Quatre jeunes filles de la Quatrième

Tableau n° 24

Michèle Girardon
Geneviève Kervine
Agnès Laurent
Danik Patisson

De 1946 à 1958, la France vécut sous le régime de la Quatrième République.

Marquée par une instabilité chronique due au pouvoir excessif accordé à l'Assemblée Nationale, celle-ci fut traversée de nombreux soubresauts dont les moindres ne furent pas La Guerre d'Indochine et l'amorce des événements conduisant au conflit algérien.

Pour autant, les Français n'en continuèrent pas moins à fréquenter les salles de cinéma. La fin du conflit mondial ayant donné naissance à une nouvelle génération de comédiens, de nombreux noms appelés à devenir célèbres firent alors leur apparition, dont certains occupèrent le haut de l'affiche jusqu'à la fin du siècle.

Ainsi voici donc dessinés, sous la plume d'Yvan Foucart, les portraits de Michèle Girardon, Geneviève Kervine, Agnès Laurent et Danik Patisson.

Merci de votre attention.

Le web-maître, Christian Grenier, décembre 2012
… une élégance primesautière
Geneviève KervineGeneviève Kervine

Geneviève Marie Antoinette Kervingant est née le 27 juin 1931 à Dakar (Sénégal), où son père, Maurice Kervingant, médecin-colonel d'origine bretonne, tient garnison. Celui-ci l'emmènera dans ses futures pérégrinations militaires : la Nouvelle-Calédonie, le Congo, l'Indochine où on la retrouve petit rat à l'Opéra de Hanoï. La fratrie compte trois sœurs : Jacqueline, l'aînée, Geneviève, la cadette, Nicole la benjamine et Gildas, le frère. A l'invasion en mars 1945 des troupes japonaises en Indochine, le père est fait prisonnier tandis que la famille est mise en résidence surveillée.

C'est à la libération et dès l'arrivée des forces libres que toute la famille regagne Paris. Geneviève suit très sérieusement les cours d'art dramatique de Charles Dullin, ce qui ne l'empêche pas de faire partie de la distribution de «Phi-Phi» (1949), l'allègre opérette de Christiné et de Willemetz au Théâtre des Bouffes-Parisiens. Ayant adouci son patronyme en Kervine, elle part en tournée à travers la France avec «L'illusionniste» (1949) de Sacha Guitry. C'est le point de départ d'une longue série de rendez-vous avec le public de province, sans toutefois négliger les cabarets de la capitale avec ses fidèles complices : Roger‑PierreRoger­Pierre, Jean‑Marc ThibaultJean-Marc Thibault, Francis BlancheFrancis Blanche et Jean RichardJean Richard.

Jolie blonde au minois charmant, pleine de dynamisme, sa première interprétation cinématographique «Cent francs par seconde» (1952) n'est autre qu'une version du crochet radiophonique des beaux soirs de Radio-Luxembourg. Par la suite, elle retrouve ses amis de cabaret et l'on se souvient, sans doute, de la petite bonne d'un avocat riche et célèbre, amoureuse de son valet (Jean Richard) dans «Belle mentalité» (1952); de même que la jeune rédactrice d'un quotidien parisien éprise de Robert Lamoureux avec lequel elle partage le haut de l'affiche pour «Virgile» (1953); que dire de Lili-la-Strychnine dans «Une vie de garçon» (1953) un chassé croisé sentimental plein de malentendus; de même que ce titre bien approprié «Ma petite folie» (1953) où elle succombe au charme d'un moniteur d'auto-école timide et paumé lequel n'est autre que Jean Bretonnière.

