Le petit monde de Marcel Pagnol (2)

Tableau n° 15

Edmond Ardisson
Jean Castan
Milly Mathis
Jean Panisse

Vous êtes nombreux à aimer le petit monde de Marcel Pagnol, et même pour certains à le regretter !

Aussi, avec beaucoup de plaisir, je vous propose ce deuxième tour de carrousel pour y retrouver :

Le souriant et malicieux Edmond Ardisson

Jean Castan, qui se tourna ensuite de l’autre côté de la caméra

Milly Mathis, un véritable Raimu en jupon

le sympathique Jean Panisse, toujours là et bien là, comme peut en témoigner l'un de nos fidèles visiteurs

Les détails des états-civils sont empruntés à Yvan Foucart («Dictionnaire des artistes français disparus»).

Merci tout particulièrement à Daniel Liron pour avoir été notre intermédiaire auprès du VRAI Panisse, auquel nous sommes redevables d'une très sympathique dédicace.

Donatienne, septembre 2009
… Castan, Castanier ou Castagnier
Jean CastanJean Castan

Nous sommes à la Treille, en 1934. Marcel PagnolMarcel Pagnol vient de tourner «Angèle». Parfois, notre célèbre auteur provençal, en couple à cette époque avec Orane DemazisOrane Demazis, a l’habitude d’aller déjeûner au petit restaurant à la terrasse ombragée sous de grands platanes , accroché au flanc de la colline et dominant un magnifique panorama. Cet établissement, "Le cigalon" - qui existe toujours - est tenu par Joseph Castagnier.

Marcel remarque le jeune serveur. On l’appelle Jean; c’est le fils des patrons. Le jeudi et le dimanche, pour se faire un peu d'argent de poche, il donne un coup de main à ses parents en servant les clients.

ToeToe, un collaborateur de l’équipe aux talents caricaturistes remarqués, dit à Pagnol : "On dirait le frère de Fernandel !". Et Orane d’ajouter fort justement: "On dirait qu’on tourne un film… ".

Le temps passe… Marcel revient de Paris avec le projet du film «Cigalon» qu’il décide de tourner dans le petit restaurant. Il retrouve le jeune Jean et lui trouve vraiment une “tête de cinéma”…

C’est ainsi que débute la carrière de Jean Castan, né le 23 août 1917 à Marseille, sous le nom de Victor Jean Edouard Castagnier. Il deviendra un membre de la bande des habitués de Pagnol que l’on connaît sans forcément mettre un nom sur son visage.

C’est vrai qu’il ressemble à FernandelFernandel ! A tel point que Marcel aura l’idée d’en faire le jeune frère Casimir de son glorieux sosie dans «Le schpountz» (1937) ! Il sera mieux qu’un faire-valoir et donnera la réplique sans complexe à CharpinCharpin. L’on se souvient encore de son truculent secret des anchois des tropiques !

Mais auparavant, il aura joué «Cigalon» (1935) où il personnifie le neveu de Mme Chabert, un apprenti cuisinier un peu simplet, dans le restaurant concurrent de celui tenu par Arnaudy et Alida Rouffe.

Marcel Pagnol le choisit à nouveau pour un rôle important et sympathique dans «Merlusse» (1935) où il incarne Galubert, le meneur des élèves qui passent la Noël au lycée, sans leur famille. On le remarque parce qu'il joue juste.

«Cigalon» et «Merlusse» , deux moyens métrages, sortent en même temps. Si «Merlusse» est couvert de louanges, «Cigalon» est un échec. Une première version fut tournée avec Henri PouponHenri Poupon dans le rôle titre. Déçu par la bande son, le réalisateur-producteur décida de recommencer son ouvrage sans même l'avoir projeté en public, événement unique dans l'histoire du cinéma ! Au passage, il redistribua les rôles, Arnaudy héritant de la toque tandis que Poupon se voyait promu au rang de (faux) comte. Présent dans les 2 versions, Jean Castan commence à être reconnu du public.

On le retrouve, élève, dans la version 1936 de «Topaze», avec Arnaudy dans le rôle principal.

Il a l’honneur de jouer dans le dernier volet de la trilogie marseillaise, «César» (1936): l’enfant de chœur “qui a les végétations” comme le dit le Docteur Venelle , c’est lui !

Dans «Regain» (1937), il fait une courte apparition dans le rôle de «Jérémie».

Encore lui, le berger Esprit, qui témoignera de la fuite de «La femme du boulanger» (1938) et que RaimuRaimu houspillera fortement ! "Esprit, Esprit !! ce n’est tout de même pas le Saint Esprit !".

Il devait également tenir le rôle de Pétugue, aux côtés de Josette DayJosette Day et de Pierre BlancharPierre Blanchar, dans le film inachevé de Marcel Pagnol, «La prière aux étoiles».

S'échappant rarement de l'univers du maître d'Aubagne, il apparaît toutefois dans quelques films oubliés à la fin de sa carrière d'acteur.

Derrière la caméra…

Jean CastanJean Castan

Pendant qu’il joue dans tous ces films, Jean s’intéresse particulièrement à la partie technique : il observe, apprend, retient et immanquablement va orienter différemment sa carrière. Après la guerre, il décide de passer de l’autre côté de la caméra et devenir assistant, auprès de Toé d’abord, puis de plusieurs metteurs en scène, pour des courts puis longs métrages.

C'est ainsi qu'il participe en tant qu’assistant au tournage de «Manon des Sources» (1952). Il sera aussi assistant d’Henri Verneuil sur le tournage du «Boulanger de Valorgue». On repère son nom sur des génériques comme ceux de «Le rosier de Mme Husson», «Le trou normand» (1952), et de bien d’autres !

Un Castagnier peut en cacher un autre …

Essayant d'établir la filmographie de Jean Castan-Castanier, nous nous sommes heurtés à une difficulté de taille. S'il est facile de le repérer en tant qu'acteur, il est plus délicat de déterminer son travail d'assistant technique. En effet, nous trouvons un Jean Castanier, assistant décorateur, sur les films de Jean Renoir dès 1932 et «La nuit du carrefour». Notre acteur, âgé de 15 ans à l'époque, ne semble donc pas concerné.

Nous retrouvons un Jean Castanier, réalisateur, à la tête d'un film de 1949, «L'homme qui revient de loin». S'agit-il d'un homonyme ?

Enfin, est-ce le même homme qui figure encore, en tant qu'assistant, au générique du film de Jean Girault, «L'année sainte» (1976) ? Nous remercions par avance ceux de nos lecteurs qui pourraient nous aider à faire la part des choses.

Notre Jean Castan du jour, hélas, nous a quittés en 1990, rejoignant ainsi toute la bande de méridionaux attachants qui l’ont précédé.

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (septembre 2009)
Ed.7.2.1 : 2-9-2015