Quatre jeunes filles de la Quatrième

Tableau n° 24

Michèle Girardon
Geneviève Kervine
Agnès Laurent
Danik Patisson

De 1946 à 1958, la France vécut sous le régime de la Quatrième République.

Marquée par une instabilité chronique due au pouvoir excessif accordé à l'Assemblée Nationale, celle-ci fut traversée de nombreux soubresauts dont les moindres ne furent pas La Guerre d'Indochine et l'amorce des événements conduisant au conflit algérien.

Pour autant, les Français n'en continuèrent pas moins à fréquenter les salles de cinéma. La fin du conflit mondial ayant donné naissance à une nouvelle génération de comédiens, de nombreux noms appelés à devenir célèbres firent alors leur apparition, dont certains occupèrent le haut de l'affiche jusqu'à la fin du siècle.

Ainsi voici donc dessinés, sous la plume d'Yvan Foucart, les portraits de Michèle Girardon, Geneviève Kervine, Agnès Laurent et Danik Patisson.

Merci de votre attention.

Le web-maître, Christian Grenier, décembre 2012
… un petit côté Cendrillon
Danik PatissonDanik Patisson

Danièle Claude Madeleine Patisson fait partie de cette génération de jeunes comédiennes dont nous regrettons l'absence des écrans. Elle avait ce petit côté Cendrillon, et l’autre un peu félin. Blonde, d'incomparables yeux bleus saphir, de longues jambes, de la fraîcheur, du charme qui ne furent jamais exploités comme il convenait.

Elle naît le 26 mars 1939 à Senlis, centre historique bien connu au nord de Paris. Roger, le papa, est maréchal des logis au quatrième régiment des spahis marocains et Renée, la maman, davantage une grande sœur, l’élève seule ne cessant de l’encourager dans la voie artistique qu’elle avait deviné chez elle.

A l'âge de sept ans, son parrain l'aide et l'encourage à suivre des cours de danse en l’intégrant aux petits rats du Châtelet. Elle y reste cinq ans. A 15 ans, elle fait sa première incursion sur les plateaux de cinéma en l'occurrence ceux de «Mam'zelle Nitouche» (1953) où on l’aperçoit bien que non citée au générique dans le groupe des jeunes pensionnaires du couvent des Hirondelles. Elle enchaîne pour d'autres petites apparitions notamment avec «Frou-Frou» (1955) lors de la fête organisée par Philippe Lemaire sur le yacht de son rival, époux de Dany RobinDany Robin. Soucieuse de se perfectionner, Danik s’inscrit au cours d’art dramatique de Madame Andrée Bauer-Thérond, qui l'accueille avec chaleur car elle la discerne rapidement en élève très prometteuse.

Marcel Blistène en fait la fleuriste de «Gueule d'ange» (1955) et Jean Gourguet qui précédemment lui avait confié un petit rôle dans «Maternité clandestine» (1953) la rappelle pour «Les premiers outrages» (1955), deux films défendus par Dany CarrelDany Carrel alors au début de sa carrière. Avec «Paris Canaille» (1955), elle retrouve Dany Robin, sa co-pensionnaire d’un collège suisse, en vacances et en goguette dans la capitale. Quant à André Berthomieu, il en fait une jeune fille de bonne famille, honnête et sérieuse et… follement amoureuse du regretté Roland Alexandre, jeune avocat dans «Les Duraton» (1955), pastiche à l'eau de rose d'une populaire série radiophonique diffusée sur les ondes de Radio-Cité, puis reprise sur Radio-Luxembourg. A noter qu’elle apparaît au générique sous le pseudonyme de Danik Aubrey.

