Quatre mamies revêches…

Tableau n° 23

Yvonne de Bray
Germaine Kerjean
Héléna Manson
Maximilienne

Deux de nos collaborateurs, Donatienne et Jean-Paul Briant, se sont associés pour composer une planche consacrée à quatre actrices du cinéma français dont le point commun est d'avoir incarné, au cours de leurs carrières respectives, des femmes plus ou moins acariâtres.

Leur choix s'est arrêté sur Yvonne de Bray, Germaine Kerjean, Héléna Manson et Maximilienne.

A elles quatre, ces dames vénérables couvrent huit décennies du cinéma français, de la Belle époque aux temps modernes. Elles ont été choisies par nos plus grands réalisateurs et figurent à l'affiche de quelques uns des plus beaux fleurons de notre patrimoine cinématographique.

Mais ne nous cachons pas qu'on les aperçut tout aussi aisément dans des marmites où mijotèrent quelques uns de nos plus gros navets!

Que cette considération ne vous coupe pas l'appétit: il y a dans ces pages matière à satisfaire les papilles des cinéphiles les plus gourmets.

le web-maître, septembre 2012
… la mère terrible
Yvonne de BrayYvonne de Bray

Cette “maman terrible”, comme Jean Cocteau l'avait initialement prévue dans son film presque éponyme, naît le 12 mai 1887 dans le IXème arrondissement de Paris.

A la fin de “l'autre siècle”, elle débute toute jeune sur les planches et joue aux côtés de la grande Sarah BernhardtSarah Bernhardt puis de la non moins grande RéjaneRéjane. Elle n'est encore qu'une enfant.

La fillette grandit. A quinze ans, elle devient l'épouse très jeune d'un journaliste. Cette union ne durera que 3 ans. Très jolie femme, actrice en vogue au vaudeville, pas du tout revêche pour son époque, elle est bientôt la compagne de Henry Bataille, poète, auteur dramatique et metteur en scène nimois, dont elle ne tarde pas à être l'interprète : «La vierge folle», «La femme nue», etc . On l'applaudit également dans du Feydeau et dans du Tristan Bernard. Henri et Yvonne forment un couple mythique des scènes parisiennes, y compris pendant la grande guerre. Tous deux vivent à Rueil-Malmaison. Mais en 1922, Henry Bataille décède, laissant Yvonne dans un désarroi terrible. L'actrice se retire alors du monde du spectacle.

Elle fait son retour à la fin des années 30, grâce à l'insistance de Jean CocteauJean Cocteau qui lui “coud” sur mesure le rôle de Sophie, la mère de Michel (Jean Marais) dans «Les parents terribles», face à l'imposante tante Léo campée par Gabrielle DorziatGabrielle Dorziat. Encore fragile, elle abandonne, peu de temps avant la première, son rôle à Germaine Dermoz. Mais dans le film que tournera le maître en 1948, c'est bien elle qui reprend son rôle d'une manière inoubliable.

La jolie dame qu'elle était s'est transformée sous les coups du chagrin, de la solitude et des excès: voix rauque, physique peu engageant, aimable comme une porte de prison, elle semble rechercher les personnages bien imbibés d'alcool. Telle paraissait Yvonne de Bray : une revêche en somme ! Mais une comédienne de caractère, bourrée de talent !

Elle s'illustrera encore sur les scènes des principaux théâtres de la capitale. Ainsi, en 1953, un an avant sa mort, elle est mise en scène par Jean‑Louis BarraultJean-Louis Barrault au théâtre Marigny dans la pièce de Jean Giraudoux, «Pour Lucrèce», y campant une vilaine proxénète.

Le cinéma d'Yvonne…

Yvonne de BrayYvonne de Bray

Si l'on en croit ses filmographies, Yvonne de Bray apparaît dans deux opus muets du début de siècle : «Les fiancés de Miss Maguy», (1909) et «Le poison du professeur Rouff» (1911).

Après le rôle de Sophie, la mère terrible, elle revient sur la grande toile, entraînée par Jean Cocteau, pour une quinzaine de longs métrages. Elle voue une tendresse quasi-maternelle à Jean Marais qui le lui rend bien : Son “Jeannot” lui pardonne tout : ses faiblesses, ses absences, ses caprices. Pour lui, dans «Nez de cuir», elle est Marie-Bonne, sa Nounou protectrice, un rôle qu'elle n'aura eu aucun mal à composer. On les retrouve dans «L'éternel retour» (1943) où l'actrice incarne la mère diabolique et castratrice du nain Piéral, mangée par la jalousie. Dans «L'aigle à deux têtes», elle est une grande duchesse pour le moins décadente

Amie de Colette, elle sera au générique de «Chéri» sous la direction de Pierre Billon (1950), de «Gigi» (1948), réalisé par Jacqueline Audry qu'elle retrouve deux ans plus tard pour «Olivia».

«Caroline chérie» (1950) lui offre encore un titre de duchesse, mais c'est en chiffonnière qu'elle apparaît dans «Nous sommes tous des assassins» d'André Cayatte.

Jean Pierre Melville lui offre don dernier rôle, une simple apparitin dans «Quand tu liras cette lettre» (1953). Yvonne de Bray quitta ce monde le 1er février 1954, à la suite d'une crise cardiaque, survenue dans son appartement parisien. Sa dépouille repose au cimetière du Père Lachaise.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (septembre 2012)
Ed.7.2.1 : 1-10-2015