Quatre séducteurs français bien oubliés

Tableau n° 21

Paul Cambo
Bernard Lancret
André Le Gall
Marc Valbel

Permettez-nous de rappeler à votre souvenir ou de vous faire connaître quatre comédiens, quatre séducteurs que le temps a noyés dans un triste oubli.

Pourtant, ils ont été jeunes, beaux, inspirés. Tous quatre étaient élégants, charmeurs, dotés d'une belle voix Tous quatre n'ont pas eu la carrière qu'ils méritaient sur nos grands écrans.

Retrouvons, pour les garder dans notre mémoire de cinéphiles : Paul Cambo, au regard profond, habitué aux rôles costumés, Bernard Lancret, un esthète et artiste complet, André Le Gall, un séducteur rebelle et sportif, et Marc Valbel dont le parcours a été dramatiquement interrompu par la déportation.

Que tourne le manège de ces quatre jeunes premiers d'hier !

Donatienne, février 2012
… une jeunesse au café-vanille
André Le GallAndré Le Gall

André Le Gall est né à Paris le 14 mars 1917. Sa maman, une très jeune et jolie petite bretonne, modiste à ses heures, se retrouve seule peu de temps après sa naissance. De son papa, tôt disparu, son fils dira : "On croit à un accident !". Il est donc élevé par sa mère : "Nous avons connu tous les deux des jours très difficiles, mais un immense amour nous unissait !". Il quitte l'école à 14 ans pour accomplir son premier travail dans une maison d'importation café-vanille.

Sa maman lui taille ses habits, ce qui ne l'empêche pas de se trouver très élégant devant la glace ! Cependant, à force de se fatiguer les yeux devant sa machine, la maman est doucement atteinte de cécité. Dès lors, le jeune André doit travailler pour deux. Le voilà commis dans un cabinet d'assurances . Pour améliorer sa position, il prend des cours de français et de droit. Il se fait ensuite embaucher au Ritz. Partant du bas de l'échelle, il a l'ambition de devenir réceptionnaire, puis gérant. Pour parfaire son anglais, la direction du grand hôtel l'envoie à Londres où il approche quelque peu le monde du show-business. Il sait danser en jouant des claquettes et se produit le soir dans quelques spectacles d'amateurs ou dans des cabarets.

Revenu en France pour accomplir son service militaire, André est affecté à Nancy. Il se retrouve vite dans la troupe théâtrale du régiment. Dès sa première pièce, «Les Fourberies de Scapin», ses copains l'encouragent : "Lance toi dans le spectacle, vieux ! Tu es fait pour ça !". La guerre éclate. Fait prisonnier à Dunkerque, amaigri, il s'évade au bout de 5 mois. A l'infirmerie du camp, il a lié connaissance avec le compositeur Olivier Messiaen, qui l'a également encouragé dans ses aspirations artistiques. Mais comment embrasser une carrière dans le spectacle quand on n'a pas d'argent et une maman malade à charge ? Il prend un emploi à l'Office des Répartitions et s'inscrit à un cours de comédie donné par Robert ManuelRobert Manuel et René SimonRené Simon. Il débute dans «Les jours heureux».

André Le Gall au cinéma…

André Le GallAndré Le Gall

Mais bientôt André Le Gall voit venir le bon bout … de la corde ! Après une première et courte apparition dans la seconde époque d'un «Comte de Monte Cristo» redessiné par Robert Vernay (1942), il remplace au pied-levé Roger PigautRoger Pigaut, très tôt blessé, sur «Premier de cordée» de Louis Daquin (1943), adaptation du célèbre roman de Roger Frison-Roche. Il incarne un guide de haute montagne dans ce film enregistré sur les lieux de l'histoire, dans le massif du Mont-Blanc. Les vieux Chamoniards se souviennent encore de ce tournage dont les photographies font régulièrement l'objet de magnifiques expositions.

Toujours dans le genre documentaire romancé, «Bataillon du ciel» (1946) en fait un aviateur forte tête en pleine préparation du débarquement qui aura lieu sur les plages normandes. Changement de costume, il se glisse dans la peau du journaliste Fandor pour s'opposer, 17 ans avant Jean MaraisJean Marais, aux exactions du maléfique «Fantomas» (1947), personnifié par Marcel HerrandMarcel Herrand.

En 1949, il croise la route d'une jolie et toute nouvelle jeune première, Françoise Arnoul, dans «L'épave» de Willy Rozier : fin tragique, il aurait mieux fait de faire un détour. La même année, «Drame au Vel' d'hiv'» de Maurice Cam mélange compétition sportive et intrigue policière : il y est un limier qui démêle une affaire de cambriolage dans les milieux de la boxe. Toujours en 1949, son année la plus productive, «Prélude à la gloire», réalisé par Georges Lacombe, est surtout celui du petit Roberto BenziRoberto Benzi, chef d'orchestre à 9 ans.

Commencée sous d'heureux auspices, la trajectoire cinématographique d'André Le Gall s'égare hélas dans les méandres du petit cinéma franco-belge, chez Maurice Téboul («Le cas du docteur Gallois» en 1949), Jean Gourguet («Zone frontière» en 1950, «Le secret d'une mère» en 1952), ou autre Yvan Noé («Coupable ?» en 1950). Il faudra attendre 1971 et Jean-Pierre Mocky pour le voir rebondir dans «L'albatros» sous les plumes du du conseiller Lucien Grimm. Mais l'envol fut de courte durée et, en 1973, «L'affaire Crazy Capo» de Patrick Jamain met un terme à l'aventure.

Parallèlement, André Le Gall aura fait de la radio. Nous sommes nombreux à nous souvenir du feuilleton radiophonique «Ca va bouillir» auquel il a participé pendant plusieurs années aux côtés du populaire Zappy Max. Sa dernière apparition est pour la télévision dans «Le juge et le bourreau» (1974) où il donne la réplique à Charles Vanel et Michel Vitold.

Après avoir été longtemps le vice-président du syndicat national des acteurs, il décède le 25 juin 1974 dans un triste anonymat. Comme le souligne notre collaborateur Yvan Foucart dans son Dictionnaire des Comédiens Français Disparus, André Le Gall avait pourtant tout pour lui, un physique très séduisant, et un talent certain. Personne ne sait vraiment pourquoi il a disparu de nos écrans.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2012)
Ed.7.2.1 : 28-9-2015