Quatre jeunes filles de la Quatrième

Tableau n° 24

Michèle Girardon
Geneviève Kervine
Agnès Laurent
Danik Patisson

De 1946 à 1958, la France vécut sous le régime de la Quatrième République.

Marquée par une instabilité chronique due au pouvoir excessif accordé à l'Assemblée Nationale, celle-ci fut traversée de nombreux soubresauts dont les moindres ne furent pas La Guerre d'Indochine et l'amorce des événements conduisant au conflit algérien.

Pour autant, les Français n'en continuèrent pas moins à fréquenter les salles de cinéma. La fin du conflit mondial ayant donné naissance à une nouvelle génération de comédiens, de nombreux noms appelés à devenir célèbres firent alors leur apparition, dont certains occupèrent le haut de l'affiche jusqu'à la fin du siècle.

Ainsi voici donc dessinés, sous la plume d'Yvan Foucart, les portraits de Michèle Girardon, Geneviève Kervine, Agnès Laurent et Danik Patisson.

Merci de votre attention.

Le web-maître, Christian Grenier, décembre 2012
… une carrière brisée
Agnès LaurentAgnès Laurent
Agnès LaurentAgnès Laurent

Triste destin que celui de cette jolie Lyonnaise, née Josette Chouleur. Fille d’un papa contremaître et d’une maman au foyer, elle voit le jour à l’Hôtel-Dieu de Lyon, le 28 janvier 1936. Une enfance et une adolescence traversées sans problèmes, elle termine ses études secondaires avant de débuter comme sténodactylographe chez Pigier. Elle travaille ensuite pendant deux mois au Ministère de la Guerre comme secrétaire, tout en s'adonnant la sculpture et en lorgnant vers les scènes de théâtre.

Nantie d'un mot de recommandation fournie par un journaliste lyonnais, elle se présente chez le producteur de films René Thévenet, lui aussi originaire de la capitale des Gaules. Celui-ci la fait inscrire auprès de l'agent artistique Jacques Allain. Par la suite, tous deux l'amèneront à fréquenter les cours d'art dramatique d'Eve Francis et les coulisses du Théâtre National Populaire de Jean Vilar.

C'est sous le pseudonyme d'Agnès Laurent qu'elle débute en acceptant un rôle mineur dans «Axelle et son clochard» (1956), un court métrage produit par René Thévenet. Cette même année, Luis Buñuel prépare le tournage de «La mort en ce jardin» au Mexique; devant la défection de Michèle GirardonMichèle Girardon, autre Lyonnaise, pour le rôle de la fille sourde et muette de Charles VanelCharles Vanel, reporte son choix sur Agnès, enthousiaste. Hélas, le père de Michèle qui avait refusé le départ de sa fille mineure aussi loin du domicile familial, revient sur sa décision. Le film se fera donc sans Agnès, laquelle s'en montre fort dépitée.

Elle se console néanmoins en jouant les «Mannequins de Paris» (1956), tourbillonnant avec la grâce souhaitée par le couturier Jacques Heim et le metteur en scène André Hunebelle, réalisateur qu’elle retrouve un peu plus tard pour «Les collégiennes» (1956).

Dès l'année suivante, Maurice Cloche lui accorde sa confiance ainsi qu'un premier rôle féminin auprès de Georges MarchalGeorges Marchal, le sémillant agent d'Interpol de «Marchands de filles» (1957). Changement de tenue : la demoiselle bien sage, se voit amenée à se dévêtir par dépit amoureux pour les besoins de «Mademoiselle Strip-tease» (1957), une autre production de René Thévenet. Elle enchaîne ensuite avec «Un amour de poche» (1957), la première réalisation de Pierre Kast où, en rivale de Geneviève PageGeneviève Page, elle ne peut cacher son fol engouement de jeune élève virginale pour le beau professeur qu’incarne avantageusement Jean MaraisJean Marais.

Le 21 décembre de la même année, Agnès Laurent renoue avec le théâtre, en l'occurrence celui des "Nouveautés" à Paris, pour «Auguste», une comédie de Raymond Castans avec Fernand Reynaud en vedette. Son contrat à peine terminé, René Thévenet, en parrain décidemment fidèle, lui fait commettre un «Péché de jeunesse» (1958) en orpheline de l'Assistance Publique travaillant comme vendeuse dans une pâtisserie. Cette peinture dénonçant les mesquineries d'une petite ville de province - dont une mère castratrice (Madeleine RobinsonMadeleine Robinson) paralysant un fils pusillanime (Gil Vidal), soupirant éperdu de la petite vendeuse… enceinte - nous semble aujourd'hui bien oubliée, bien qu'ayant bénéficié d'un accueil encourageant récompensé par un prix au référendum de Vichy.

Une étoile filante…

A la fin des années cinquante, une déferlante s'abat sur le cinéma français. C'est ce que Françoise Giroud appelle la "nouvelle vague". Elle se veut être le renouveau du cinéma hexagonal, le renouvellement des réalisateurs et des comédiens. Et Agnès, ne répondant plus aux “nouvelles normes”, en sera victime, comme bien d'autres. Seule alternative, elle ne peut que se tourner vers des cieux qui lui semblent plus cléments, s'engouffrant dans des productions italiennes («La notte del grande assalto/Dans les griffes des Borgia», 1958), espagnoles («Altas variedades/Cibles vivantes» en 1960) ou anglaises («Mary had a little…», 1961) aux titres n'évoquant plus rien.

Fin octobre 1958, la rubrique faits divers de quelques journaux nous apprend l'accident dont l'actrice est victime au retour d'une tournée, dans le véhicule conduit par Billy Nencioli, un chanteur-compositeur en vogue. Souffrant de plusieurs blessures, elle est transportée à l'Hôtel-Dieu de Paris. L'un et l'autre en garderont des séquelles. Après un an d'hospitalisation, le chanteur poursuivra sa carrière tant bien que mal malgré des problèmes physiques toujours présents. Quant à Agnès, elle accepte encore deux ou trois films aussi peu glorieux que vite oubliés, si ce n’est le dernier.En effet, en 1961, Michel Boisrond la réclame pour le sketch «Lauzun» des «Amours célèbres» (1961), retraçant les joutes concupiscentes du roi Louis XIV (Philippe NoiretPhilippe Noiret) et du duc de Lauzun (Jean‑Paul BelmondoJean-Paul Belmondo) pour conquérir un peu plus que le coeur de la belle Madame de Monaco (Dany RobinPhilippe Noiret).

Et puis plus rien : sa carrière s’arrête net. Elle venait de fêter ses 25 ans et on entendra plus jamais parler de la ravissante et prometteuse Agnès Laurent qui, après d'autres déboires encore plus douloureux, s'éloignera définitivement de Paris. C'est d'ailleurs sous son vrai patronyme que l'on apprendra son décès, survenu peu après son 74ème anniversaire, le 24 février 2010, à Grenoble. Définitivement apaisée, elle repose dans un petit cimetière calme et tranquille du massif du Vercors, un endroit qu’elle appréciait.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Yvan Foucart (décembre 2012)
Ed.7.2.1 : 4-10-2015