Quatre “rigolottes”…

Tableau n° 26

Ginette Garcin
Odette Laure
Maryse Martin
Jackie Sardou

Voici le portrait de 4 comédiennes qui auront eu le mérite de nous faire sourire sans effort, ayant toutes les quatre quelques atouts de taille dans leur jeu : le naturel, un caractère bien trempé mais pétri de bon sens, une voix reconnaissable, une présence, le tout teinté de drôlerie.

Retrouvons donc avec bonheur “Maman Terrine”/Maryse Martin, “Ptite Poule”/Odette Laure, “la p'tite grosse”/Jackie Sardou, et “la sauterelle”/Ginette Garcin.

Toutes quatre, qui se connaissaient bien, avaient plaisir à se retrouver sur les planches, à l'écran, ou chez l'ami Jean Nohain. Elles nous ont quittés toutes les quatre mais c'est pour reformer un peu plus haut leur clan de “rigolotes”.

Prenez bien garde à vos zygomatiques !

Donatienne, février 2014
… petite poule
Odette LaureOdette Laure

Ce petit bout de bonne femme pétillante, malicieuse, à la voix de parigotte, n'a peur de rien ! Tous les surnoms qu'elle aura reçus la dépeindront mieux que tout autre patronyme : "Ptite Poule" quand elle était encore bébé, “Petite chérie” comme la baptisera Jackie SardouJackie Sardou, “Petite Chose” au cinéma, “Charlot de la chansonnette”, etc.

Odette Dhomé naît, à Paris, le 28 février 1917, au Café des Arts que tiennent ses parents. Le bébé a déjà 4 demi-frères (d'une première union de son père) et un frère, Raymond. Seule fille et petite dernière, elle est couvée et aimée. Dans ce café parental, “P'tite Poule” grandit, chantant debout sur le zinc des chansons de Mistinguett, Damia ou Fréhel. Ce sera son premier conservatoire. En 1922, la famille déménage rue des Prairies. Sa maman l'emmène au Gambetta Palace où elle découvre le 7ème art et tombe amoureuse de Ramon NovarroRamon Novarro qu’elle rencontrera un jour. En voyant le film «Le roi des rois», elle se découvre une spiritualité et se voit religieuse, missionnaire et pourquoi pas carrément sainte ? Elle gardera cette foi enfantine jusqu'à la fin de sa vie. En attendant, elle suit des cours de sténographie et joue sa première opérette, «La fille de madame Angot», lors d'une fête de fin d'année.

Dès 1936, elle participe à des crochets dès 1936 et croise André ClaveauAndré Claveau qui l’encourage, mais son père s'oppose à ce qu'elle signe un contrat, exigeant qu'elle choisisse un métier sérieux : coiffeuse et esthéticienne. Elle n'a pas 20 ans lorsqu'elle se marie avec un jeune homme qui s'avère volage : divorce s'ensuit.

Elle rencontre Béatrix DussaneBéatrix Dussane qui la voit dans le registre de la chanson et de la poésie et se retrouve chez Suzy Solidor qui la baptise très vite “Odette L'Or”. La gentille vedette rigolote naît ce jour-là. Au cabaret "Chez Tonton", elle suit les conseils de Jackie Sardou et commence à avoir du succès notamment avec des chansons amusantes écrites par Francis BlancheFrancis Blanche, comme la fameuse «Ca tourne pas rond dans ma p'tite tête» qui lui vaudra le prix de l'Académie Charles Cros. En assurant à l'Olympia la première partie du récital des Compagnons de la Chanson, elle se rapproche de Guy Bourguignon qui, de son propre aveu, sera le grand amour de sa vie, même si leur histoire se terminera sottement.

Elle est tellement sympathique que Jean Nohain la choisit pour co-animer avec toute sa bande les fameuses «36 chandelles». A cette occasion, elle se lie d'amitié avec Pierre–LouisPierre-Louis, qui deviendra plus tard son “Pilou” dans un feuilleton télévisé, «Quand on est deux» (1962).

