Quatre “latin lovers”

Tableau n° 20

Sergio Fantoni
Giacomo Rossi Stuart
Gabriele Tinti
Venantino Venantini

Voici un carrousel composé de quatre comédiens que nous connaissons plus ou moins bien : Sergio Fantoni, Giacomo Rossi Stuart, Gabriele Tinti et Venantino Venantini.

Eux, par contre, ne s'ignoraient pas, puisqu’ils ont eu l’occasion de se rencontrer sur les plateaux de tournage. Si deux d'entre eux nous ont quittés, les deux autres poursuivent encore leur parcours artistique.

“Princes charmants” au début de leur carrière, ils ont tous voulu gommer une image trop romanesque, certains n'hésitant pas à donner à leur carrière une direction très particulière.

Donatienne, mai 2011
… le plus français des mauvais garçons transalpins
Venantino VenantiniVenantino Venantini

Enrico Venantino Venantini naît le 17 avril 1930, au cœur de l’Italie, plus précisément dans la petite ville de Fabriano. Il y grandit, avant de poursuivre ses études à Rome.

Jeune homme, il ambitionne de devenir peintre mais, les temps étant déjà difficiles pour les artistes étudiants, il court les castings de figuration afin de financer ses projets. Il figure ainsi, plus ou moins anonymement, dans des peplums comme «Quo Vadis», «Cléopâtre» ou encore «Ben Hur». Il y est suffisamment remarqué pour qu'une directrice de casting, afin de constituer son “pressbook”, lui demande quelques photographies. Il finit par décrocher quelques petits contrats qui lui permettent de gagner l'argent nécessaire pour suivre des cours des Beaux-Arts. On lui reconnaît suffisamment de talent pour lui attribuer une bourse d’études grâce à laquelle il peut s'installer à Paris.

Mais on ne sort pas facilement des griffes du cinéma. Le réalisateur Pietro Germi, désireux de l'engager, vient le cueillir au pied de son chevalet. A cette époque, le regard tourné vers d'autres ambitions, Enrico Venantini refuse les offres qui lui sont faites. Un peu plus tard, Franco Rosi lui propose un rôle dans une intrigue qui serait tournée à Tahiti. Tahiti ! Franchement, est-ce que cela se refuse ? Enrico accepte de passer des essais à Joinville le Pont, au terme desquels il est retenu. Ains débute une longue carrière de 60 années et de plus de 120 longs métrages, qui se poursuit encore au moment où ces lignes sont écrites.

Enrico adopte pour l’écran son deuxième prénom, Venantino, qui, accouplé à son nom, donne une sonorité chantante et amusante au personnage public qu’il devient. Séducteur, canaille, malin, telle est son image de marque. Il va mener une double carrière, tant dans son pays natal que dans notre hexagone, parlant couramment notre langue avec un accent reconnaissable.

Italien ? Français ? Non ! Tutti Frutti !

Venantino VenantiniVenantino Venantini

En France, repéré dès les années 50, Venantino Venantini apparaît dans des oeuvres de Roger VadimRoger Vadim («Sait-on jamais ?», 1957) , Georges Lautner («Des pissenlits par la racine» et «Les tontons flingueurs» en 1963, «Flic ou voyou» en 1979, etc), Gérard OuryGérard Oury («Le corniaud» en 1964 où il incarne le gangster le bègue, «La folie des grandeurs» en 1971, «Vanille Fraise» en 1989), Claude LelouchClaude Lelouch («Toute une vie», 1974), etc.

En 2007, on le retrouve dans le film à sketchs de Samuel Benchetrit, «J’ai toujours rêvé d’être gangster», un voeu qui lui a été permis de réaliser à de nombreuses reprises. Tout dernièrement, Richard BerryRichard Berry l'a choisi pour son film «L’immortel» (2010).

De sa carrière hexagonale, il gardera les amitiés indéfectibles et réciproques de Gérard Oury, Bourvil et Louis de FunèsLouis de Funès. Georges Lautner, "c’est un peu mon frère" précisera-t-il. S'il fut le bon camarade de Mireille Darc («Galia» en 1965, «La grande sauterelle» en 1966,), les choses auront été un peu moins faciles avec Yves MontandYves Montand («La folie des grandeurs», 1971).

Bien évidemment, Venantino Venantini aura eu également une carrière dans son pays natal. Sa première véritable apparition date de 1954 pour le film «Les gaietés de la correctionnelle» dont une certaine Sophia LorenSophia Loren était la vedette.

Par la suite, en alternance avec ses prestations françaises, il touchera à quelques uns des genres dont nos amis italiens sont friands : giallo comme «Le tueur aime les bonbons» (1968); peplums comme «Les aventures d’Hercule» (1985) où il incarne un grand prêtre; films de guerre comme «L’arsenal de la peur» avec David Niven et Ben Gazzara, ou «La bataille pour Anzio» où on le retrouve en capitaine; films plus ou moins polissons comme la série des ersatz d'Emmanuelle («Black Emmanuelle en Afrique» avec le couple Gabriele Tinti/Laure Gemser, 1975).

Curieusement, les producteurs de westerns-spaghettis ne sollicitèrent guère («Bandidos» en 1967), notre héros, pourtant doté d'une bouille intéressante !

Notre héros sera bien évidemment sollicité par la télévision. On le retrouvera dans des feuilletons comme «Frank Riva», aux côtés d’Alain Delon, ou dans des fictions historiques comme «La Pompadour» en 2006.

Venantino Venantini est le père de Luca VenantiniLuca Venantini (1970, comédien vivant aux U.S.A., sa mère étant de nationalité américaine) et d'une fille (1973). Aimant partir sans prévenir, au gré de ses envies, il confiera avoir généreusement tourné à la surface du globe.

De l’avis de tous ceux qui l'ont fréquenté, le plus français des acteurs italiens est naturel, drôle et bon copain, un véritable cocktail d'humour, de gentillesse et de séduction !

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (mai 2010)
Ed.7.2.1 : 3-8-2015