Quatre messieurs du “Français”

Tableau n° 19

Georges Descrières
Paul Guers
Jean Piat
Jean-Paul Roussillon

Sous ce qualificatif hexagonal se cache, mais nul ne l'ignore, la Maison de Molière, autrement dit La Comédie Française.

C'est dans cette vénérable institution que Georges Descrières, Paul Guers, Jean-Piat et Jean-Paul Roussillon ont fait état de leur talent pendant plusieurs années.

Dans les années 50, ils ont été des jeunes premiers de cette fameuse Comédie Française. Mais leurs prestations sur la grande toile blanche et le petit écran n'en demeurent pas moins intéressantes.

Avec beaucoup de plaisir, j'ai retracé pour vous leurs carrières et revisité toutes les facettes de leur talent. J'espère vous en faire partager le plaisir.

Donatienne, décembre 2010
… valet de comédie, serviteur du théâtre
Jean PiatJean Piat

Jean Piat naît le 23 septembre 1924, à Lannoy, non loin de la frontière belge. Il grandit à Paris dans une famille modeste où la religion tient une grande place. Il intègre bientôt un patronage de la Jeunesse Etudiante Chrétienne au sein duquel, inscrit dans la section théâtre, il prend beaucoup de plaisir à jouer «Le médecin malgré lui» et «Knock». Parallèlement, il poursuit ses études secondaires au Lycée Janson de Sailly.

Le théâtre l’attirant , il tente l’entrée au Conservatoire dans la classe de Béatrix DussaneBéatrix Dussane, dont il est exclu pour non respect du règlement. Après une audition réussie, il est admis comme pensionnaire à la Comédie Française(1-9-1947). Aux valets de service dans lesquels on le distribue un certain temps (Sganarelle, La Flèche, Scapin, Figaro) succèdent les personnages de jeunes premiers (le Comte Almaviva du «Mariage de Figaro», etc). Devenu sociétaire en 1953, il accroche à son répertoire les plus grands rôles classiques dont le fameux Cyrano, joué plus de 400 fois !

Il quitte la grande maison en 1972 et aborde le théâtre “de boulevard” («Domino», de Marcel Achard, etc). A l'instar de Michel RouxMichel Roux, il défendra le théâtre populaire en rappelant l’avis de Molière : "Il n’y a qu’un seul théâtre, celui qui touche le public !", devise qu'il fait encore sienne en ce 21ème siècle naissant («La maison du lac» en 2009, etc).

Dès 1953, il aborde la mise en scène («Le voyageur» de Maurice Druon), activité qu'il poursuivra longtemps. Ainsi, en 1997, il se verra attribué un Molière pour son adaptation de «L’affrontement» de Bill Davis.

Jean Piat au cinéma…

Jean PiatJean Piat

Plus discrète, sa carrière cinématographique débute en 1947 avec l'incarnation du célèbre Rouletabille imaginé par Gaston Leroux . On l'aperçoit ensuite dans «Le diable boiteux» de Sacha Guitry (1948).

Dans les années 50, il tourne cinq films : «Clara de Montargis» (1950), «Le chasseur de chez Maxim's» (1953) , «Napoléon» de Sacha Guitry (1954) où il apparaît en maréchal de France, et deux adaptations du répertoire classique, «Le bourgeois gentilhomme» (1958) et «Le mariage de Figaro » (1959), sous la direction de Jean MeyerJean Meyer.

Entre deux oeuvres mineures ( «Les moutons de Panurge», «La tour de Nesle»), il devient le héros des Paul Féval dans «Les aventures de Lagardère», une création de l'ORTF qui fera l'objet de projections en salles. Ses apparitions dans «La voie lactée» de Luis Bunuel (1968) et «Le passager de la pluie» de René Clément nous avaient laissé espérer des lendemains cinématographiques qui chanteraient plus qu'ils ne le firent …

La télévision l'utilisera davantage. Il s'y montre dans la première version des «Rois maudits» de Claude Barma (1972) où il campe Robert d’Artois. Nous le repérons auprès de Jacques Fabbri dans «Schulmeister, espion de l'empereur» (1971) ainsi que dans quelques opus de la série «Au théâtre ce soir».

Doté d’une voix magnifique, Jean Piat se prêtera volontiers aux exercices de post synchronisation (Scar dans «Le roi Lion», Frolo dans «Le bossu de Notre-Dame»), etc. Ecrivain à ses heures, il évoque son admiration pour l'un de ses maîtres dans «Je vous aime bien Monsieur Guitry» (2002) et signera onze autres ouvrages, dont trois seront couronnés par l’Académie Française.

Il fut l’époux de la regrettée comédienne du Français, Françoise EngelFrançoise Engel. Ils auront eu ensemble trois enfants : Pierre, Martine et Dominique. Depuis 1978, il est le compagnon-complice de son auteur fétiche, Françoise Dorin. En 2010, ils triomphent encore ensemble avec la pièce «Vous avez quel âge ?», spirituel plaidoyer sur la manière d'aborder la vieillesse.

Jean Piat a été fait Officier dans les Ordres de la Légion d'honneur, des Arts et des Lettres et du Mérite.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (décembre 2010)
Ed.7.2.1 : 23-9-2015