Odette Laure fut également une actrice de théâtre («La ménagerie de verre» de Tennessee Williams lui vaudra le trophée Dussane en 1977) et d'opérettes («Véronique», etc). Dans les années 70, Jean-Laurent Cochet lui demandera d'enseigner l'art dramatique dans son cours que fréquenteront Gérard Depardieu, Fabrice Lucchini, Isabelle Hupert, Daniel Auteuil et Richard Berry.

Petite poule fait son cinéma…

Odette LaureOdette Laure

A son grand désespoir, Odette Laure ne jouera jamais les grandes séductrices amoureuses, son timbre de voix acidulé et gouailleur et son air mutin la cantonnant dans des rôles légers, coquins, de danseuses, de dames de petite vertu.

Elle débute sa carrière cinématographique dans «La Marie du port» de Marcel Carné (1949); entre deux prises de vue, Jean Gabin lui décoche "Quand on capable d’être aussi naturelle en bouffant un sandwich, tous les espoirs sont permis".

Elle enchaîne avec «Lady Paname» d'Henri Jeanson (1950), déçue de ne pas tenir le rôle de “L’Oseille ”, qui lui avait été promis. Après avoir été invitée à «La fête à Henriette» (1952), elle participe au «Grand jeu» (1953) rondement mené par Robert Siodmak. Dans «Mitsou» (1953), elle nous offre de jolies petites chansons en costume de cantinière. Bien que satisfaite, la réalisatrice Jacqueline Audry renvoie “P'tite Poule” à «L'école des cocottes» (1958) où elle formera un couple avec un drôle d'oiseau, Darry CowlDarry Cowl. Mais, malgré son talent reconnu, elle connaît une traversée du désert que la télévision viendra partiellement compenser.

Fort heureusement, Odette Laure a des amis qui se souviennent d'elle. On la retrouve ainsi dans «Le viager» de Pierre Tchernia (1971) où, épouse truculente de Michel Galabru, elle annonce à chaque réveillon : "J'ai apporté du boudin !". Dans «Moi, fleur bleue» d’Eric le Hung (1979), elle côtoie une nouvelle génération de comédiens.. «Le braconnier de Dieu», une farce un peu lourde de Jean-Pierre Darras (1982), elle forme avec Rosy Varte un duo de musiciennes en tournée.

Annick Lanoë la distribue une première fois, en mère de Marie-France Pisier, dans «Les nanas» (1984) avant de l'enrôler dans une bande de joyeuses «Mamies» (1992) parties en vadrouille, à la recherche de leur petit fils.

Changement de registre pour «Daddy nostalgie» (1990) grâce auquel Bertrand Tavernier lui offre la reconnaissance de la profession au travers d'une nomination pour le meilleur second rôle féminin aux César 1991. Lors de la présentation des candidates, elle est tout simplement oubliée par Smaïn, l’amenant à faire un petit numéro bien sympathique qui déclenche une ovation de toute la salle. Si elle n’a pas obtenu la statuette, c’est d’elle dont on se souvient.

Sur la fin de sa carrière, pour sa plus grande joies, de jeunes réalisateurs n’hésitent pas à l’employer,comme Cédric Klapish («Riens du tout», 1992) ou Alexandre Jardin («Le prof», 1999).

Odette Laure écrira ses souvenirs de façon primesautière, à l’image du titre léger comme une valse de Strauss, «Aimer rire et chanter». Le dernier compagnon de notre gentille rigolote aura été le comédien Jean ValmenceJean Valmence pour une union plutôt heureuse. Au décès de son compagnon, elle qui n’avait pris aucune disposition se verra dépossédée de ses biens par une belle-famille exigeante. Elle passera les derniers mois de sa vie dans une maison de retraite parisienne où elle tirera sa révérence le 10 juin 2004.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2014)
Ed.7.2.1 : 7-10-2015