Ces dames font leurs shows ! (1)

Tableau n° 32

Eve Arden
Spring Byington
Donna Reed
Ann Sothern

Pionnières des shows télévisées d'après-guerre, Eve Arden, Spring Byington, Donna Reed et Ann Sothern se rendirent célèbres dans les années cinquante en imposant des personnages typés qui firent les beaux jours des téléspectateurs américains pendant plusieurs années.

Parallèlement, elles menèrent avec tout autant d'entrain et de bonheur des carrières cinématographiques dignes du plus grand intérêt pour les cinéphiles du monde entier, accédant même aux premiers rôles dans des films de moyenne importance.

La liste de ces fofolles exhubérantes pourrait être allongée de nombreux autres noms, a tel point que nous serons immanquablement amenés à y revenir dans un second volet…

Christian Grenier, juillet 2016
… fait son show
Ann SothernAnn Sothern

Née le 22 février 1909 à Valley City (Dakota du Nord), Harriet Arlene Lake est la fille de Walter John Lake (1885/1970), comédien et homme d'affaires oeuvrant dans l'import-export, et d'Annette Yde Nielsen (1884/1962), chanteuse de concert et fille du violoniste danois Hans Nielsen. Son grand père paternel, Simon Lake, conçut au sommet de son métier quelques-uns des tout premiers sous-marins pour l'US Navy.

Après quelques années partagées à Minneapolis (Minnesota) avec ses soeurs cadettes – Marion Lake et Bonnie Lake, cette dernière futur auteur-compositrice et interprète de chansons à succès – la fillette doit affronter la séparation de ses parents (1914, divorce prononcé en 1927), trouvant peut-être une compensation dans des cours de piano suivis à la McPhail School of Music du pays. Quelques années plus tard, pianiste et chanteuse appréciée, elle se produit avec succès dans des choeurs d'église où sa voix résonne bien haut.

Adolescente, elle achève ses études à la Minneapolis Central High School avant de se produire dans plusieurs shows. Sa mère installée à Los Angeles – elle y deviendra directrice de dialogue et de chant à la Warner Bros. –, Harriet rejoint son père à Seattle avant de d'user brièvement les bancs de l'Université de Los Angeles (1926/1927).

Chanteuse professionnelle, elle a le bonheur d'exercer notamment au sein de l'orchestre d'Artie Shaw (futur époux saisonnier d'Ava Gardner) et l'opportunité de faire ses premières armes cinématographiques à la Metro-Goldwyn-Mayer («The Show of the Shows», 1928). Membre de la troupe de Lorenz Ziegfeld (1927/1928), comédienne à Broadway sous le nom d'Hariette Lake («America's Sweetheart» en 1931, «Everybody's Welcome» en 1932, etc), elle apparaît jusqu'en 1933 dans plusieurs petits films, se contentant de pousser les vocalises entre deux fondus enchaînés («Le metteur en scène» avec Buster Keaton en 1930, etc). Sa première composition d'actrice ne surviendra qu'en 1933 dans «Let's Fall in Love/Un rêve à deux» et se poursuivra dans des oeuvrettes de série "B" jusqu'à la fin de la décennie, nonobstant une interposition fort remarquée entre Merle Oberon et Maurice Chevalier dans «Folie Bergere de Paris» (version américaine, 1935) et ses intrusions divertissantes dans le drame policier de Tay Garnett, «La femme aux cigarettes blondes».

