Quatre “rigolottes”…

Tableau n° 26

Ginette Garcin
Odette Laure
Maryse Martin
Jackie Sardou

Voici le portrait de 4 comédiennes qui auront eu le mérite de nous faire sourire sans effort, ayant toutes les quatre quelques atouts de taille dans leur jeu : le naturel, un caractère bien trempé mais pétri de bon sens, une voix reconnaissable, une présence, le tout teinté de drôlerie.

Retrouvons donc avec bonheur “Maman Terrine”/Maryse Martin, “Ptite Poule”/Odette Laure, “la p'tite grosse”/Jackie Sardou, et “la sauterelle”/Ginette Garcin.

Toutes quatre, qui se connaissaient bien, avaient plaisir à se retrouver sur les planches, à l'écran, ou chez l'ami Jean Nohain. Elles nous ont quittés toutes les quatre mais c'est pour reformer un peu plus haut leur clan de “rigolotes”.

Prenez bien garde à vos zygomatiques !

Donatienne, février 2014
… la p'tite grosse
Jackie Rollin-SardouJackie Rollin-Sardou

Le 7 avril 1919 naît dans une mansarde des Concerts Mayol parisiens, une minuscule petite fille qui sera déclarée Jacqueline Labbé du nom de sa maman, Andrée, une danseuse de la troupe que tout le monde appelle “Bagatelle”, le père demeurant inconnu. Ainsi, la petite Jackie grandit dans les coulisses du théâtre. A 6 ans, elle est placée dans une pension religieuse pendant quelques années. Son parrain, un vieux monsieur farfelu, invente un nouveau modèle de plaque de cuisson dont sa filleule, encore gamine, assure la promotion dans les foires en haranguant la foule !

Une fois le fameux certificat d’études obtenu à l’école de la rue Ferdinand, Jackie tente tant bien que mal de suivre les cours nécessaires à l'obtention du brevet d'études. Mais, quelques semaines avant l’examen, “Bagatelle” décroche un contrat pour une opérette pour quelques représentations à Nice (1934). Une des danseuses manquant à l’appel, M. Rollin, le directeur de la troupe, engage Jackie qui traîne dans les coulisses. La jeune fille se retrouve sur la Côte d'Azur, tirant un trait définitif sur ce diplôme qui ne la tentait pas vraiment.

Jackie assure son contrat en s’appliquant dans ses entrechats, quand la jeune première chanteuse tombe malade L'adolescente, qui a assisté à toutes les répétitions depuis les coulisses, ose affirmer : "Moi, je sais tout le rôle !". Convaincu après l'avoir auditionné, Rollin lui donne sa chance. Le jeune premier qui, à 25 ans, draîne tous les coeurs, n’est pas du tout à l’aise dans les scènes d’amour avec ce petit bout de bonne femme de 16 ans qui n’en paraît que 14. De son côté, la jeune artiste est bien trop concentrée sur son rôle pour tomber amoureuse de Fernand SardouFernand Sardou !

En 1938, de retour à Paris, Jackie emprunte à son directeur, devenu son protecteur et son compagnon malgré les 30 années qui les séparent, le nom de Rollin. Mais maman est furieuse, qui rêvait pour sa fille de la profession honorable qu’elle n’avait jamais pu avoir : fonctionnaire des postes ! L'affaire s'envenime jusqu’à amener notre jeune vedette à une tentative de suicide qui aura des conséquences sur son métabolisme et sera la cause de sa prise de poids.

Ayant remonté la pente, Jackie se retrouve à Luna Park, un boa autour du cou, avant de se produire dans des cabarets un peu glauques. Heureusement, Rollin lui dégôte de temps en temps un rôle dans une opérette («Un de la Canebière» en 1937, etc).

Au tournant des années 40, Rollin tombe gravement malade. Le 14 juillet 1939, Jackie se promène toute seule sur les boulevards; elle parvient jusqu’à la terrasse du café des Batifol où elle reconnaît Fernand Sardou, le jeune premier de ses 16 ans. Ils vont valser, se sourire et se confier ; l'attirance est mutuelle mais la séparation est immédiate. Ils finiront par se retrouver après la guerre et la mort de Rollin.

