Quatre “rigolottes”…

Tableau n° 26

Ginette Garcin
Odette Laure
Maryse Martin
Jackie Sardou

Voici le portrait de 4 comédiennes qui auront eu le mérite de nous faire sourire sans effort, ayant toutes les quatre quelques atouts de taille dans leur jeu : le naturel, un caractère bien trempé mais pétri de bon sens, une voix reconnaissable, une présence, le tout teinté de drôlerie.

Retrouvons donc avec bonheur “Maman Terrine”/Maryse Martin, “Ptite Poule”/Odette Laure, “la p'tite grosse”/Jackie Sardou, et “la sauterelle”/Ginette Garcin.

Toutes quatre, qui se connaissaient bien, avaient plaisir à se retrouver sur les planches, à l'écran, ou chez l'ami Jean Nohain. Elles nous ont quittés toutes les quatre mais c'est pour reformer un peu plus haut leur clan de “rigolotes”.

Prenez bien garde à vos zygomatiques !

Donatienne, février 2014
… la sauterelle
Ginette GarcinGinette Garcin

La petite Ginette Garcin ouvre les yeux le 4 janvier 1928 à Marseille où ses parents tiennent "les bains Garcin" sur une des plages. Toute jeune déjà, la fillette danse, virevolte, fait des claquettes… Elle a le rythme dans la peau et fait la joie de tous lors des réunions familiales. On lui connaît une sœur, Jacqueline, dont elle sera toujours très proche.

En grandissant, l'adolescente se produit à la demande dans les fêtes de quartier. Au cinéma Rialto, elle assiste à un numéro d’acrobatie; impressionnée, elle s'initie au trapèze. Un impresario de Lyon, René Valery, la remarque. Chargé par le célèbre chef d’orchestre Jacques HélianJacques Hélian de trouver une chanteuse pour remplacer Francine Claudel qui quitte la troupe, il l'engage sur le champ (1946). Seule fille de l’orchestre, Ginette est bientôt surnommée “la sauterelle”. Dans ces joyeuses années d’après-guerre elle va vivre des années de folie dans cette “usine à chansons” ! Elle noue des liens d’amitié avec le populaire Zappy Max et le séduisant Jean Marco dont l a disparition prématurée l'affectera profondément. Mais les meilleures choses ont une fin et, en 1957, Jacques Hélian se sépare d’elle : "Il m’a virée !" confiera-t-elle amèrement, avant de concéder : "Avec lui, j’ai tout appris".

Ginette se lance à l’assaut des cabarets de la capitale avant de rejoindre Loulou Gasté. Elle sympathise avec toute la profession, côtoie Brassens et Brel qui l’impose à Bobino. Elle chante aussi bien les émouvants «Petits chaussons» sur une musique de Charles Chaplin que les refrains surréalistes de son ami Bobby Lapointe, se risquant même dans le répertoire coquin !

La sauterelle fait son cinéma…

Ginette GarcinGinette Garcin

Encore chanteuse chez Jacques Hélian, Ginette Garcin fait à ce titre une première apparition dans le «Pigalle-Saint Germain des Prés» d’André Berthomieu (1950). Talentueuse second rôle, malicieuse, elle sera la bonne copine, la maman déjantée, la rigolote de service, sachant tout de même faire passer des émotions lorsque le rôle le demande. Elle aura été une valeur très sûre pour de nombreux réalisateurs de renom .

Elle rencontre Jean Gabin sur le tournage du film de Michel Audiard «Le drapeau noir flotte sur la marmite»(1971) : "Il me persuadait d’avoir choisi la bonne voie, et que venant du music-hall, je n’aurais aucun problème". Elle partagera à nouveau l'affiche avec lui pour «Le tueur» de Denys de la Patellière (1972), sans avoir toutefois de scène commune. Quant à Michel Audiard, c’est pour apprendre «Comment réussir quand on est con et pleurnichard» (1974), où elle campe une infirmière, qu’elle se mettra ses dialogues en bouche.

Claude Lelouch, qui l'appréciait beaucoup, fera appel à elle à cinq reprises : «Les uns et les autres» (1980), «Edith et Marcel» (1982) , «Partir revenir» (1985), «Attention Bandits» (1987) et «Hommes, femmes, mode d’emploi» (1996). Yves Boisset la mettra en couple avec Jean Carmet dans «Dupont Lajoie» (1974), tandis que Jean-Charles Tachella l’inscrira aux génériques de «Cousin Cousine» (1975), «Le pays bleu» (1976) et «L'homme de ma vie» (1992).

Jean Yanne, qu’elle avait connu tout jeune et qu’elle aimait particulièrement, lui téléphone un jour pour lui annoncer : "Je t’ai écrit une belle connerie…". C'est ainsi qu'elle chante «Jésus Tango» dans «Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil» (1972). Le fantaisiste la rappellera pour «Moi y'en a vouloir des sous» (1973). Bertrand Blier, réalisateur atypique, l'accueillera dans ses univers surréalistes avec «Notre histoire» (1984) et «Mon homme» (1995). Auparavant, elle se sera fait également remarquer dans «Le gang des otages» d'Edouard Molinaro (1972) et «Juliette et Juliette» de Rémo Forlani (1973).

Mais c’est par le truchement de la télévision que Ginette Garcin se fait connaître dans tous les foyers français avec le rôle de la Mama quelque peu envahissante d’un Gérard Rinaldi vétérinaire, dans le feuilleton à succès «Marc et Sophie» (1987-1991). Elle aura également participé à de grandes fictions comme les Maigret avec l’ami Jean Richard dans le rôle phare .Enfin, dans ces dernières années, elle aura pris un grand plaisir à camper une attachante et exubérante Mamie Jeanne, mère de la comédienne Virginie Lemoine, dans la série «Famille d’accueil» (2007)

Vient alors l’aventure du «Clan des veuves» (1990), une pièce de théâtre qu’elle a écrite après la mort de l’écrivain-journaliste Robert Beauvais (1911/1982), son unique époux et l’amour de sa vie : "Pour faire le voyage de la vie à la mort, mieux vaut mettre dans ses bagages plus de rires que de larmes". Avec ses amies Jackie Sardou et Mony Dalmes, Ginette aura partagé cette volonté de faire triompher l’optimisme grâce à cette pièce très drôle, jouée à guichets fermés à Paris et dans toute la France, avant d’être diffusée sur le petit écran.

Ginette Garcin s’en est allée le 10 juin 2010, vaincue par un cancer, alors qu’elle venait de terminer la saison de la pièce de Raphaël Mezrahi, «Monique est demandée caisse 12» (2008). Cette dame de 82 ans qui n’aimait que les fleurs blanches, exprimait un seul regret : celui de n’avoir pas eu d’enfants. Fort heureusement, elle se sera beaucoup rapprochée de sa nièce, la comédienne Marie Garcin, fille de sa sœur Jacqueline, de son neveu Thierry et de leurs enfants.

Ginette Garcin n’était peut-être pas croyante, mais malicieusement ajoutait qu’elle espérait bien retrouver “son Beauvais” au ciel. C’est sûrement fait !

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2014)
Ed.7.2.1 : 7-10-2015