Entre temps, ballotée de la Columbia Pictures où elle s'ennuie («Blind Date» en 1934, «Don't Gamble With Love» en 1936, etc) à la RKO où elle forme plusieurs fois un duo agréable avec Gene Raymond («Walking on Air» en 1936, «There Goes My Girl» en 1937), notre nouvelle vedette aura pris le temps d'épouser Roger Pryor (1936/1943), musicien et acteur déjà croisé lors d'un tour de chant, qui la laissera sans descendance…

«Maisie Was a Lady»

Ann SothernAnn Sothern, Maisie

En 1939, notre rousse naturelle installe sa blondeur préfabriquée dans les studios de la Metro-Golwyn-Mayer, compagnie qui lui laisse entrevoir un avenir davantage prometteur. Son premier personnage de Mary Anastasia O'Connor, professionnellement connu sous le nom de Maisie Ravier, danseuse burlesque à Brooklyn, devait en dessiner les contours et les limites. Dévolu à Jean Harlow avant que la faucheuse n'en décide autrement, ce rôle devait valoir à l'impétrante une notoriété nationale – la période étant peu favorable à une exportation vers une Europe alors en pleine guerre – qui débouchera sur l'une des plus célèbres suites hollywoodiennes des années quarante : «Maisie» (1939) ne devait pas enfanter moins d'une dizaine de succédanés entre 1940 et 1947 («Congo Maisie» en 1940, «Maisie Was a Lady» en 1941, «Swing Shift Maisie» en 1943,… , «Undercover Maisie» en 1947), avant de se prologer par une adaptation radiophonique («The Adventures of Maisie», 1949/1951). Entre-temps, elle aura remarquablement incarné l'une des tragiques héroïnes en uniforme de «Cry Havoc» (1943), à la distribution essentiellement féminine.

Si le meilleur restait à venir – «Ma vie est une chanson» (1948), pour lequel sa présence était tout indiquée, «Chaînes conjugales» (1948) qui la retiennent à Kirk Douglas, «La femme au gardenia» (1953) soignée de près par Richard Conte –, sa carrière cinématographique ne devait pas véritablement survivre à cette série fétiche et ses apparitions, perturbées par quelques ennuis de santé, s'espacèrent jusqu'en 1964 («Que le meilleur l'emporte» aux côtés de Henry Fonda). Son dernier titre, «Les baleines du mois d'aôut» du britannique Lindsay Anderson (1987), dans lequel elle forme un trio de vieilles gloires en compagnie de Lillian Gish et Bette Davis, lui vaudra une nomination à l'oscar, pas davantage concrétisée que suivie de nouvelles propositions.

Fort heureusement, le petit écran devait lui donner de plus grandes satisfactions. De 1953 à 1957, Ann Sothern incarna 104 fois Susie MacNamara, «Private Secretary» d'un agent théâtral aléatoirement campé par Don Porter. De 1958 à 1961, elle anima à 96 reprises, sous les traits de Katy O'Connor, «The Ann Sothern Show» (produit par sa grande amie Lucille Ball) qui fit d'elle l'assistante d'un directeur d'hôtel aux multiples facettes. Curiosité de carrière, elle prêta à 30 reprises sa voix à … une automobile (!) pour la série «My Mother The Car» (1965/1966), mais "… uniquement pour de l'argent !" nous assura-t-elle !

Epouse entre 1943 et 1949 de l'acteur Robert Sterling, son partenaire dans «Ringside Maisie» (1941), Ann eut la joie de donner naissance à leur fille Patricia Ann (1944), future actrice sous le nom de Tisha Sterling. Femme d'affaires avisée, elle eut la sagesse, lorsque la bise fut venue, de diversifier ses activités : magasin de haute couture, élevage de bétail, boutique de cadeaux et franfreluches, maison d'édition de disques… Souffrant d'une vilaine hépatite contractée en 1952 qui lui fit retrouver la foi – elle se convertit au catholicisme la même année – sinon le foie, sévèrement blessée sur un plateau de télévision, elle devait voir son tour de taille s'épaissir à la suite traitements médicaux et de longues périodes d'inactivité. Ayant chanté du printemps à l'automne de son existence, elle quitta ce monde un soir d'hiver finissant, succombant à une bien inélégante crise cardiaque.

Sources…

Documents personnels, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Christian Grenier (juillet 2016)
Ed.7.2.2 : 30-7-2016