Ces dames font leurs shows ! (1)

Tableau n° 32

Eve Arden
Spring Byington
Donna Reed
Ann Sothern

Pionnières des shows télévisées d'après-guerre, Eve Arden, Spring Byington, Donna Reed et Ann Sothern se rendirent célèbres dans les années cinquante en imposant des personnages typés qui firent les beaux jours des téléspectateurs américains pendant plusieurs années.

Parallèlement, elles menèrent avec tout autant d'entrain et de bonheur des carrières cinématographiques dignes du plus grand intérêt pour les cinéphiles du monde entier, accédant même aux premiers rôles dans des films de moyenne importance.

La liste de ces fofolles exhubérantes pourrait être allongée de nombreux autres noms, a tel point que nous serons immanquablement amenés à y revenir dans un second volet…

Christian Grenier, juillet 2016
… fait son show
Spring ByingtonSpring Byington

Actrice américaine née le 17 octobre 1886 à Colorado Springs, Spring Dell Byington passa ses premières années à Denver où son père était enseignant. Lorsqu’il meurt, elle n’a que cinq ans; sa mère entreprend des études de médecine et laisse sa fille aînée à la charge de sa famille. Très tôt, Spring sera attirée par le théâtre, au point d’être quasiment professionnelle à quatorze ans. Elle connaît à New York ses premiers succès et décide de suivre au Brésil et en Argentine une troupe itinérante. La tournée durera six ans, de 1908 à 1916. Tant qu’à faire, elle épouse en 1909 son producteur, Roy Carey Chandler. Installé en Argentine, le couple donnera naissance à deux fillettes, Lois et Phyllis.

Après son divorce (1920), accompagnée de ses filles, Spring regagne Broadway où elle se produira dans la compagnie de Stuart Walker pendant une bonne dizaine d’années. On put ainsi la voir on Broadway dans «Beggar on Horseback» (1924), une production de George S.Kaufman et Marc Connelly dans laquelle elle ne fait qu'une courte apparition, plus avantageusement dans «Once in a Lifetime» de Moss Hart et George S.Kaufman et, entre 1932 et 1933, dans «When Ladies Meet» pour un rôle qu'elle conservera lorsque la pièce sera portée à l'écran (1941).

Ce n'est qu'à l’âge canonique de 44 ans que l'actrice fera sa première apparition au cinéma dans un obscur court métrage de Noël, «Papa’s Slay Ride» (1930). Trois ans plus tard, sur la recommandation d'un de ses collègues, elle est enfin requise par la RKO qui lui mettra le pied à l'étrier…

Mais, pour nos amis d'outre-Atlantique, Spring Byington restera éternellement Lily Ruskin, l'héroïne de la série télévisée «December Bride» (1954/1959), qu'elle créa deux années auparavant sur la chaîne radiophonique CBS. Au cours de 157 épisodes, cette veuve encore désirable s'évertuera, avec l'aide de son entourage, à trouver l'ame soeur auprès de laquelle elle appréciera de finir ses vieux jours. Seront testés tour à tour des noms aussi considérables que Mickey Rooney, Gilbert Roland, Fred MacMurray ou Rudy Vallee !

Le soufflet retombé, on la retrouvera en veuve du Far West dans «Laramie» (59 épisodes entre 1961/1963). L'essentiel de sa carrière accomplie, ses derniers rôles seront à nouveau pour la télévision, avec notamment une participation à «Batman» (1966) – elle y joue Pauline Spaghetti ! – et le premier épisode de «The Flying Nun» (1968) avec Sally Field où elle sera, bien entendu, la mère… supérieure !

Par la suite, retirée des affaires publiques, Spring Byington se réfugia dans les voyages et la lecture jusqu'à son décès, survenu le 7 septembre 1971, des suites d'un cancer.

