Quatre “rigolottes”…

Tableau n° 26

Ginette Garcin
Odette Laure
Maryse Martin
Jackie Sardou

Voici le portrait de 4 comédiennes qui auront eu le mérite de nous faire sourire sans effort, ayant toutes les quatre quelques atouts de taille dans leur jeu : le naturel, un caractère bien trempé mais pétri de bon sens, une voix reconnaissable, une présence, le tout teinté de drôlerie.

Retrouvons donc avec bonheur “Maman Terrine”/Maryse Martin, “Ptite Poule”/Odette Laure, “la p'tite grosse”/Jackie Sardou, et “la sauterelle”/Ginette Garcin.

Toutes quatre, qui se connaissaient bien, avaient plaisir à se retrouver sur les planches, à l'écran, ou chez l'ami Jean Nohain. Elles nous ont quittés toutes les quatre mais c'est pour reformer un peu plus haut leur clan de “rigolotes”.

Prenez bien garde à vos zygomatiques !

Donatienne, février 2014
… P'tite Mimi
Maryse MartinMaryse Martin

Née à Paris le 14 décembre 1906, Marie Bourintein passe ses jeunes années dans une petite commune du Morvan, Amazy, non loin de Clamecy. Ses parents, Victor et Amandine, entourent d’affection cette fillette qui, pendant la fatale maladie de sa maman, va se transformer en ménagère, infirmière et consolatrice de son père; cette douloureuse épreuve marquera son caractère de façon indélébile. Avec une dispense, à 12 ans, elle décroche le certificat d’études, et obtient une bourse pour ses études secondaires, envisageant l’entrée à l’Ecole Normale des Instituteurs. En pension à Clamecy ,elle fait rire toutes les élèves, racontant de son accent morvandiau noces, battages et foires qui ont bercé son enfance.

Pendant une saison de ses vacances, une troupe de comédiens fait étape à Amaz. Séduite, la jeune fille qu’elle est devenue veut bientôt devenir comédienne. Alors qu'elle doit se rendre au concours d’entrée à l’école normale à Châlons sur Marne, elle s’arrête à Paris, court applaudir Mary Marquet à la Comédie Française et décide une fois pour toutes de son avenir. Pour rassurer son papa inquiet, tout en gardant son rêve en tête, elle réussit le concours des postes et se retrouve opératrice à Vendôme. Lors d’un retour au pays, au cours d’une fête, elle danse avec Henri Bromont, "le plus beau gars du bal", ébéniste de métier. Henri deviendra son mari et le père de leurs deux enfants, Monique et Pierre. Le couple s’installe à Paris, où Marie s’est fait muter et loge au dessus du café "Les Batifols" où, le soir elle chante de manière amusante des succès de Maurice Chevalier et Lucienne Boyer. Sur les conseils de ses partenaires, elle décide alors de devenir Maryse Max.

En 1937, Maryse décroche son premier passage à la radio. Roger Ferral lui conseille de garder son accent du terroir et de renoncer à ce nom de Max, trop citadin : Maryse Martin naît ce jour là. Avec fierté, elle portera haut et fort les couleurs de sa région, et chantera «O mon Morvan !» et «La Morvandelle» avec ferveur.

Durant les années de guerre, Henri étant mobilisé comme infirmier, Maryse demeure à Paris où elle se produit dans les hôpitaux militaires. A la libération, Ded Rysel la transforme en Marie Piédalu dans le feuilleton radiophonique quotidien «Mon village». Revenant souvent au pays, elle y fait la connaissance du jeune député François Mitterand. Elle travaille avec Jean Nohain pour sa célèbre émission «Reine d’un jour» et apparaît dans sa première émission télévisée, accompagnée au piano par Darry Cowl. On peut également l’applaudir aux "Trois Baudets" et au "Caveau de la République".

