Quatre séducteurs français bien oubliés

Tableau n° 21

Paul Cambo
Bernard Lancret
André Le Gall
Marc Valbel

Permettez-nous de rappeler à votre souvenir ou de vous faire connaître quatre comédiens, quatre séducteurs que le temps a noyés dans un triste oubli.

Pourtant, ils ont été jeunes, beaux, inspirés. Tous quatre étaient élégants, charmeurs, dotés d'une belle voix Tous quatre n'ont pas eu la carrière qu'ils méritaient sur nos grands écrans.

Retrouvons, pour les garder dans notre mémoire de cinéphiles : Paul Cambo, au regard profond, habitué aux rôles costumés, Bernard Lancret, un esthète et artiste complet, André Le Gall, un séducteur rebelle et sportif, et Marc Valbel dont le parcours a été dramatiquement interrompu par la déportation.

Que tourne le manège de ces quatre jeunes premiers d'hier !

Donatienne, février 2012
… un Ramuntcho élégant
Paul CamboPaul Cambo

Paul Marius Raymond Mignonat est né le 3 juillet 1908 à Bort-les-Orgues (Corrèze). Son père, industriel, est à la tête d'une usine. Mais c'est à Paris que le jeune adolescent passe une bonne partie de sa jeunesse. Il y poursuit ses études secondaires jusqu'au bac. Il opte pour la chimie et rejoint à cet effet l'école supérieure de Cambo, au pays basque. C'est précisément le nom de cette petite cité qu'il retiendra comme pseudonyme.

Car le jeune homme ne tarde pas à se rendre compte que la chimie n'est pas vraiment l'avenir auquel il est destiné. A Paris, il a l'occasion d'assister à des pièces de théâtre. Il en ressort enchanté, au point d'avoir envie de tenter sa chance dans cette voie. De retour dans la capitale, il a un peu plus de 20 ans quand il apparaît véritablement pour la première fois devant un public.

Bénéficiant d'une grande prestance, très beau, le regard profond, il est doté d'une voix grave remarquable. Repéré par Louis JouvetLouis Jouvet dont il intègre la troupe, il se produit tout naturellement sur scène. Il campe ainsi avec conviction le héros Pâris dans «La guerre de Troie n'aura pas lieu» de Jean Giraudoux (1935). Il est également Oreste dans «Electre» (1937) et prolongera une carrière théâtrale intéressante.

Il était inévitable qu'il vienne un jour au cinéma. Et c'est un prénom basque, tout comme son nom de scène, qui le sert pour l'occasion. «Ramuntcho», le célèbre roman de Pierre Loti, devient un film grâce à René Barberis. Il y joue le contrebandier, face à d'autres acteurs mythiques comme Louis JouvetLouis Jouvet et Françoise RosayFrançoise Rosay. Le film aura du succès et sera présenté au festival de Venise. A cette époque, il fait la connaissance de Blanchette BrunoyBlanchette Brunoy, jeune actrice, qui va lui ouvrir quelques entrées propices à assurer sa position (source Armel de Lorme).

Ainsi, peu après, dans «Le ruisseau» de Maurice Lehmann, il tombe amoureux de la belle Gaby Sylvia. On le retrouve ensuite dans un long métrage tiré de l'œuvre sentimentale «Mon oncle et mon curé», mis en scène par Pierre Caron, avec Alice Tissot. . Retenons également sa présence face à Raimu, dont il sera le fils, et Bernard Lancret, dont il sera le frère, dans «Le héros de la Marne». Ainsi, en cette seule cette année 1938, il aura tourné cinq films et cotoyé de grandes partenaires comme Elvire PopescoElvire Popesco ou Germaine DermozGermaine Dermoz.

Paul Cambo au cinéma…

Paul CamboPaul Cambo

La guerre est là. Faisant toujours partie de la troupe de Louis Jouvet, Paul embarque avec son maître pour la fameuse tournée en Amérique du sud. Mais il reprend vite son indépendance. Sur le chemin du retour, il choisit de paraître dans des productions mexicaines qui ne sortiront malheureusement pas en France. Les absents ont toujours tort, dit-on : en tout cas, cet exil mettra un frein à une carrière qui s'annonçait prometteuse. Revenu dans l'Hexagone après la fin du conflit, Paul Cambo ne retrouvera plus aussi facilement le chemin des plateaux.

A la fin des années 50, le public apprécie les fresques romanesques tirées des romans d'aventure de nos grands auteurs. André Hunebelle, un metteur en scène aguerri aux recettes du genre, fera appel à lui à plusieurs reprises, le transformant ainsi en un familier des rôles costumés. Son élégance naturelle fera le reste. Il rencontre Jean MaraisJean Marais sous les habits du régent de France Philippe d'Orléans («Le bossu», 1959), de l'ambassadeur de France («Napoléon II» de Claude Boissol en 1961), et de préfet de police («Les mystères de Paris» d'André Hunebelle en 1962, scène coupée dans la version numérisée).

Il participe tout de même à quelques productions plus contemporaines, comme «Le bluffeur» de Sergio Gobbi (1963) ou «Don Juan 73» de Roger Vadim. Il termine sa carrière cinématographique avec «On s'est trompé d'histoire d'amour» de Jean-Louis Bertucelli (1973) et «La course à l'échalotte» de Claude Zidi (1975).

La télévision aura eu le plaisir d'employer les talents de ce comédien distingué, sobre et sûr dans son jeu, un peu trop vite oublié, comme dans «Madame Sans Gêne» d'après Victorien Sardou (1963), où il incarne Savary aux côtés de Sophie Desmarets et de Raymond Pellegrin. En 1965, un feuilleton populaire tient la France en haleine : «Belphégor»; il y est Parusseau, le responsable des gardiens du Louvre. Quelques années plus tard, en 1973, il retrouve Jean Marais dans «Balsamo». Son ultime rôle sera pour le petit écran : dans «Splendeurs et misère des courtisanes» (1975), d'après Balzac, il incarne le ministre de la justice. On le reconnaîtra également dans plusieurs énigmes policières résolues avec son efficacité coutumière et révélées par l'inspecteur Bourrel (Raymond Souplex) dans les toutes «Cinq dernières minutes» de leur diffusion.

Pendant les années cinquante, Paul Cambo tient, parallèlement à ses activités artistiques, un restaurant à Montmartre, sorte de cabaret-dinatoire où se retrouve une population de noctambules (source Armel de Lorme).

Ce jeune premier des années 30 tirera sa révérence de façon très discrète, à Maisons-Laffitte le 19 février 1978, à la suite d'un cancer, à l'âge de 70 ans.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2012)
Ed.7.2.1 : 28-9-2015