Quatre séducteurs français bien oubliés

Tableau n° 21

Paul Cambo
Bernard Lancret
André Le Gall
Marc Valbel

Permettez-nous de rappeler à votre souvenir ou de vous faire connaître quatre comédiens, quatre séducteurs que le temps a noyés dans un triste oubli.

Pourtant, ils ont été jeunes, beaux, inspirés. Tous quatre étaient élégants, charmeurs, dotés d'une belle voix Tous quatre n'ont pas eu la carrière qu'ils méritaient sur nos grands écrans.

Retrouvons, pour les garder dans notre mémoire de cinéphiles : Paul Cambo, au regard profond, habitué aux rôles costumés, Bernard Lancret, un esthète et artiste complet, André Le Gall, un séducteur rebelle et sportif, et Marc Valbel dont le parcours a été dramatiquement interrompu par la déportation.

Que tourne le manège de ces quatre jeunes premiers d'hier !

Donatienne, février 2012
… un acteur sobre et courageux
Marc ValbelMarc Valbel

Marc Valbel est né à Paris le 30 juillet 1907 dans une famille de comédiens. Son père, Henri Valbel était un célèbre acteur de théâtre, du cinéma muet et du parlant que l'on a pu voir sur les écrans jusqu'en 1951.

Le jeune Marc est élevé à Angoulême, en Charente. Son père ne veut entendre parler pour lui d'une carrière dans le spectacle : "Beaucoup d'appelés, mais peu d'élus !" répéte-il à son rejeton ! Croyant rendre service au jeune Marc, il va même jusqu'à interdire à toute la famille d'encourager ou de favoriser un quelconque engagement artistique !

Mais Marc a vu son père au théâtre dans «Le chevalier de Maison Rouge» et «Athalie». C'est plus fort que lui, il se sent dévoré par son envie de jouer. Devant l'attitude paternelle trop rigide, il quitte la maison, mange des sandwichs en se délectant de la lecture des vies de grands comédiens de l'époque. Il traverse la France pour atterir à Lille où il décroche son premier rôle, un simple remplacement dans «Le secret de polichinelle» (1924) : il n'a que 17 ans !.

Après quelques mois de vache enragée, Marcel PagnolMarcel Pagnol lui offre l'opportunité de faire partie de la création de «Jazz», sa première pièce écrite tout seul. Face à Harry BaurHarry Baur, qui le prendra sous son aile, et Orane DemazisOrane Demazis, si adorable, papa Valbel ne fait pas le poids !

Marc Valbel au cinéma…

Marc ValbelMarc Valbel

Marc Valbel entre en cinéma comme figurant. Parmi un groupe de jeunes gens appelés à devenir célèbres (Pierre BrasseurPierre Brasseur, Jean Weber, etc), il campe une silhouette dans «Madame Sans-Gêne» de Léonce Perret (1925), tourné au Studio Saint-Maurice sous capitaux américains : "Avec Pierre et Jean, nous étions très amis, nous habitions presque tous rue Lepic et nous prenions des taxis communs pour économiser".

Le service militaire vient interrompre ses aspirations. De retour, il lui faut plusieurs années avant d'obtenir quelques petits rôles dans «Les croix de bois» (1932) ou «L'agonie des aigles» (1933). Plus intéressantes sont ses compositions dans «L'or» (1934) et «La tendre ennemie» de Max Ophüls (1935) . Le diptyque «Le tigre du Bengale / Le tombeau hindou» (Richard Eichberg, 1937), lui permet pour la première fois de donner vie à un aventurier.

De belles perspectives s'ouvrent à lui : il doit être Armand Duval dans «La dame aux camélias» auprès d'Edwige FeuillèreEdwige Feuillère, puis le Don José de «Carmen», avec Viviane RomanceViviane Romance. Mais la guerre arrive. Enrôlé dans les Corps Francs, des soldats dont le rôle est de s'infiltrer derrière les lignes adverses, il se retrouve dans la Résistance et connaît la déportation. Il a la chance d'en revenir, le cœur fragile, les poumons fatigués, et la poitrine décorée de la Légion d'Honneur !

Retrouvant ses forces, il revient sur les plateaux. Il est très antipathique en chef de bande dans «L'inspecteur Sergil» (1946). Dans «Barry», joli film de Richard Pottier (1948) sur fond de haute montagne mettant en vedette les chiens d'avalanche, il apparaît aux côtés de Pierre FresnayPierre Fresnay, obtenant sur un mensonge le consentement de la douce Simone Valère, pourtant promise à Gérard Landry.

«Une belle garce» (1947), «Le grand rendez-vous» (1949) et «Rue des Saussaies » lui font grimper les échelons des génériques.En 1953, il tient enfin un premier rôle dans «Siddi-Bel Abbès» sous les ordres de Roland Toutain. il termine sa carrière cinématographique auprès de Henri VidalHenri Vidal («Une manche et la belle», 1957) et de Giselle PascalGiselle Pascal («Ca n'arrive qu'aux vivants», 1959).

Grand spécialiste du doublage, il reconnaissait déjà, en 1951 (Mon Film du 19-9-1951), avoir travaillé ainsi sur plus de 900 films? Qu'en fut-il à la fin !? Il fut la voix française, grave et aisément reconnaissable, de Gary Cooper, Robert Taylor, Gary Grant, Gregory Peck, Laurence Olivier, etc.

Sur le plan sentimental, divorcé de l'actrice Lucienne LemarchandLucienne Lemarchand, il épouse Claire Guilbert (24-8-1953), une comédienne spécialisée dans la post-synchronisation (ref.François Justamand, "La gazette du doublage)".

Comédien émouvant, sage, profond et intelligent, Marc Valbel rêva d'être capitaine d'une goélette dans le Pacifique, à la recherche de coquilles nacrées. Fatigué par trop d'épreuves endurées, il décéda plus communément, les pieds sur le sol ferme de Paris, le 30 novembre 1960. Ca n'arrive qu'aux vivants !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2012)
Ed.7.2.1 : 28-9-2015