Au début des années 50, Maryse Martin est devenue une grande vedette populaire. Elle chante pour les coureurs du tour de France, côtoie les artistes plus célèbres, est invitée au Festival de Cannes 1958. Ses spectacles se donnent à guichets fermés. Dans toute la France, des salles entières croûlent de rire sous ses réparties humoristiques et pleines de bon sens et le président René Coty en personne fait partie de ses admirateurs.

Le cinéma de Maman Terrine…

Maryse MartinMaryse Martin

Maryse Martin apparaît pour la première fois à l'écran dans «Les casse-pieds» (1948), aux côtés de Noël–NoëlNoël-Noël, avec qui elle partage la même malice bon enfant. C’est le début d’une série pittoresque d’emplois teintés d’humour, de spontanéité, de caractère et surtout de bon sens. On la retrouve ainsi successivement, concierge, nounou, cuisinière, vendeuse, fermière, garde-barrière, aubergiste, serveuse ! Elle n'occupera jamais les premier rôles mais, tout comme tant de nos excellents “seconds couteaux”, ne passera pas pour autant inaperçue.

Dans «Nous irons à Paris» (1949), elle devient l’inoubliable Maman Terrine d’Henri Genèshenri Genès, Philippe Lemaire et Christian Duvaleix, animateurs d’une radio clandestine dont elle tient la rubrique du franc-parler, un rôle sur mesure. Elle donne ensuite la réplique à Michel SimonMichel Simon, dans «La joyeuse prison» (1956). Jean Gourgnet la choisira pour six de ses réalisations dont «La P… sentimentale» (1958) avec Pierre Larquey, rencontré déjà sur le générique du «Curé de Saint-Amour» (1952).

Elle incarne une joyeuse future maman, dans «Les enfants de l’amour» (1953) où elle donne la réplique à Jean-Claude Pascal. Sa personnalité est telle que le réalisateur n’hésitera pas à lui laisser le dernier mot de cette histoire mélo-dramatique et, ma foi, bien humaine. «Le magot de Josepha» lui permet de rencontrer Bourvil qu’elle intronise morvandiau d’honneur par amitié ! C’est en nourrice du mystérieux «Chevalier d’Eon» qu'on la reconnaît dans le film éponyme de Jacqueline Audry. Toujours affublée de patronymes impossibles, elle personnifie Madame Alouette, une concierge bienveillante envers «Mitsou» (1956) à laquelle Danièle DelormeDanièle Delorme prête ses charmes.

Toujours en 1956, au long de «La route joyeuse», elle est dirigée par Gene Kelly qui avoue avoir aimé sa bonne humeur communicative. Nous nous souvenons aussi de la truculente cuisinière aimant bien boire un p’tit coup, au grand dam du très stylé Jean Gabin qui, sur le plateau de «Monsieur»(1964), confiera : "Elle est marrante, cette bonne femme là !". Quelques années plus tard, garde-barrière, entre San Antonio (Gérard BarrayGérard Barray) et Bérurier (Jean RichardJean Richard), elle délivre des savants kidnappés dans «Sale temps pour les mouches».

Présente également à la télévision, nous la revimes dans la série des «Claudine», «L’esprit de famille», «Bleu blanc rouge», «Le jeune Fabre», tandis que Jean Le Poulain en fit une Tante Anna inoubliable avec la pièce de boulevard «Au théâtre ce soir : les doux dingues».

Très "famille", Maryse Martin sut privilégier sa vie de couple et de maman. Elle eut le plaisir de connaître ses deux petites filles, Isabelle et Marie-Sophie. Loin des honneurs les plus recherchés, sa plus grande fierté fut d’avoir été honorée de la croix du Mérite Agricole. En 1978, elle nous régala d'un livre de souvenir bien plaisant, «Mes sabots dans la ville». Six ans plus tard, le 18 mai 1984, elle quittait son appartement parisien rue de la Roquette pour reposer définitivement à Amazy, auprès de son époux et de ses parents.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2014)
Ed.7.2.1 : 7-10-2015