Hors plateau, les sentiments ne sont pas tout à fait identiques, Jean la juge plutôt oie blanche alors qu'elle le trouve du genre jeune bellâtre prétentieux. Belle méprise car au fur et à mesure de l'avancement du tournage, leurs relations s'identifieront au rythme de leurs coups de foudre qui les mèneront treize ans plus tard à la mairie de Sérignan dans l'Hérault. Pour cela, Jean divorce de sa première épouse et Geneviève en fait de même en se séparant d'un mari dont elle appréciait la gentillesse, l'intelligence et la bonté, mais qui, eu égard à leurs écarts d'âge, plus de trente ans, ne garantit pas nécessairement l'indestructibilité d'un happy end. Geneviève maintiendra une amitié totale et sincère avec celui qui désormais devient son ex-mari. Bien connu des cinéphiles, il s'appelait Alfred PasqualiAlfred Pasquali.

Tous les registres…

Geneviève KervineGeneviève Kervine

C'est pour «Le fil à la patte» (1954), l'un des brillants vaudevilles de Georges Feydeau, que Guy Lefranc la dirige en sage fiancée d'un Noël‑NoëlNoël-Noël n'arrivant pas à l'amener à l'autel nuptial car il a bien du mal à se défaire de son encombrante maîtresse, chanteuse vedette à l'Alcazar (Suzy DelairSuzy Delair). En 1955, la S.A.C.D. lui décerne le prix Suzanne-Bianchetti récompensant le meilleur espoir féminin. En cette même année décidément généreuse, Luis Mariano lui tend les bras pour «Quatre jours à Paris» (1955), l'opérette de Francis Lopez et de Raymond Vinci. Par la suite, dans «L'auberge en folie» (1956), elle dispute les faveurs d'un autre Basque, Rudy Hirigoyen, à sa rivale Jeannette Batti.

Geneviève peut aisément passer du choral à des interprétations plus tangibles, abordant notamment un tout autre registre avec «Pitié pour les vamps» (1956, l'une d'elles n'étant autre que Viviane RomanceViviane Romance, productrice du film); puis «Un certain Monsieur Jo» (1957) un gangster repenti auquel Michel Simon prête les traits, un admirable partenaire plein de bienveillance pour Geneviève. Avec «Soupe au lait» (1958), Jean Bretonnière la rejoint pour leur sixième et dernier film. Sa filmographie s'éteint peu à peu après qu'une compagnie allemande l'ait sollicitée pour un diptyque ignoré du circuit français. Elle revient dans l'Hexagone pour son ultime interprétation, celle d'une chanteuse d'une troupe de théâtre dans «Ç'est pas moi, c'est l'autre» (1962), hélas loin d'être parmi les meilleurs de Jean Boyer.

Par la suite, Geneviève se tourne vers la petite lucarne, mais aussi et avec davantage de motivation vers le théâtre. Signalons, entre autres, une reprise de «Peau de vache» (1980), le succès de Barillet et Grédy qu'elle interpréta aux côtés de Sophie DesmaretsSophie Desmarets, ainsi que cette «Folle Amanda» (1981), des mêmes auteurs, avec Line RenaudLine Renaud. Son dernier rendez-vous, quelques mois avant sa disparition, sera pour «Les brumes de Manchester» (1989) de Frédéric Dard.

Geneviève Kervine décéde d'une rupture d'anévrisme à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, le 5 septembre 1989. Avec elle, disparait un peu de l'élégance primesautière du théâtre français. Très liée à Annick TanguyAnnick Tanguy, l'épouse de Jean Richard, elle souhaitait que ses cendres soient dispersées par avion au-dessus de la forêt d'Ermenonville, là ou habitaient ses amis. Jean, son mari, lui survécut douze années très douloureuses dans une totale affliction et la rejoignit au même rendez-vous sylvestre. Une belle histoire d'amour venait de se terminer. De leur union, ils eurent un fils, Marc, que l'on a pu voir dans quelques téléfilms, mais aussi au théâtre et au café-théâtre avant qu'il ne s'oriente vers le doublage en tant que comédien et directeur de plateau, le plus souvent pour des dessins animés, des séries, des téléfilms et quelques documentaires.

Sources…

Avec l'amicale collaboration de Marc Bretonnière, que nous remercions cordialement. Pour le reste, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Yvan Foucart (octobre 2012)
Ed.7.2.1 : 4-10-2015