», il obtient un gentil succès.

La guerre arrive et, faute de carburant, son affaire commerciale périclite. Il trouve alors un emploi aux Archives Nationales, gagnant petitement sa vie. Pour arrondir ses fins de mois, il tente d’approcher le monde des cabarets. Par l’intermédiaire d’un ami de son père, il a la chance de rencontrer Raymond SouplexRaymond Souplex et Jane SourzaJane Sourza. Après avoir apprécié ses talents d’imitateur, les deux vedettes vont l’aider à se frayer un chemin dans le milieu du spectacle. Il auditionne pour Poggi et le voilà engagé comme chanteur de charme et imitateur pour une tournée.

A son retour, il devient bientôt chansonnier. En 1946, aux côtés de la charmante ClairetteClairette, de Jane Sourza et d’un Jean LefebvreJean Lefebvre encore inconnu, il apparaît dans l’opérette «Mademoiselle Printemps». Peu après, il participe, sur les scènes de l’ABC et des Bouffes Parisiens, à quelques unes de ces revues colorées d'un joyeux après-guerre : "Le tour de chant est une merveilleuse école, mais je lui préfère la comédie".

A cette époque, il épouse Janine, fille du patron du "Pavillon de l’Elysée" où il se produit. Cette union heureuse et durable donnera trois enfants Martine, Alain et Olivier.

Théâtre et cinéma…

Jacques MorelJacques Morel

Il débute au cinéma dans de tout petits rôles : «Seul dans la nuit» (1945), «Toute la famille était là» (1948) et «Entre onze heures et minuit» (1948). Dans le même temps, la pièce «Les bonnes cartes» le sacre parmi les excellents comédiens prometteurs de la fin des années 1940.

De grands metteurs en scène lui font déjà confiance, sachant le mettre en valeur et utiliser sa bonhommie naturelle. Ainsi Gilles Grangier dans «Au p’tit zouave» (1949) et «L'homme de joie» (1950), André Cayatte dans «Nous sommes tous des assassins» (1951), Jacques Becker dans «Rue de l’estrapade» (1953). Mais c'est Marcel PagnolMarcel Pagnol qui lui confie son premier grand rôle dans la 3eme version française de «Topaze», où il incarne l'homme d'affaires véreux Castel-Vagnac.

Jacques Morel aura été un des acteurs fétiches de Sacha GuitrySacha Guitry. On le reconnaîtra dans les grandes fresques mythiques que sont «Si Versailles m’était conté» (1953), et «Si Paris nous était conté» (1955). Il participera également au film dit “posthume” du Maître, «La vie à deux» aux côtés de Lili Palmer et de Jean Marais. Enfin, sur scène il aura eu le plaisir de faire partie de la distribution de la pièce du même auteur, «Le mari, la maîtresse et l’amant».

Choisi par René Clair («Les grandes manœuvres», 1955) et Jean Renoir («Elena et les hommes», 1956), il se montre un très convaincant Louis XVI, aux côtés de Michèle Morgan, dans «Marie-Antoinette, reine de France» de Jean Delannoy (1956). Ce même metteur en scène le rappellera en 1959 pour «Maigret et l’affaire Saint-Fiacre».

Vénérant Charles VanelCharles Vanel, il a la fierté de le cotoyer dans «Les suspects» (1957).

Mais le grand regret de sa carrière, il le doit à l'homme qui l'a tant aidé. Choisi par Julien Duvivier qui le préfére à FernandelFernandel pour incarner un célèbre curé que personne n’a oublié, Jacques se voit refuser l'autorisation de se libérer d'engagement pris auprès de Sacha Guitry. Obligé de décliner l’offre, il en gardera toute sa vie une certaine amertume.

A partir des années soixante, si le cinéma se montre moins accueillant («Le gentleman de Cocody», 1965, etc), Jacques Morel reste fidèle au théâtre. En 1992 encore, à la maison de la culture de Nantes, il incarne Panisse,dans une reprise de la trilogie de Pagnol, adaptée par Jean-Luc Tardieu. L’une de ses dernières apparitions aura été pour la pièce «Knock», aux côtés de Michel Serrault.

La télévision le rendra encore plus populaire. Acteur habitué de l’émission «Au théâtre ce soir», ceux qui l'ont vue n'ont pas oublié sa prestation si spirituelle d’un cardinal dans «J’y suis, j’y reste», face à la pétulante Anne‑Marie Carrière. La série consacrée à «Julien Fontanes, magistrat» (1980/1989) fit de lui un héros familier du petit écran durant les années 80. On le verra aussi dans «Quelle famille», «De nos envoyés spéciaux», «Miss», ou «Chateauvallon».

Jacques Morel devait décéder à Paris, le 10 avril 2008.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2009)
Ed.7.2.2 : 27-11-2016