Quatre messieurs du “Français”

Paul GUERS (1927 / 2016)

… un dandy élégant
Paul GuersPaul Guers

Paul Dutron, naît le 19 décembre 1927 à Tours. Son père, Robert, ingénieur à la SNCF et sa mère Mathilde Chollet, résident dans la capitale tourangelle.

Quelques années plus tard, le jeune Paul y fréquente le lycée Descartes, études honorables, qui le mènent jusqu’au bac. Mais le métier de scène l’attire tant qu’il monte sur la capitale au début des années 50. Il est admis au conservatoire d’art dramatique. Sorti en 1953, il rejoint la compagnie Renaud-Barrault où il s’illustre dans «Le soulier de satin» de Paul Claudel au théâtre des Célestins de Lyon.

Pensionnaire de la Comédie Française entre 1953 et 1957, il y joue le répertoire des jeunes premiers sous le pseudonyme Paul Guers . Son physique le guide plutôt vers des œuvres tragiques comme «Le Cid», «Horace» ou «Phèdre», mais il joue aussi Marivaux («Le jeu de l’amour et du hasard») et Musset («Un caprice»).

Après le Français, outre «La dame aux camélias», une de ses prestations les plus remarquées sera son rôle de l’abbé de Pradts dans l’œuvre de Henri de Montherlant «La ville dont le prince est un enfant».

Paul Guers au cinéma…

Paul GuersPaul Guers

Il y débute en 1954. Dans «Les chiffonniers d’Emmaüs», il incarne un jeune ingénieur qui, sensible à la personnalité de l’Abbé Pierre, abandonne une carrière prometteuse pour entrer dans son entourage. «La tour de Nesle» (1954) le fait damoiseau. Dans «Les collégiennes», il est un pianiste compositeur, amoureux de la jolie Marie-Hélène Arnaud.

La personnification du Père Le Guen dans «Marie Octobre» (1958), face à une Danielle Darrieux, ancienne résistante venue en finir avec une affaire de trahison, constitue sans doute son rôle le plus profond à l'écran. «La belle et l’empereur», nous le ramène plus léger, costumé, taquin, léger et séducteur auprès de Romy SchneiderRomy Schneider. «La baie des anges» de Jacques Demy (1962) le transforme en un être malfaisant et cynique qui entraîne le jeune Claude Mann dans les méandres du jeu.

Dans les “sixties”, il tient le premier rôle dans le dyptique de Mario Camerini, «Kali Yug, la déesse de la vengeance» et «Le mystère du temple hindou» (1963), aventures orientales épicées par la beauté de la délicieuse Senta Berger. Sensible au chant des sirènes romaines, il s'attarde sur place pour tourner quelques histoires mineures : «Amore mio» de Raffaello Matarazzo, «Le cocu magnifique» avec Claudia Cardinale et «La fugue» (1964) avec Anouk AiméeAnouk Aimée et Giovanna Ralli. Après avoir sacrifié à quelques polissonneries post-soixanhuitardes («Flash Love/Libertés sexuelles», «Une femme libre»), il rebondit magnifiquement entre «Les demoiselles de Wilko» d'Andrzej Wajda, en tout bien, tout honneur cette fois !

Plus près de nous, il retrouve Demy sur «Trois places pour le 26», avec Yves MontandYves Montand (1988). Il est également à l’affiche de «Le parfum d’Yvonne» (1993), film poétique et déroutant de Patrice Leconte qui ne rencontrera pas son public.

La petite lucarne familiale nous donnera l’occasion de revoir cet attachant et élégant comédien. On le retrouve ainsi dans plusieurs séries populaires, comme ««Le jeune Fabre» (1973), «Les grandes familles», «Au bon beurre», «Les cœurs brûlés» et «Les yeux d’Hélène».

Paul Guers aura été l’époux de la comédienne Rolande Ségur (1953-1956), dont il aura eu une fille, Olivia Dutron, future actrice chez Max Pecas. En secondes noces, Il aura partagé pendant 5 années la vie de Françoise BrionFrançoise Brion. Rendu père de Laurent par la regrettée Karin PetersenKarin Petersen, il épousera Marie‑Josèphe Legros, écrivain, en 1980.

Il s'installe alors à Saint-Emilion au terme d'une carrière cinématographique qui, bien qu'honorable, l'aura sans doute moins satisfait que son parcours théâtral. Le 30 novembe 2016, nous apprenions sa disparition, son corps et celui de son épouse étant retrouvés morts à leur dernier domicile, dans cet Anjou natal qu'ils avaient rejoints. Aux dernières nouvelles, l'acteur aurait succombé à un cancer, Marie-Josèphe choisissant alors de le suivre dans la mort.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (décembre 2010)
Ed.8.1.2 : 5-12-2016