Danik doit attendre l'année suivante et sa rencontre avec ce remarquable découvreur de jeunes talents que fut Léonide Moguy, connu aussi pour ses préoccupations sociales. Elle aborde le rôle très intéressant d'une adolescente chassée par ses parents qui, de désarroi, se livre à la prostitution «Le long des trottoirs» (1956). Anne VernonAnne Vernon, parfaite en assistante sociale, s’efforce de l’arracher à ce milieu et à ses souteneurs avant de se montrer jalouse de l’attrait de sa protégée pour son fiancé (François GuérinFrançois Guérin). Le film connaît un appréciable succès et ouvre enfin les portes de la reconnaissance du public et des producteurs. Dès lors, quoi de plus naturel que de récidiver avec Moguy pour «Donnez-moi ma chance» (1957), présage qui ne lui est pas destinée car en fait elle s'adresse à une Michèle Mercier brune post-Angélique bien sage et naïve alors que notre Danik interprète une petite starlette délurée de ses amies, qui ne lui cache pas les désillusions du métier. Elle poursuit avec «Rafles sur la ville» (1957), un polar adapté d'un roman d'Auguste Lebreton où, épouse, elle retrouve François Guérin en jeune inspecteur de police.

Voyages, voyages…

Danik PatissonDanik Patisson

L'agence espagnole de la 20th Century Fox monte «Le soleil se lève aussi» (1957) d'après Ernest Hemingway. Henry King, le brillant réalisateur nanti de la bénédiction de Darryl F. Zanuck, lui offre une courte apparition, celle de la petite amie française du beau Tyrone PowerTyrone Power et d'Eddie AlbertEddie Albert. Après l'Espagne, elle gagne Berlin et «Jeunes filles en uniforme» (1958), un pensionnat de jeunes filles nobles dont les héroïnes ne sont autres que Lilli Palmer et Romy SchneiderRomy Schneider défendant ce qui fut une pièce sulfureuse et très dure d’avant-guerre de Christa Winsloe. Danik poursuit ses voyages. La voilà à Londres auprès de Jayne Mansfield pour «Too hot to handle/La blonde et les nus de Soho» (1959), de Terence Young.

La tournée théâtrale de «La belle de mai» de Juliette Saint-Giniez (1963) terminée, elle rejoint Edmond T.Gréville sur l'île de Bréhat pour le tournage de «L'accident» (1964) d'après un roman de Frédéric Dard. Une très belle composition que celle de cette institutrice tombant amoureuse d’un directeur délaissé par son épouse. Hélas, peu ou prou suivie par le public, Danik bute sur des films assez inégaux, des titres déjà sombrés dans l’oubli, des metteurs en scène qui le sont tout autant, exception faite d’un Robert Hossein dirigeant «Le vampire de Düsseldorf» (1964), inspiré d'une histoire vraie ayant secoué les années trente. Outre la mise en scène, Hossein incarne, bien entendu, ce "vampire", un ouvrier à l'apparence paisible et taciturne ne s'attaquant, la nuit, qu’aux femmes seules. Il réserve un petit rôle à Danik, mais ce ne sera pas suffisant pour relancer sa carrière.

Certes, elle fait encore un peu de télévision, souvent noyée dans les génériques. C'est tout et c'est bien injuste. Pour ceux qui ont bonne mémoire, ils purent l'applaudir sur la scène du Théâtre de Paris parmi les témoins de «L'affaire Seznec : c'est vous qui allez le juger» (2010), mise en scène et accompagnée par le même Robert HosseinRobert Hossein.

De l'écran, Danik Patisson passa aux beaux objets et se convertit notamment dans l'édition d'albums de luxe, domaine dans lequel elle oeuvre encore aujourd'hui. Elle est l’heureuse maman de la jolie Valérie Pascale, qui fut Miss Paris, puis Miss France, animatrice de Fort Boyard, speakerine sur FR 3 et qui fit de Danik, l’adorable grand-mère de deux gracieuses petites filles, Maëlis et Juliette. Elle quitta ce monde le 21 octobre 2016.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Yvan Foucart (décembre 2012)
Ed.7.2.1 : 4-10-2015