Ces dames font leurs shows ! (1)

Tableau n° 32

Eve Arden
Spring Byington
Donna Reed
Ann Sothern

Pionnières des shows télévisées d'après-guerre, Eve Arden, Spring Byington, Donna Reed et Ann Sothern se rendirent célèbres dans les années cinquante en imposant des personnages typés qui firent les beaux jours des téléspectateurs américains pendant plusieurs années.

Parallèlement, elles menèrent avec tout autant d'entrain et de bonheur des carrières cinématographiques dignes du plus grand intérêt pour les cinéphiles du monde entier, accédant même aux premiers rôles dans des films de moyenne importance.

La liste de ces fofolles exhubérantes pourrait être allongée de nombreux autres noms, a tel point que nous serons immanquablement amenés à y revenir dans un second volet…

Christian Grenier, juillet 2016
… fait son show
Donna ReedDonna Reed

Née le 27 janvier 1921 à Denison (Iowa, U.S.A) au sein d'une famille de fermiers de petite aisance, Donnabelle Mullenger est l'aînée d'une fratrie de cinq enfants. Elevée dans le culte méthodiste, elle traverse une enfance entravée par de faibles revenus familiaux.

Adolescente, elle quitte sa campagne pour rejoindre au coeur de la ville sa grand-mère et compléter sa scolarité dans l'espoir de devenir enseignante comme maman. Sur les conseils de l'un de ses professeurs, elle s'inscrit au club de théâtre de son établissement afin de venir à bout d'une timidité jugée excessive. En 1938, elle s'installe à Los Angeles auprès de sa tante Mildred afin d'entamer un cursus universitaire au sein du Los Angeles City College. Là, elle renouvelle ses expériences artistiques sans aucune ambition professionnelle, se consacrant plus sûrement à ses études de secrétariat, nouvel objectif de carrière future.

Mais le destin ne l'entend pas de cette oreille, qui la fait désigner, en 1940, reine de son école par les étudiants de son entourage, honneur qui lui permet de voir son image imprimée à la une du Los Angeles Times. Faut dire que la douce enfant allie une intelligence aigüe à une beauté que d'aucuns trouvent déjà remarquable. Ce fut notamment le cas d'un directeur de casting, Billy Grady, qui lui permet de tourner un bout d'essai en compagnie d'un jeune débutant du sexe opposé, Van Heflin. L'affaire lui vaut rapidement de signer un contrat de sept ans auprès de la Metro-Goldwyn-Mayer au salaire pour elle inespéré de 75 dollars par semaine !

Rebaptisée Donna Reed à son goût défendant, la jeune actrice fait ainsi ses débuts à l'écran en tenant le premier rôle féminin, face à l'insipide Dan Dailey, dans un petit film de série "B", «The Get-Away» (1941). Suivent d'autres ouvrages de même confection qui lui valent de fréquenter quelques personnages, petits ou grands, de l'écran américain de ces années de guerre : «Shadow of the Thin Man» (1941), «The Courtship of Andy Hardy» (1942), «Dr. Gillespie's Criminal Case» (1943), etc.

Sur un plateau de cinéma elle fait la connaissance d'un jeune maquilleur appelé à une grande carrière au sein de la firme au lion rugissant, William Tuttle. Mais le coup de foudre n'éclaira qu'un court instant le ciel de la jeune femme pour une union plutôt brève (1943 / 1945). Trois mois après son divorce, Donna Reed en reprend pour 25 ans auprès de son agent Tony Owen. Le couple aura quatre enfants, dont deux adoptés…

Donna Reed sur les écrans…

Donna ReedDonna Reed, alias Donna Stone

Il faut attendre 1945 et «Le portrait de Dorian Gray» pour que les qualités artistiques de notre vedette éclatent au grand jour. Dans le rôle de la fiancée du portrait, ajouté aux personnages imaginés par Oscar Wilde afin de donner un ton romantique à cette oeuvre troublante, elle crève la toile sur laquelle son époux intemporel aurait mieux fait de ne pas s'acharner ! L'actrice accède enfin aux grands titres, retenue qu'elle est par John Ford pour devenir un enjeu sentimental entre John Wayne et Robert Montgomery dans «Les sacrifiés» (1945). Pompom sur les casquettes, elle est fort opportunément “prêtée” à la RKO Radio Pictures pour épouser James Stewart auprès de qui «La vie est belle» (1946) quand on la prend du bon côté.

En 1948, son mandat septennal achevé, elle exercice en “free lance” pendant quelque temps («Beyond Glory» en 1948, «Chicago Deadline» en 1949). En 1950, Tony Owen devenu l'associé de Harry Cohn à la Columbia Pictures, elle rejoint son époux au sein de ce studio de deuxième ordre. Cette déqualification ne l'empêche pas d'attirer l'attention des ses collègues qui la portent au pinacle de la consécration en lui attribuant l'oscar 1954 de la meilleure actrice de composition pour sa performance dans «Tant qu'il y aura des hommes» (1953).

Décue par les propositions de la compagnie, nonobstant ce succès inespéré, Donna Reed obtient la résiliation à l'amiable de son contrat avec la Columbia. Dès lors, son parcours cinématographique s'égare dans des voies aventureuses qui l'amèneront, en 1958, à prendre ses distances avec le septième art.

Heureusement pour elle, le huitième prendra avantageusement la relève. Dès 1956, elle fonde, avec son mari, la société Todon of California Inc qui produira, outre un long métrage de petite envergure («Beyond Mombasa», 1956), son propre spectacle télévisé, «The Donna Reed Show». De 1958 à 1966, tout au long de 275 épisodes, elle incarnera l'infatigable Donna Stone, épouse d'un pédiatre et mère de deux enfants (dont la jeune actrice Shelley Fabares qui finira par la considérer comme sa seconde mère, avant d'être remplacée par Patty Petersen). Au travers de ses aventures familiales teintées d'une touche d'humour, elle donne alors de la mère américaine une image dans laquelle se reconnaîtront beaucoup de ses compatriotes, même si certaines éleveront la voix pour dénoncer l'attachement à un archétype de femme au foyer que les mouvements féministes, alors en plein développement, ne reconnaissent pas comme un idéal. Malgré tout, en 1963, un Golden Globe viendra couronner cette performance de huit longues années. Entre 1984 et 1985, Donna Reed assumera pendant 24 épisodes la succession de Barbara Bel Geddes au sein de la série internationale «Dallas» avant que l'impétrante, revenant sur sa décision, ne se décide à reprendre sa place.

En 1967, son fils Anthony appelé sous les drapeaux, Donna Reed entame un combat politique, aux côtés du Parti Républicain, pour le désengagement américain au Viet-Nam, avant de s'attaquer à la prolifération des armes nucléaires. Le 30-8-1974, elle épouse Grover Asmus, colonel en retraite et ingénieur pétrolier en activité, qui restera son compagnon jusqu'à son dernier jour. Ce sera le 14 janvier 1986 à Beverly Hills, quelques mois après avoir reçu le terrible diagnostic d'un cancer du pancreas en phase terminale.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juillet 2016)
Ed.7.2.2 : 26-7-2016