Quatre “latin lovers”

Tableau n° 20

Sergio Fantoni
Giacomo Rossi Stuart
Gabriele Tinti
Venantino Venantini

Voici un carrousel composé de quatre comédiens que nous connaissons plus ou moins bien : Sergio Fantoni, Giacomo Rossi Stuart, Gabriele Tinti et Venantino Venantini.

Eux, par contre, ne s'ignoraient pas, puisqu’ils ont eu l’occasion de se rencontrer sur les plateaux de tournage. Si deux d'entre eux nous ont quittés, les deux autres poursuivent encore leur parcours artistique.

“Princes charmants” au début de leur carrière, ils ont tous voulu gommer une image trop romanesque, certains n'hésitant pas à donner à leur carrière une direction très particulière.

Donatienne, mai 2011
… élégant et polyvalent
Sergio FantoniSergio Fantoni

Sergio Fantoni naît le 7 août 1930, à Rome, dans un milieu artistique. Ses parents, les comédiens Cesare FantoniCesare Fantoni et Afra Arrigoni, ne feront pourtant rien pour encourager leur rejeton à suivre la tradition familiale, envisageant davantage pour lui un avenir d'ingénieur ou d'architecte. Pour leur faire plaisir, après son cursus secondaire, l’adolescent accepte d’entamer des études d’architecture. Mais il s’inscrit discrètement dans un cours d’art dramatique romain et se forme avec le répertoire classique. Mis devant le fait accompli, les parents, devront s’incliner.

A la fin des années 40, Sergio Fantoni fait ses débuts sur scène. A moins de 20 ans, il a déjà l’honneur de rencontrer de fortes personnalités comme Visconti qui le retient pour une pièce adaptée d'Arthur Miller, «Uno sguardo del pont».

Dès 1950, son premier film, «Paolo et Francesca», lui donne comme partenaire Odile VersoisOdile Versois. le jeune acteur débute ainsi une carrière honorable d’une cinquantaine de rôles pour le grand écran et pratiquement autant pour le petit, au fil du demi-siècle à venir. Beau, athlétique et charmeur, véritable mélange d’Omar Sharif et de Louis Jourdan, il incarne à merveille un prince ténébreux qui fait beaucoup rêver les dames. Mais, il pouvait certainement prétendre à une carrière cinématographique plus riche, avec des emplois plus intenses, plus profonds. A l’instar de son compatriote Rossano BrazziRossano Brazzi, il va trop vite se retrouver cantonné dans des personnages de bel aventurier qui accroche le cœur de ses ravissantes partenaires, répertoire trop facile, trop sucré sans doute. Par ailleurs , il n’aura que rarement l'opportunité de défendre des premiers rôles.

Pour se détacher de cette image suave, il n’aura pas hésité à participer à des oeuvres de différents genres : suspens, mystère et horreur par exemple.

En ce début des années 50, il donne la réplique à Vittorio GassmanVittorio Gassman dans «Le prince pirate». «Capitan Fantasma» (1953) lui permet de croiser sur le plateau son père Cesare, qu’il retrouvera deux ans plus tard dans «Io sono la primula rossa». Visconti se souvient de lui lorsqu'il produit «Senso» (1954), drame sentimental sur fond de lutte patriotique.

Les sixties et ce qui s'en suivit…

Sergio FantoniSergio Fantoni

Au tournant des sixties, on le repère dans des peplums colorés, comme «Hercule et la reine de Lydie» (1959) ou «La bataille de Marathon» (1960), productions dans lesquelles il cède la vedette à l’inévitable “Monsieur Muscle” de l’époque, Steve ReevesSteve Reeves. Dans «Esther et le roi» (1960) , nouvel opus du même “métal”, il présentera son profil basané à Joan CollinsJoan Collins. On l'aura vu auparavant en juge d'instruction dans «L'enfer dans la ville» (1958), face à Giuletta Masina et Alberto Sordi. En 1960, il se fait les dents sur «Seddock l’erede di satano», une histoire de vampire où les héros ont curieusement des noms bien français. Dans «Les dauphins» (1960), il ne fallut pas moins que Claudia Cardinale, Betsy Blair, Anna Maria Ferrero et Antonella Lualdi pour venir à bout de sa résistance.

Maîtrisant parfaitement la langue française, Sergio Fantoni fut souvent sollicité pour des co-productions italo-françaises (et inversement) si répandues dans les années soixante et soixante-dix. Il donna ainsi la réplique à René Dary et Agnès Laurent («Dans les griffes des Borgia», 1970) , Maurice Ronet («Il peccato degli anni verdi», 1960) , Samy Frey et Magali Noël («Gioventù di notte», 1961), Jacques Charrier («Le commando traqué», 1961), etc.

De cette longue liste, ressortons ses apparitions dans deux grandes fresques historiques et internationales : «Catherine de Russie» (1962) où il campe Orloff, et le dytique «Kali Yug, la déesse de la vengeance» / «Le mystère du temple hindou» (1963), où il apparaît, enturbanné et basané, en prince oriental.

Tenté, comme presque tous les latin-lovers, par les sirènes hollywoodiennes, il y travaillera de 1963 à 1966, le temps de croiser le fer aux côtés de Frank Sinatra («L'express du colonel Von Ryan», 1965) et d'apparaître dans deux comédies, «Ne pas déranger, s'il vous plait» (1965) et «Qu'as-tu fais pendant la guerre, papa ?» (1966). De retour en Europe, il rejoint Alain Delon et Senta Berger sur le plateau de «Diaboliquement vôtre» (1967), un thriller remarquablement maîtrisé par Julien Duvivier.

La décennie suivante lui offrira des rôle de consul dans «Sacco et Vanzetti» (1970) et de colonel dans «Les quatre mercenaires d'El Paso» (1971). Il dira oui au cinéma français, plus particulièrement à Philippe LabroPhilippe Labro dans «Le hasard et la violence». Quant à Mireille Darc, «Si elle dit oui, je ne dis pas non !» (1983).

Dotée d’une belle voix, Sergio Fantoni la prêtera pour des émissions de radio ou des documentaires. Il doublera Marlon Brando, Gregory Peck, Henri Fonda ou Richard Burton, parmi tant d'autres, pour nos amis transalpins.

Côté scène, il est, avec Ilaria OcchiniIlaria Occhini et Mauro Carbonoli, le co-fondateur (1983) de la "Contemporeana 83", une association dédiée au développement du théâtre contemporain dans sa péninsule natale.

Pour ne pas écarter ses nombreuses prestations télévisées, citons «Giuseppe Verdi» en Italie (1963), «The Manageress» en Grande-Bretagne (1989/1990) et «Le tiroir secret» en France (1993) où il donne la réplique à Michèle MorganMichèle Morgan.

Sergio Fantoni a épousé dans les années 60 la comédienne Valentina FortunatoValentina Fortunat. Jusqu’au début de la décennie 2000, il aura œuvré pour le théâtre qui était sa première vocation. Il coule une retraite paisible non loin de Rome.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2010)
Ed.7.2.1 : 26-9-2015