La France libérée, Jackie épouse Fernand Sardou à la mairie du XVIIIe, le 7 juillet 1945. Bientôt, le couple attend l’arrivée d’un enfant, Michel (1947), qu'il est inutile de présenter davantage. La maman décroche quelques rôles au théâtre comme dans «Baratin» (1949) aux côtés de Roger Nicolas, ou «Hier contre aujourd’hui» de Robert Beauvais, débutant ainsi une belle carrière sur les planches. Durant quatre décennies, elle aura l’opportunité de servir de grands auteurs comme Molière, Colette, Sacha Guitry, Jules Romain, André Roussin… jusqu'à son amie Ginette GarcinGinette Garcin qui l'enrôlera dans son fameux «Clan des veuves» (1990).

“La ptite grosse” au cinéma…

Jackie Rollin-SardouJackie Rollin-Sardou

Jackie Rollin-Sardou apparaît pour la première fois à l'écran, tenant un petit rôle de fleuriste, dans «Si ça peut vous faire plaisir» (1948) : ça nous l'a fait !

Femme au tempérament bien affirmé, au franc parler et à la gouaille parigote, elle campera au cinéma une série de personnages typiques, simples et drôles, prenant la succession d’une autre comédienne attachante, Georgette AnysGeorgette Anys. Assumant souvent les fonctions de concierge («Leur dernière nuit » en 1953, «Je suis un sentimental» en 1955, «La vérité» de Clouzot en 1960, «La vengeance du serpent à plumes» en 1984), de commerçante, de domestique («La rue sans loi» en 1950) ou de maman-poule, elle montrera sa personnalité et saura remettre en place ceux qui auront tendance à se moquer d’elle ; “la p'tite grosse” fermera le bec à plus d’un, à la ville comme à l’écran !

C’est en chemise et en prison que nous la retrouvons, face à Daniele Delorme, dans «Prisons de femmes» (1958). Auparavant, «Le printemps, l’automne et l’amour» (1955) ne nous l'aura laissé apercevoir qu'un court instant dans un rôle difficile pour elle, puisque muet ! Moins surprenant est son incarnation de la fameuse Berthe Bérurier dans le «Béru et ses dames» de Guy Lefranc (1968) où elle rivalise de truculence avec son Jean RichardJean Richard de mari ! On se souvient aussi de cette femme bouleversée par la jaunisse de son époux tapissier dans «Le mur de l’Atlantique» (1970) et de la fameuse mère Crouzy dans «On a retrouvé la septième compagnie» (1975) de Robert Lamoureux.

Si ce n'est pas sans fierté, bien qu'en toute modestie, qu'elle se souviendra avoir personnifié la mère de Jerry Lewis “himself” dans la farce de Philippe Clair «Par où t’es rentré… On t’a pas vu sortir» (1984), on l'aura davantage appréciée dans «Les mamies» (1992), son dernier film, où elle paratagea la vedette avec quatre autres actrices de sa génération, sinon de sa trempe.

Egalement présente sur la petite lucarne familiale, Jackie Sardou participa à des séries très populaires comme «Les 5 dernières minutes», «L’inspecteur Leclerc», «Les folies Offenbach» ou «Les saintes chéries», ainsi que dans quelques déclinaisons de l'inévitable «Au théâtre ce soir».

Après avoir publié un recueil de souvenirs («Hé! la p'tite grosse !» , 1987), Jackie Rollin-Sardou nous a quittés le 2 avril 1998 pour rejoindre son Fernand, avec qui elle avait renouvelé ses vœux de mariage en passant à l’église de Cabries le 7 juillet 1969. Grand-parents affectueux pour leurs quatre petits enfants, ils doivent être ravis de voir, de leur dernière demeure, que plusieurs d'entre eux sont aujourd'hui “dans le métier”.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (février 2014)
Ed.7.2.1 : 7-10-2015