"Quand l'inspecteur s'emmêle…"

Tableau n° 17

Jean Daurand
Philippe Nicaud
Raymond Souplex
André Valmy

"La nostalgie n’est plus ce qu’elle était", affirmait Simone Signoret…

Pour moi , au contraire, la nostalgie est toujours la même !

Et je me souviens de ce début des années 60 où, à peine adolescente, j'attendais impatiemment chaque dimanche soir le rendez-vous avec le sémillant inspecteur Leclerc, qui dénouait toutes les intrigues policières avec finesse et charme, aidé par l’efficace inspecteur Denys.

Sous une autre forme, je tentais tant bien que mal d’aider le fameux limier qu’était l’inspecteur Bourrel, accompagné de son fidèle adjoint Dupuy à résoudre l’affaire policière dont ils étaient chargés dans les fameuses «Cinq dernières minutes».

Ces bons souvenirs m’ont donné l’idée de cette planche.

Jean Daurand, Philippe Nicaud et Raymond Souplex, hélas, nous ont quittés, mais nous saluons Monsieur André Valmy.

Bon Dieu, mais c'est bien sûr, regardez, ce sont eux !

Donatienne, mai 2010
… alias l'inspecteur Bourrel
Raymond SouplexRaymond Souplex

Raymond Guillermain est un Parisien de naissance. Il ouvre les yeux sur notre monde le 1er juin 1901. Ses parents sont fonctionnaires et gagnent honorablement leur vie. Dernier d’une famille qui compte 4 enfants, c’est un bon élève, éduqué dans un milieu qui envisage pour lui des études. Il est inscrit au lycée Louis Legrand et passe avec brio son baccalauréat. Il a l’occasion de se lier d’amitié avec Henri JeansonHenri Jeanson, grâce à qui il peut jouer la comédie au théâtre Cluny. Il passe sa licence de droit, ce qui lui permet de devenir clerc d’huissier.

Parallèlement, il fréquente le milieu des chansonniers, s'adonnant avec aisance à la satire. Il fait ainsi la connaissance de René Dorin et de Jean Marsac. On peut le voir au "Caveau de la République", à "La Vache enragée" et aux "Deux ânes".

Délaissant son cabinet de travail, il décide de devenir chansonnier. Il adopte le nom de sa mère, Pesloux, comme pseudonyme, en prenant soin d’en mélanger les lettres. Raymond Souplex naît sur scène !

Il croise avec bonheur des gens comme GabrielloGabriello, Noël–NoëlNoël-Noël, Paul Colline, Saint-Granier … Il écrit des chansons, comme «Les beaux jours» pour Tino Rossi. Lui-même doté d'une très belle voix de baryton, Il enregistrera plusieurs microsillons.

En 1937, Raymond Souplex rencontre Jane SourzaJane Sourza, avec laquelle il anime radiophoniquement «Le quintette des chansonniers» et «Le quart d’heure de Cinzano». Ensemble , ils vont former un tandem truculent, dans une série de sketches écrits par Raymond. «Sur le banc» narre les aventures cocasses et journalières d’un couple de clochards, La Hurlette et Carmen, qui commentent l’actualité avec drôlerie et beaucoup d’esprit. Le spectacle sera donné dans les cafés-concerts, puis à la radio, avant de devenir un feuilleton quotidien sur RTL (1949/1963). Un opus cinématographique suivra en 1954 («Sur le banc», de Robert Vernay).

Auparavant, il aura entamé, avec son ami Noël-Noël, son aventure dans le 7e art grâce une comédie bien oubliée, «Sur le plancher des vaches» (1939).

Pendant l’occupation, il continue à se produire au Théâtre de 10 Heures et sur Radio-Paris. Malin, il manie la satire de façon audacieuse et savoureuse. Cependant, ces interventions, à l'issue d'une époque douloureuse, lui vaudront un blâme à la Libération.

En 1948, Henri-Georges Clouzot le choisit pour un rôle dans «Manon», aux côtés de la jeune Cécile Aubry. Vont s’enchaîner ensuite une série de courts métrages avec son ami et complice Roger Nicolas.

En 1949, Il rejoint la troupe des «Branquignols» conduite par Robert Dhéry. La même année, il retrouve avec plaisir Henri Jeanson pour «Lady Paname», alias Suzy DelairSuzy Delair. L’année suivante, il campe un Mr. Lepic convaincant dans une nouvelle adaptation du «Poil de Carotte» de Jules Renard.

Il rencontrera les plus grands acteurs de l’époque, que ce soit Fernandel dans «Meurtres» (1950), Martine Carol dans «Caroline Chérie» (1950), Bourvil dans «Le passe-muraille» (1950) , Gérard PhilipeGérard Philipe dans «Les aventures de Till l’espiègle» (1956) , Noël-Noël dans «La sentinelle endormie» (1965) où il campe un inquiétant personnage qui fomente un attentat contre Napoléon 1er. De son côté, Sacha Guitry le fait commissaire priseur révolutionnaire , chargé de liquider les biens de “l'Autrichienne” dans «Si Versailles m’était conté» (1953).

Il restera fidèle à sa compagne de cinéma, l’amusante Jane Sourza, qu’il croise non seulement «Sur le banc» (1954) , mais aussi dans «Coup dur chez les mous» (1955) , «Bébés à gogo» (1956), «Les carottes sont cuites» (1956) , à consommer sur place. Leur complicité était si évidente que, longtemps, le public les a cru époux. Point du tout, chacun étant marié de son côté !

Raymond aura deux filles, dont Perrette SouplexPierrette Souplex , née en 1930, qui tournera elle aussi quelques films, partageant même «Les carottes …» avec papa !

«Les cinq dernières minutes»

Raymond SouplexRaymond Souplex

Raymond Souplex est avant tout le titulaire du mythique rôle de l'inspecteur Bourrel. Pendant quelque 16 années, aidé de son fidèle Dupuy (Jean DaurandJean Daurand), il se tourne vers le public qui le suit derrière le petit écran, le prenant à témoin au moment d'identifier l’assassin au terme d’une intrigue menée avec un suspens qui durait jusqu’aux «Cinq dernières minutes». Le "Bon Dieu, mais c’est bien sûr !" est devenue une phrase culte dans l’histoire de la télévision, aussitôt associée à celui qui la prononçait ! Cette série si populaire, que nous devons à Claude Loursais, a été diffusée de 1958 à 1972.

Raymond Souplex nous a quittés le 22 novembre 1972 des suites d’une longue maladie. Sa dépouille repose à Gentilly (Val-de-Marne).

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2010)
Ed.7.2.2 : 5-12-2016