Le petit monde de Marcel Pagnol (III)

Tableau n° 30

Robert Bassac
Gabriel Gabrio
Georges Grey
Charles Moulin

Tout au lond de sa carrière, Marcel Pagnol nous a raconté de belles histoires pleines de chaleur humaine et enrichies de personnages aux noms pittoresques et aux trajets extraordinaires.

Si Robert Bassac (l'étudiant rougissant aux pieds de Fanny dans «César») fut un membre à part entière de la fameuse “bande à Pagnol«, Gabriel Gabrio (le Panturle amoureux d'Arsule dans «Regain»), Georges Grey (le fiancé disparu de «La fille du puisatier») et Charles Moulin (le séducteur de «La femme du boulanger») n'auront été qu'une seule fois les porteurs de costumes du maître d'Aubagne.

Il n'en méritent pas moins de compléter ce troisième volet du petit monde de Marcel Pagnol…

Donatienne, juillet 2015
… un jeune premier chez Guitry
Georges GreyGeorges Grey

Georges Jean Joseph Gacon, que nous connaîtrons sous le pseudonyme de Georges Grey, naît à Lyon le 19 janvier 1911.

Fils d'un soyeux de la capitale des Gaules, Georges Grey poursuivit de brillantes études qui débouchèrent sur un diplôme d'ingénieur. Il entre alors à l'école de Saumur et, cavalier émérite, devient pour un temps gardien de but de l'équipe de France de hockey sur gazon. Mais, las des pirouettes équestres, il range ses éperons pour s'installer à Paris, avec une recommandation auprès de Maurice EscandeMaurice Escande. Il confie sa photographie aux bons soins du concierge des studios de Billancourt, à l'intention de Sacha GuitrySacha Guitry qui ne mettra pas son mouchoir dessus. Pris en mains par la grande Cécile Sorel, il débute sur une scène bruxelloise avant d'entamer une carrière au cinéma dans «Cinderella» de Pierre Caron (1937).

D'emblée, il présente toutes les caractéristiques du “jeune premier” qui fait rêver les demoiselles de l'époque. A ce titre, Sacha Guitry lui offre son premier rôle costumé sur la grande toile, celui d'un jeune Hongrois dans «Les perles de la couronne». Son allure svelte, son charmant sourire, font qu'on le remarque dans ce petit rôle sans trop d'importance.

Il tournera encore à 6 reprises sous la houlette du maître de la scène. Dans «Quadrille», il campe avec un malicieux accent d'Outre Atlantique le sémillant Karl Herickson qui joue les séducteurs tour à tour auprès de Gaby Morlay et de Jacqueline Delubac, sous les yeux de son mentor, l'affaire se terminant par un double mariage. Dans la foulée, si j'ose dire, le metteur en défilé lui fait remonter «… les Champs-Elysées», l'annoblissant en prince de Joinville, fils du roi Louis-Philippe, dans sa grande fresque historique de 1938.

Un an plus tard, le célèbre auteur monte une organisation de mariages blancs pour des dames voulant obtenir rapidement la nationalité française ! Pour ce faire, il recrute «… 9 célibataires » qui viennent nous raconter leurs expériences respectives. Au milieu de ces barbons, il fallait un beau jeune homme portant merveilleusement l'habit : c'est ainsi que Georges Grey épousera Geneviève Guitry devant son mari de l'époque, à défaut de Monsieur le maire.

Toujours avec Guitry, l'acteur deviendra, quelques années plus tard, maréchal d'empire, en la personne de Junot, dans «Le fabuleux destin de Désirée Clary» (1941), retrouvant avec beaucoup de bonheur la toujours verte Gaby Morlay. Après avoir fait le comédien, dans «Le comédien» (1947), il servira une dernière fois à l'écran envers «Le diable boiteux» (1948) dans l'évocation historique éponyme, sous l'uniforme du général Armand Augustin Louis de Caulaincourt, missionné par le redoutable Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

… et ailleurs

Georges GreyGeorges Grey

En 1940, infidèle, Georges Grey apparaît dans «Chambre 13», le premier film tourné sous l'Occupation dans les studios de Marseille, à savoir en zone libre. La même année, dans «Le collier de chanvre» de Léon Mathot, il tient le rôle du Capitaine Lake. Toujours en 1940, il rencontre Fernandel en la personne de «Monsieur Hector», les deux hommes aux rapports de maître-valet se risquant aux jeux de l'amour et du hasard imaginés par Marivaux, dont l'intrigue aura été décelée par les plus avertis des ciné-spectateurs sous cette libre adaptation concoctée sans vergogne par Maurice Cammage.

En mai 1940, Marcel Pagnol entreprend le tournage d'un scénario écrit un an auparavant. Il confie à Georges Grey le rôle de Jacques Mazel, bel officier d'aviation qui séduit Patricia (Josette Day), «La fille du puisatier» (Raimu). Il en fait le fils de Charpin et de Line Noro qui retrouve Fernandel en futur beau-frère. Véritable instantané de cette période si incertaine, après une interruption due à l'invasion allemande, le film – revu et corrigé en tenant compte de l'actualité – rencontre un succès considérable et Georges conforte définitivement son image de prince charmant dans tous les cœurs féminins.

Deux ans plus tard, nous retrouvons notre héros étudiant la médecine auprès d'une autre «Patricia» (1942), empruntant les traits de Louise Carletti. 1942, C'est aussi l'année du mélodrame de Jean Stelli, «Le voile bleu», admirablement porté par Gaby Morlay, nourrice de coeur auprès d'une succession de petits gamins qui se réuniront tous, au soir de sa vie, sous l'initiative de l'un d'entre, le médecin qu'est finalement devenu Georges Grey (c'est logique !).

Sous les caméras de Richard Pottier se réunissent ensuite «Huit hommes dans un château» (1942), sur fond de captation d'héritage et de mystère ; parmi eux, Georges campe un acteur qui épouse l'héritière, une fin heureuse dans une histoire sans consistance. Sous le nom chantant de Mandolino, le voilà partenaire du spirituel Noël-Noël dans «Adémaï, bandit d'honneur», une histoire corse mitonnée par Gilles Grangier.

Georges Grey termine son parcours cinématographique par une composition dans «La ferme des 7 péchés» de Jean Devaivre (1948) et une apparition plus discrète dans l'entourage du «Colonel Durand» de René Chanas (1948). Parallèlement, il se sera montré sur la scène de quelques théâtres parisiens, terminant sa carrière chez Guitry pour une ultime représentation de «Quadrille» au théâtre des Célestins (1949).

De cette date jusqu'au 2 avril 1954, jour de sa disparition, plus rien, sinon la maladie… Car Georges Grey nous a quittés prématurément à l'issue d'une tuberculose aggravée, malgré les découvertes d'après guerre qui permettaient d'enrayer cette terrible affection. Il s'est éteint à Passy dans un sanatorium de Haute-Savoie à l'âge de 43 ans et nous avons été privés de ses rôles dans les trois grandes fresques de Guitry des années 50 dans lesquelles nous ne doutons pas que le maître l'aurait employé. Il nous reste le souvenir d'un comédien charmant, éternellement jeune

Sources…

Documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne, juillet 2015
Ed.7.2.1 : 3-7-2015