Spring Byington au cinéma…

Spring Byington«You Can't Take It With You» (1938)

D’emblée, voix sucrée et larme au coin de l’œil, elle incarne la mère idéale, pour Katharine HepburnKatharine Hepburn et ses sœurs dans «Les quatre filles du docteur March» (1933) ou pour Franchot Tone dans «Les révoltés du Bounty» (1935). Plus tard, elle sera la sympathique maman de Mickey RooneyMickey Rooney, alias Andy Hardy, dans «A Family Affair» (1937) et de Ginger Rogers dans «It Had to Be You/L’homme de mes rêves» (1947). Certaines enfants turbulentes lui donneront quelques soucis, comme Shirley Temple à la recherche de «L’oiseau Bleu» (1940) ou Judy Garland, l’adolescente ambitieuse de «Lily Mars vedette» (1943). Dans «Le ciel peut attendre» (1943) de Lubitsch, elle sera si entichée de son fils (Don Ameche) qu’elle ne parviendra jamais à lui reprocher ses fredaines. Pour le grand public américain, elle devient très populaire sous le nom de Mrs John Jones dans une série de comédies à petit budget tournées entre 1936 et 1940 où, mariée à Jed Prouty, elle incarne à dix-sept reprises une mère de famille de la classe moyenne. C’est aussi cette image sympathique que l’on retrouve chez Frank Capra dans «L’homme de la rue» (1941) où sa gentillesse lui vaut une bise spontanée de Gary CooperGary Cooper.

Pourtant, ce sont ses interprétations loufoques qui retiennent plus volontiers notre attention, à commencer par la présidente d’un cercle littéraire provincial dans «Theodora devient folle» (1936) où elle joue les commères prudes avec beaucoup de talent. Mère de Jean ArthurJean Arthur dans «Vous ne l’emporterez pas avec vous» (1938) de Frank Capra, Mrs Sycamore est une charmante foldingue qui se croit écrivain depuis qu’on lui a livré par erreur une machine à écrire ! Le rôle lui vaudra d’être nommée à l’oscar du meilleur second rôle féminin et engendrera une ribambelle de joyeuses zinzins comme la tante d’Esther Williams dans «Thrill of Romance/Frisson d’amour» (1945). Vieille fille férue d’astrologie dans «The Heavenly body» (1944), rien ne saurait la déstabiliser, pas même le moment où William PowellWilliam Powell la réveille à coup de lance d’arrosage : tout juste relèvera-t-elle que les astres prévoyaient justement un temps humide…

Les femmes du monde un peu sottes lui conviennent aussi à merveille, comme Mrs Duncan-Griswald-Wembly-Smythe dans «Broadway Hostess» (1935) : plus le patronyme est long, plus le personnage est creux, et qui mieux que Spring Byington pour remplir de fantaisie une snob prétentieuse ? C’est aussi le cas de Mrs Kendrick qui déplore la conduite tapageuse de Bette DavisBette Davis, «L’insoumise» (1938) de William Wyler. Dans «Ellery Queen and the perfect crime» (1941), coquette en peignoir portant sur l’épaule un singe à collerette, elle joue parfaitement la comédie de la belle-soeur éplorée, criminelle en puissance. Gouvernante de Dragonwyck, «Le château du dragon» (1946), son sourire devient mielleux lorsqu’elle distille les sous-entendus perfides propres à déstabiliser les jeunes filles romanesques. Si le richissime Charles Coburn succombe à son charme à la fin de «The Devil and Miss Jones» (1941), elle aurait tendance à contrarier les idylles naissantes, comme celle de Gene Tierney et Henry Fonda dans «Rings on Her Fingers» (1942) où on la voit en aimable arnaqueuse; de même, dans «No Room for the Groom » (1952) de Douglas Sirk, elle fume et boit en cachette mais, à la moindre alarme, la voilà qui prétexte un malaise cardiaque, histoire de pourrir davantage l’impossible lune de miel de Piper Laurie et Tony CurtisTony Curtis !

L’âge venant, Spring reste fidèle à ce que laissait présager son pimpant prénom : toujours accorte, elle séduit encore de fameux vétérans comme Frank MorganFrank Morgan qui la courtise «The Vanishing Virginian» (1941) ou S.Z. SakallS.Z. Sakall qui lui susurre «Amour poste restante/In The Good Old Summertime» (1949); Charles Coburn et Edmund GwennEdmund Gwenn se disputent son cœur de grand-mère dans «Louisa» (1950) au grand dam d’un fiston bien conservateur (Ronald ReaganRonald Reagan !). Après sa participation au beau western d’Anthony Mann, «La porte du Diable» (1950), elle ne tournera plus qu’une dizaine de films, accapparée qu'elle fut par la petite lucarne. On la vit pourtant une dernière fois au cinéma en mère de Doris DayDoris Day dans «Ne mangez pas les marguerites» (1960).

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Jean-Paul Briant (juin 2015)
Ed.7.2.2 : 1-7-2016