Mamie gâteau ou Tatie Danielle ?

Tableau n° 31

Germaine Delbat
Hélène Dieudonné
Gabrielle Fontan
Andrée Tainsy

Elles ont incarné toutes les quatre des bonnes, des concierges, des vieilles dames, des infirmières, des gouvernantes, des cuisinières, et même des bonnes sœurs.

Petites mamies douces ou à fort tempérament, malicieuses ou indulgentes, mamies gâteaux ou Taties Danielle, elles ont indéniablement marqué nos esprits.

La douce Germaine Delbat, révélée par la pièce et le film «Oscar», la versatile Hélène Dieudonné, mamie d'«Une ravissante idiote», l'acariâtre Gabrielle Fontan, Marie Tatin dans l'entourage du commisssaire Maigret et la discrète Andrée Tainsy que Bertrand Tavernier utilisa si souvent à bon escient, nous auront tout à tour rappelé nos propres grands-mères…

Donatienne, janvier 2016
… euh… Mamie Danielle !
Hélène DieudonnéHélène Dieudonné

La veille de Noël 1887, à Paris, une future maman, Sophie de Schoulguina, assiste à une représentation où son compagnon Alphonse, célèbre sociétaire de la Comédie Française, et que l'on appelle "le grand Dieudonné", donne la réplique à la non moins grande Réjane… Emotionnée, elle a juste le temps de rentrer à la maison, au 13 bis, rue des Mathurins, pour donner naissance à une petite fille qu'elle nomme Hélène. Bien que vivant au sein du couple parental, la petite fille ne sera reconnue officiellement par son père que 29 ans plus tard.

La fillette tombe ainsi  dans “la marmite du théâtre” très tôt.  A 10 ans, dans «La belle au bois dormant», elle entre dans le costume de la gracieuse princesse. Son prince charmant ? c'est tout simplement sa marraine, la célèbre Sarah Bernhardt, grande amie de ses parents, qui adroitement grimée ne paraît pas trop ses 53 printemps !

La petite fille grandit au milieu des grands acteurs du Français comme Mounet Sully ou encore Réjane…Elle découvre aussi le cinéma des frères Lumière, ne se doutant pas qu'un jour elle apparaîtra sur un écran.

Après avoir fréquenté l'école, Hélène entre au conservatoire, en même temps qu'une certaine Françoise Rosay qui, elle aussi, fera son chemin, dans la classe de Paul Mounet. Elle n'y restera qu'un an car on lui apporte sur un plateau un rôle qu'elle jouera environ 3 400 fois en 14 ans, à Paris, en France et à l'étranger : «Le mariage de Mademoiselle Beulemans». Hélène Dieudonné sera avant tout une comédienne de théâtre et on la reverra dans de grands succès dont nous retiendrons «Les portes claquent», «Arsenic et vieilles dentelles» ou encore «Le paria». Elle se produira ainsi sur de nombreuses scènes jusqu'en 1965 où elle servira Pirandello dans «Liola».

Le théâtre, le théâtre, et le théâtre, cela semble être toute sa vie…

Hélène fait son cinéma…

Hélène DieudonnéHélène Dieudonné

Lorsque, curieusement, voilà que le 7ème art remarque cette dame qui a déjà 65 ans, au visage agréable, malicieux et doux, dotée d'une petite voix de grand-mère telle que l'on a envie d'en avoir tous. Certains cinéphiles et quelques partenaires me révéleront pourtant que c'était plutôt une personne de très fort tempérament, pas toujours facile sur les tournages… Mais les gens sont parfois méchants…

Hélène commence alors une seconde carrière dès 1959 qui s'étalera sur près de 40 longs métrages. Certes, son nom ne s'inscrira pas en haut de l'affiche, mais elle sera religieuse, grand-mère, servante, concierge, mendiante, et le spectateur ne pourra que la repérer… Toujours coquette, très souvent avec un petit chapeau suranné, un ruban autour du cou, et un sac à main, elle se promène de film en film, revêtant tout de même parfois un tablier, une cornette de bonne sœur, ou plus rarement une robe de marquise.

Ses débuts sur les grands écrans sont fracassants, même si elle ne tient que des rôles secondaires : quatre pour l'année 1959 : «Le travail c'est la santé» ; une comédie de Louis Grospierre avec Raymond Devos ; «Les portes claquent» où elle reprend le rôle de grand-mère qu'elle aura tenu sur les planches parisiennes ; «La main chaude», le premier film réalisé par Gérard Oury et qui sera un échec commercial ; «Recours en grâce» avec de grands noms comme Raf Vallone, Emmanuelle Riva et Annie Girardot.

Dans «Le dialogue des carmélites» (1959), elle devient Soeur Jeanne de la Divine Enfance, une parmi toutes les religieuses qui finiront sur l'échafaud,. Elle reprendra le même costume, dans un style totalement différent, pour «Les vieux de la vieille» de Gilles Grangier (1960), où, directrice stricte de la maison de retraite de Gouyette, elle obligera les trois poltrons Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-Noêl à passer sous la douche ! La même année, elle est la cuisinière chez le même Gabin devenu «Le président» dans le film d'Henri Verneuil (1961). Dans «Le cave se rebiffe», elle se transforme en une concierge à l'affût aux côtés de son époux (Paul Faivre). Nouvelle occasion de côtoyer Jean Gabin, «Un singe en hiver» en fait Joséphine, une habituée du bar où Belmondo s'empêtre dans un flamenco aux relents éthyliques.

Adoptée par la bande des Branquignols chère à Robert Dhéry, elle figure au générique de «La belle américaine» (1961) et retrouvera les joyeux déjantés, deux années plus tard, en campant la garde-barrière de service dans «Le petit baigneur» (1967).

Eternelle grand-mère, elle aura des petits enfants célèbres : citons Brigitte Bardot dans «Une ravissante idiote» (1963) qu'elle avait croisée deux ans plus tôt lors du «Repos du guerrier» de Roger Vadim (lequel la réemploiera dans «La curée» en 1966) ; Françoise Dorléac dans «La gamberge» ; Jean Marais dans «L'honorable Stanislas» (1963).

Hélène Dieudonné fera ses adieux au cinéma en employant «Les grands moyens» (Hubert Cornfield, 1976).

Comme on peut s'en douter, elle fera de nombreuses apparitions sur nos petits écrans dans des fictions très célèbres. Souvenons-nous de «Janique Aimée» et de «Belle et Sébastien» où elle incarne Célestine qui vient au secours de son petit protégé lorsqu'il retrouve son père. Elle retrouve d'ailleurs Claude Giraud quelques années plus tard dans «Les compagnons de Jéhu» et figure dans les distributions de «Vidocq», «Ardéchois Coeur Fidèle» et plusieurs enquêtes des commissaires Bourrel et Maigret.

Epouse d'Antoine Marius Hugues (1937), Hélène Dieudonné termine sa carrière au milieu des années 70, se retirant dans le Vexin auprès de sa famille. Décédée le 29 septembre 1980, à l'âge respectable de 93 ans, elle repose au cimetière des Gonards de Versailles.

Sources…

Base de données du Film Français pour certaines images, «Dictionnaire des Comédiens disparus» d'Yvan Foucart pour des compléments d'informations, documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (janvier 2016)
Ed.7.2.1 : 22-1-2016