Quatre “latin lovers”

Tableau n° 20

Sergio Fantoni
Giacomo Rossi Stuart
Gabriele Tinti
Venantino Venantini

Voici un carrousel composé de quatre comédiens que nous connaissons plus ou moins bien : Sergio Fantoni, Giacomo Rossi Stuart, Gabriele Tinti et Venantino Venantini.

Eux, par contre, ne s'ignoraient pas, puisqu’ils ont eu l’occasion de se rencontrer sur les plateaux de tournage. Si deux d'entre eux nous ont quittés, les deux autres poursuivent encore leur parcours artistique.

“Princes charmants” au début de leur carrière, ils ont tous voulu gommer une image trop romanesque, certains n'hésitant pas à donner à leur carrière une direction très particulière.

Donatienne, mai 2011
… au regard d'émeraude
Gabriele TintiGabriele Tinti

Ce bel italien aux yeux verts voit le jour le 22 août 1932 à Molinella (Italie) sous le nom de Gastone Gabriele Tinti.

On commence à entendre parler de lui en 1951 lorsqu'on le repère dans un film de Giorgio Bianchi, «Amor non ho...pero…pero», dont la tête d’affiche est Gina LollobrigidaGina Lollobrigida. Ce film est le premier d’une longue série de 120 productions s’étalant sur 40 ans. La difficulté que l’on rencontre pour constituer sa filmographie de façon précise est accentuée par le fait qu'il aura utilisé plusieurs noms, étant tour à tour Peter Gabriel, Gus Stone, Steve Wyler, Gastone Tinti pour finalement s'en tenir à Gabriele Tinti.

Son premier répertoire est celui d’un sémillant aventurier. Il se fait ainsi connaître, dans des rôles de séducteurs légers, son physique de jeune premier s’y prêtant à merveille. Le teint mat, les yeux clairs, une silhouette mince et élégante, Gabriele fait facilement vaciller le cœur des jeunes filles ! Ainsi apparaît-il sur l’affiche de films légers et romanesques comme «Tempo di villegiatura/Amours de vacances» (1956). A quatre reprises, il a pour partenaire le grand comique transalpin Totò : («Totò lascia o radoppia» en 1956, etc). Partenaire de Marina VladyMarina Vlady dans «Jours d’amour» de Giuseppe De Santis, il la retrouve dans «Sapho ou la fureur d’aimer» (1970), puis dans «Le complot», un film français de René Gainville (1973). Ce même metteur en scène l’avait déjà choisi pour «L'homme de Mykonos» (1966) où il donnait la réplique à Anne VernonAnne Vernon.

En pleine vogue des peplums, son profil de bel éphèbe l'entraîne à endosser les toges ou les tuniques courtes. Il apparaît ainsi dans : «David et Goliath» (1959, un petit rôle); «Esther et le roi» de Raoul Walsh (1960); «Ulysse contre Hercule» (1962) où il incarne Mercure, Georges MarchalGeorges Marchal personnifiant Ulysse. Il enchaîne avec «Sodome et Gomorrhe» de Robert Aldrich (1960). Riccardo Freda le retient pour «Seul contre Rome» et «Sept épées pour le roi» (1963).

Italien, il ne pouvait échapper au western spaghetti ! Il n’y fera qu’un petit tour dans «Le retour de Django» d’Osvaldo Civirani (1967).

Gabriele Tinti parlait notre langue avec un accent chantant. Cet avantage lui valu d'être distribué dans le cinéma français. Dès 1955 nous le reconnaissons dans «Chiens perdus sans collier» en “pion” d’une institution recueillant les jeunes garçons à la dérive. Après la période péplums, il revient dans notre hexagone pour y rencontrer Louis de Funès dans deux célèbres aventures, «Le gendarme de Saint-Tropez» (1964, le chauffeur de la bande des escrocs) et «La folie des grandeurs» (1971, en Don Cesare qui héritera des faveurs de la reine après bien des aventures). Entre temps, il aura été choisi par Bernard Borderie pour sa «Brigade antigangs» (1966), avant d’être le mari de l’émouvante Marlène Jobert, dans «Le passager de la pluie» de René Clément (1969). En 1970, il est le partenaire de Romy Schneider et de Maurice Ronet dans «Qui ?». Claude Mulot le choisira à deux reprises : «La saignée» (1971) et «Profession : aventuriers» (1972). Deux ans plus tard, il est à l’affiche de deux nouveaux films français : «Toute une vie» de Claude Lelouch et «Impossible, pas français» de Robert Lamoureux (1974).

Le cinéma américain se montrera suffisamment intéressé pour l'inviter au «Vol du Phenix» de Robert Aldrich (1965), magistralement mené par James StewartJames Stewart.

Alors Emanuelle vint…

Gabriele TintiGabriele Tinti

Gabriele Tinti épousa l'actrice Norma Benguell en 1963 pour en divorcer en 1969. Au milieu des années 70, il rencontre une magnifique jeune femme typée, aux longs cheveux noirs : une sorte d’amazone, Laura Gemser, “L'Emanuelle noire (avec un seul "m"), dont il tombe fou amoureux. Elle devient son épouse en 1976. Ils tourneront 26 films ensemble. Dès lors, sa carrière prend un virage très marqué, sacrifiant à la mode du film étotique. Le couple va se lancer dans ce style de productions qui rencontrera, comme on s’en doute, une certaine clientèle. Ils apparaîtront tous les deux souvent dirigés par Joe d’Amato, dans une série de répliques ébène d'Emmanuelle. A l’instar des aventures de la douce Martine, l'héroïne voyageuse des livres de notre enfance, on aura droit à toute une déclinaison d'aventures : «Emanuelle en Afrique», «Black Emanuelle en Amérique», «Black Emanuelle en Orient», etc. Comme on peut l’imaginer, les films qui se cachent sous ces titres exotiques nous font découvrir des régions différentes de celles dont il est question dans le titre !

A cette série, viendront s’ajouter d’autres oeuvrettes qui mélangeront les genres : polissonneries et horreurs, cochonneries et science fiction, batifolages et thriller, de quoi contenter les amateurs de cooktails épicés. Gabriele rencontrera à plusieurs reprises notre compatriote Maurice Poli qui s'aventurait alors sur les mêmes chemins.

Avant cette avalanche de rôles particuliers, il aura pris soin de tourner dans un téléfilm plus réussi, «L’île mystérieuse», adaptation de l'oeuvre de Jules Vernes, qui sera diffusé dans certaines salles. Il y est Ayrton, une sorte de Robinson isolé sur une île et retrouvé par des naufragés. De temps en temps, Gabriele reviendra vers des films plus construits, nous laissant penser qu’il est certainement passé à côté d’une carrière plus riche et des rôles davantage valorisant.

En 1991, alors qu’il vient de tourner un film français, «Le voleur d’enfants» de Christian de Chalonge avec Michel Piccoli, il prend un “grand départ” prématuré. Il n’avait pas 60 ans. Certaines sources indiqueront une maladie incurable, d’autres un infarctus. Il a rejoint son père au cimetière de Molinella, sa ville natale.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2010)
Ed.7.2.1 : 27-9-2015