Le petit monde de Marcel Pagnol (III)

Tableau n° 30

Robert Bassac
Gabriel Gabrio
Georges Grey
Charles Moulin

Tout au lond de sa carrière, Marcel Pagnol nous a raconté de belles histoires pleines de chaleur humaine et enrichies de personnages aux noms pittoresques et aux trajets extraordinaires.

Si Robert Bassac (l'étudiant rougissant aux pieds de Fanny dans «César») fut un membre à part entière de la fameuse “bande à Pagnol«, Gabriel Gabrio (le Panturle amoureux d'Arsule dans «Regain»), Georges Grey (le fiancé disparu de «La fille du puisatier») et Charles Moulin (le séducteur de «La femme du boulanger») n'auront été qu'une seule fois les porteurs de costumes du maître d'Aubagne.

Il n'en méritent pas moins de compléter ce troisième volet du petit monde de Marcel Pagnol…

Donatienne, juillet 2015
… l'intellectuel de la bande
Prenom_NomRobert Bassac

Le 29 janvier 1910 naît à Nice Robert Bassac. Ses parents, Emmanuel, mécanicien, et Catherine ont déjà deux garçons, Pierre et Jean.

Robert grandit dans sa ville natale et c'est vers le journalisme qu'il se dirige. Il ne quitte pas le sud de la France et travaille au "Petit Marseillais", célèbre quotidien phocéen. Mais l'envie de jouer sur scène le taraude. C'est décidé, il abandonne la plume et s'inscrit au conservatoire de Nice, où il décroche deux premiers prix de diction et d'art dramatique.

Au cours d'une réception niçoise, il déclame deux poèmes, «Les elfes» et «Dandolo», d'Ernest Legouvé. Le célèbre acteur René Alexandre est présent. Le lendemain, il lui confie un rôle dans «La robe rouge», la pièce qu'il présente au casino. Robert décroche ainsi son premier succès public. Dans la foulée, il part en tournée avec des acteurs confirmés comme Constant Rémy et l'épouse de René Alexandre, Gabrielle Robinne.

Le théâtre l'accapare et il se plaît dans des rôles de composition, vieillissant avec bonheur sa silhouette juvénile pour incarner Don Diègue dans le «Le Cid» ou Metternich dans «L'aiglon».Il acquiert des qualités de naturel auprès de ses maîtres Maurice Luguet (le père d'André) et l'ex-doyen du français Esposito, mais aussi grâce à sa marraine de théâtre, Françoise Rosay.

C'est en le voyant interpréter le maître chanteur de «Topaze» au théâtre du gymnase de Marseille que Marcel Pagnol le découvre et voit en lui son Dromart, jeune étudiant timide et rougissant face à Fanny, la mère de son copain Cesariot, dans «César» (1936) . Le maître d'Aubagne apprécie son talent inné et l'enrôle dans la bande farceuse prête à mystifier «Le schpountz», alias Fernandel (1938.)

Au générique de «Regain», il est annoncé dans le rôle du percepteur, personnage figurant dans le livre de Marcel Pagnol. Il est probable que la scène où il apparaissait ait été coupée au montage. Dans «La femme du boulanger» (1938), aux côtés de Raimu, Ginette Leclerc et Robert Vattier, il tient le rôle conséquent de l'instituteur du village et l'on se souvient de son ahurissante et malicieuse déclaration d'amour non sincère sous le balcon de l'effarouchée et prude Maximilienne.

Dans «Forfaiture» de Marcel L'herbier (1937), il apparaît dans un rôle de comptable que de nombreuses filmographies passent sous silence, tandis que «Fort Dolores» de René le Hénaff (1939) lui fait retrouver le cocufieur Charles Moulin.

Il tient ses deux derniers rôles dans «Monsieur Brotonneau» (1939), où il retrouve Raimu et Robert Vattier, et dans «Courrier d'Asie» (1939), un film à la gloire d'Air-France, tourné sur la ligne aérienne Marseille-Hanoï. Il avait signé pour être au générique de «Terre d'Afrique», projet englouti par les événements. Par ailleurs Robert a participé à plus de 300 pièces radiophoniques.

Mort pour la France…

Prenom_NomRobert Bassac

Lorsqu' en 1939, la guerre éclate, Robert, comme tout un chacun, est mobilisé. Dans les casernes, il anime des soirées en récitant, chantant et jouant. Mais, tenant à servir son pays, il se porte volontaire pour le front.

Le 8 juin 1940, à Erquinvilliers, parti à motocyclette pour une mission périlleuse, il tombe sous le feu des mitrailleuses ennemies et meurt en héros dans les bras de son aumônier (cf.«Carnet du patriote»). Il n'avait que 30 ans. Décoré à titre posthume de la croix de guerre, il repose désormais à Vallauris. Contrairement à ce que l'on évoque souvent à propos de Charpin, c'est bien Robert Bassac qui fut le premier membre de la joyeuse bande de Marcel Pagnol. à disparaître. Quelques années après l'armistice, préparant son «Manon des Sources», le maître provençal le citera dans une lettre adressée à Robert Vattier : "Nous tournerons de notre mieux en souvenir du Grand Jules, de Maupi, de Charpin, de Dullac, d'Alida, de Charblay, de Bassac qui auraient été avec nous et qui y seront peut-être".

Sources…

Nous adressons nos remerciements à Mme Françoise Starzomski, née Bassac, fille de Pierre et nièce de Robert, ainsi qu'à M. Jean-François Sudrie qui ont mis à notre disposition quelques photographies utilisées dans cette page.

Pour le reste, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne, juin 2015
Ed.7.2.1 : 30-6-2015