Ces dames font leurs shows ! (1)

Tableau n° 32

Eve Arden
Spring Byington
Donna Reed
Ann Sothern

Pionnières des shows télévisées d'après-guerre, Eve Arden, Spring Byington, Donna Reed et Ann Sothern se rendirent célèbres dans les années cinquante en imposant des personnages typés qui firent les beaux jours des téléspectateurs américains pendant plusieurs années.

Parallèlement, elles menèrent avec tout autant d'entrain et de bonheur des carrières cinématographiques dignes du plus grand intérêt pour les cinéphiles du monde entier, accédant même aux premiers rôles dans des films de moyenne importance.

La liste de ces fofolles exhubérantes pourrait être allongée de nombreux autres noms, a tel point que nous serons immanquablement amenés à y revenir dans un second volet…

Christian Grenier, juillet 2016
… fait son show
Eve ArdenEve Arden

Née le 30 avril 1908 à Mill Valley, une petite localité située au nord de San Francisco (Californie), Eunice Quedens est la fille d'une modiste-chapelière de talent, Lucille Frank, mère-célibataire depuis son divorce d'avec un mari, Charles Quedens, le plus souvent occupé à mettre en péril les finances familiales par son addiction au jeu.

La profession maternelle et le succès rencontré ne permettent guère à la maman de trouver le temps nécessaire pour assurer la bonne éducation de sa fillette. Aussi, après un court séjour dans un institut religieux, celle-ci est confiée à la garde d'une tante, dans sa ville natale.

La fillette est encore très jeune lorsqu'elle connaît son premier succès en remportant la médaille d'or d'un concours de récitation organisé par la "Women’s Christian Temperance Union", une association catholique s'attachant à donner une bonne moralité à ces demoiselles de la petite bourgeoisie. Elle poursuit son expérience en s'adonnant à des représentations scolaires au sein d'un établissement qu'elle ne tarde pas à quitter avec la ferme ambition d'embrasser une carrière de fantaisiste, sinon de comédienne. Des amis bien intentionnés et respectueux de sa décision l'amènent alors devant la porte du théâtre dirigé par Henry Duffy, la défiant d'y entrer et d'obtenir un emploi. Challenge relevé, elle entre dans la compagnie avec laquelle elle se produit en tournée dès 1927.

En 1929, Eunice attire l'attention de la Columbia Pictures qui lui permet de jouer les femmes fatales dans «Song of Love», un travail cinématographique sans lendemain. De tournée en tournee, de revue en revue , elle commence à se faire connaître avant de se produire dans la revue «Low and Behold» au Pasadena Community Playhouse de Los Angeles (1933) où le producteur Lee Shubert finit par la remarqurer. Elle s'installe alors à New York où elle intègre la troupe des Ziegfeld Follies, adoptant pour la circonstance son pseudonyme définitif en s'inspirant de la femme d'affaire Elizabeth Arden, créatrice d'une société de produits cosmétiques bien connus.

Après s'être montrée à l'écran de manière très discrète en 1933 dans un «Tourbillon de la danse» curieusement entretenu par Joan Crawford et Clark Gable, c'est sous ce nom d'artiste qu'elle est enfin créditée au générique de «Stage Door» (1937), un titre qui va lancer sa carrière cinématographique…

Eve Arden au cinéma…

Eve ArdenEve Arden

Les choses ne tournèrent pas pour autant immédiatement au beau fixe pour Eve Arden à qui aucun studio n'offrit un engagement ferme. Ginger Rogers la souhaita à ses côtés pour «Having a Wonderful Time» (1939) tandis que Groucho Marx lui fit jouer une scène renversante dans «Un jour au cirque» (1939). Comme son amie Lucille Ball, elle se montra rapidement insatisfaite de ses emplois de l'époque, bien trop courts («Ziegfeld Girl» en 1941) ou stéréotypés («Comrade X» en 1940).

Plus valorisant est le rôle à elle offert par Hal Wallis, le patron de la Warner, qui l'autorise à suivre Marlene Dietrich, «L'entraîneuse fatale» (1941), sur des chemins tortueux habilement tracés par Raoul Walsh. Sa performance fut suffisamment convaincante pour que le producteur lui propose le fameux contrat septennal. Mais, s'étant habituée à son statut “freelance”, la charmante actrice décline l'offre jusque là espérée. Ce ne fut que partie remise car trois ans plus tard, mariée et en quête de stabilité, elle dut signer le document fatidique afin de pouvoir compléter, avec Alexis Smith, Ann Sheridan et Jane Wyman, le quatuor des «Doughgirls» (1944) dans une comédie maladroitement importée de Broadway et qui devait sérieusement entamer les noisettes financières de la compagnie des frères Warner.

Avec «Mildred Pierce» (1945), Eve Arden aurait pu entrer définitivement au Panthéon du septième art hollywoodien, obtenant une nomination pour la course à l'oscar du meilleur second rôle. Mais si, pour le même film, Joan Crawford fut honorée par l'Académie of Motion Pictures dans la catégorie reine, ce fut Anne Revere qui emporta la statuette convoitée par notre pouliche qui ne passa plus jamais aussi prêt de la consécration suprême.

Chanteuse française très glamour dans la biographie de Cole Porter, «Nuit et jour» (1946), divorcée et alcoolique dans «L'infidèle» (1947), actrice manipulatrice dans «The Voice of Turtle/Aventure à deux» où elle fait la troisième, Eve Arden peut enfin étendre son registre artistique lorsqu'on lui propose d'être la voix radiophonique de l'enseignante Miss Brooks (1947) pour la chaîne CBS – proposition rejetée par Shirley Booth –, un emploi qu'elle tiendra quelques années devant le micro en compagnie du jeune Jeff Chandler. En 1952, le feuilleton fut porté parallèlement au petit écran, Bob Rockwell remplaçant Chandler. Avec 130 épisodes entre 1952 et 1956, la série connut un succès énorme et vakut à son interprète un Emmy Award (1954) avant de s'essoufler dans sa dernière saison, malgré une tentative régénératrice tentée par son adaptation tardive au grand écran («Our Miss Brooks», 1956).

La Warner n'hésita pas à (re)miser sur l'actrice bientôt cinquantenaire en lui offrant son «Eve Arden Show» télévisuel (1957/1958). Mais son personnage de mère intellectuelle n'etait pas celui que son public voulut lui voir endosser au-delà d'une simple saison. Elle n'en poursuivit pas moins une carrière prolifique pour ce média familial auquel elle sacrifia tant que sa santé le lui permit. On la vit également à plusieurs reprises sur la toile blanche, jusque dans des titres fort honorables («Autopsie d'un meurtre» en 1958, «Grease» en 1978, «Grease 2» en 1982). Mais jamais Eve Arden, qui laissa pourtant doublement ses empreintes dans le ciment du Wall of Fame, ne put prétendre à accéder aux rôles qui séparent les bonnes actrices des grandes stars du firmament californien.

Divorcée de Ned Bergen (1938/1947) avec lequel elle adopta trois enfants, Eve Arden fut ensuite l'épouse du comédien-producteur Brooks West (1952/1984), père de son fils biologique Douglas (1954). Elle quitta ce monde le 12 novembre 1990, six ans après son époux, le coeur affaibli par une vilaine maladie que l'on qualifie pudiquement de longue et qu'elle traînait depuis quelques années.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juin 2016)
Ed.7.2.2 : 29-6-2016