Mamie gâteau ou Tatie Danielle ?

Tableau n° 31

Germaine Delbat
Hélène Dieudonné
Gabrielle Fontan
Andrée Tainsy

Elles ont incarné toutes les quatre des bonnes, des concierges, des vieilles dames, des infirmières, des gouvernantes, des cuisinières, et même des bonnes sœurs.

Petites mamies douces ou à fort tempérament, malicieuses ou indulgentes, mamies gâteaux ou Taties Danielle, elles ont indéniablement marqué nos esprits.

La douce Germaine Delbat, révélée par la pièce et le film «Oscar», la versatile Hélène Dieudonné, mamie d'«Une ravissante idiote», l'acariâtre Gabrielle Fontan, Marie Tatin dans l'entourage du commisssaire Maigret et la discrète Andrée Tainsy que Bertrand Tavernier utilisa si souvent à bon escient, nous auront tout à tour rappelé nos propres grands-mères…

Donatienne, janvier 2016
… une vieille demoiselle distinguée
Germaine DelbatGermaine Delbat

C'est dans une famille érudite et aisée que naît, le 24 mars 1904 à Courbevoie, la petite Germaine Marie Fuster.

Elle reçoit une éducation de bon aloi prodiguée par ses parents, professeur au Collège de France et directrice de l'Ecole Normale Supérieure. Elle termine ainsi d'excellentes études secondaires, laissant présager pour elle un avenir des plus “sérieux”.

La jeune Germaine a une passion : le théâtre ! Malgré les fortes réticences familiales, elle s'inscrit aux cours de Charles Dullin au théâtre de l'Atelier, où elle côtoie des partenaires inspirés comme Edmond Beauchamp. Par la suite, elle étudiera au cours de René Simon.

Dès 1944, elle aborde tout naturellement une carrière de comédienne en servant des auteurs aussi différents que Corneille, Jean Giraudoux, André Chamson, Marcel Aymé, Paul Claudel, André Roussin et Alexandre Dumas, ne tardant pas à se faire connaître du public sous le nom de Delbat.

Toutefois, sortant du répertoire classique, elle crée sur scène le personnage de la prude Charlotte dans «Oscar», une pièce de Magnier (1955) dans laquelle elle apparaît aux côtés de Pierre Mondy, rôle qu'elle reprendra sur scène en 1971 face un Louis de Funes survolté, après l'avoir tenu dans le film éponyme tiré de ce grand succès de théâtre par Edouard Molinaro (1967)…

Germaine fait son cinéma…

Germaine DelbatGermaine Delbat

Germaine Delbat, il faut bien le dire, n'a pas le physique d'une jeune première. Tout comme Madeleine Barbulée, on ne lui confiera jamais des emplois d'ingénues ou de jeunes filles en fleur ! Très tôt, la voila consignée dans des rôles de service, de labeur et de devoir : concierge, paysanne servante, gouvernante, infirmière, paroissienne, secrétaire, etc. Très vite, elle sera “vieille demoiselle distinguée”, ou encore affectueuse “grand-mère”. Mais l'emploi qu'elle aura le plus tenu sera celui de religieuse. Son expression sérieuse et douce à la fois, son sourire timide et indulgent y auront certainement été pour quelque chose.

On la voit pour la première fois sur la grande toile, en 1949 dans «Les dieux du dimanche» où elle campe – déjà – la mère du sportif Marc Cassot. Elle enchaîne aux côtés de «L'étrange Madame X» que Michèle Morgan incarne pour Jean Grémillon (1950).

Après avoir joué la pièce au théâtre, elle figure dans «La dame aux camélias» (1952), en épouse de Maître Jean Brochard. Madame Sauce de «Marie-Antoinette reine de France» sous la houlette Jean Delannoy (1955), on l'aperçoit, paroissienne fugitive, sur le parvis de «Notre Dame de Paris» (1956), dirigée par le même réalisateur. Elle partage les génériques de «Toute la ville accuse» (1955) , et de «Chaque jour a son secret» (1958), deux productions signées Claude Boissol, avec ni plus ni moins que Jean Marais, alors au fort de sa carrière cinématographique. Infirmière, elle se veut rassurante auprès de «Mitsou» (Danièle Delorme) quant a la santé du beau lieutenant dont celle-ci est amoureuse (François Guérin). Secrétaire stylée, elle fait une brève apparition dans «La châtelaine du Liban» de Richard Pottier (1956) aux côtés de Jean Claude Pascal et du tout jeune Omar Sharif. En 1961, elle participe à la confection d'une «Fanny» recuisinée à la sauce de l'Oncle Sam par Joshua Logan où, face à Maurice Chevalier et Charles Boyer, elle représente brièvement la branche aînée des Panisse aux côtés de Victor Francen.

Maman au cinéma, sinon à la ville, elle aura eu des enfants célèbres, comme Robert Hossein dans «Prêtres interdits» (Denys de la Patellière, 1973), Anouk Ferjac dans «Le vieux pays où Rimbaud est mort» (Jean-Pierre lefebvre, 1977), Michel Serrault dans «La gueule de l'autre» (Pierre Tchernia, 1979), Michel Robin dans «L'hôtel de la plage» (Michel Lang, 1977) et enfin Jean Carmet dans «Les deux crocodiles» (Joël Séria, 1987) pour son dernier film.

Germaine Delbat sera très souvent invitée sur notre petit écran familial, pour des séries policières, participant aux enquêtes des inspecteurs Bourrel, Leclerc ou Maigret, apparaissant dans des fictions de qualité comme «Vipère au poing» (1971) d'après Hervé Bazin, «Splendeur et misère des courtisanes» (1977) où elle revêt une fois de plus de sa robe de religieuse déjà bien frippée, dans «Tartuffe ou l'imposteur» (1980) où elle incarne Mme Pernelle, dans «Sans famille» d'après l'oeuvre d'Hector Malot (1981), dans «Les grives aux loups» (1984) où elle campe une Mémé Viahle affectueuse, épouse de Pierre Nougaro et mère d'un remarquable Maurice Barrier, dans «Marie Besnard» (1986), la non-empoissonneuse remarquablement personnifiée par une Alice Sapritch sombre à souhait.

Veuve du publiciste Pierre Chayrou, épousé en 1933, Germaine Delbat décède à Paris le 24 avril 1988 et repose depuis au cimetière de Bourron-Marlotte (Seine et Marne).

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2016)
Ed.7.2.1 : 27-1-2016