Ailleurs l'herbe est plus verte…

Jacques BERGERAC (1927 /2014)

… Le Ramuntcho de Beverly Hills
Prenom_NomJacques Bergerac

Jacques Gilbert Henri Bergerac naît le 26 mai 1927 à Biarritz. Son père y est comptable tandis que sa mère élève au foyer ses deux garçons, Michel venant vite compléter la famille. Les deux frères passent leur enfance dans la villa familiale "Ordaïna" (récompense), rue Etienne, non loin de la tristement célèbre "Nuit de mai", siège local de la Gestapo.

Jacques vit mal son adolescence sur fond de guerre, malgré les petits flirts cachés sur la plage de "La Chambre d'Amour", mais réussit tout de même à décrocher son baccalauréat. Il est alors un très bel athlète, qui s'adonne au tennis et à la natation.

La paix revenue, il monte à Paris pour suivre des études de droit avec l'idée d'endosser un jour la robe d'avocat. Pour se faire un peu d'argent, il travaille au Grand Hôtel, à côté de l'Opéra et, tout en préparant son diplômequ'il obtiendra au terme de quatre années d'études, il parfait son anglais. Il s'acquitte ensuite du service militaire dans une Algérie qui commence à faire entendre son désir d'indépendance.

En 1952, rendu à la vie civile, dans le prolongement logique de sa formation, il entre dans un cabinet d'avocats parisien. Un soir de détente, attablé à la terrasse du "Fiacre", au quartier latin, il se voit interpellé par un certain Al Tresconi, “talent scout” de la MGM. : "Voulez vous faire du cinéma ?". Sur l'instant, il pense à une farce montée par des copains ou encore à une manœuvre de séduction de sa belle compagne d'un soir ; il botte donc en touche tout en conservant le numéro de téléphone de son interlocuteur. Le lendemain, curieux, il appelle ; une demi-heure plus tard, il doit se rendre à l'évidence : La MGM lui propose bien un contrat de 7 ans, à 1 000 dollars par semaine, la première année. "Nous vous apprendrons le métier d'acteur de cinéma...". Réponse est demandée pour le lendemain et sa présence à Hollywood exigée le 1er octobre, si accord. Il apprendra plus tard que la compagnie, ayant réalisé que les french lovers étaient appréciés outre Atlantique, aimerait trouver un nouveau Louis Jourdan ou Charles Boyer. Abasourdi, notre ami accepte. Pour calmer ses nerfs, il se rend à Roland-Garros. Dans les gradins, il remarque une sublîme jeune femme ; actrice américaine, elle se nomme Evelyn Keyes. Un peu plus tard, elle lui présente sa meilleure copine, pour la première fois de passage dans la capitale, Ginger Rogers.

«Ginger ? This is Jacques…»

Voilà le jeune homme complètement pétrifié : "Je n'avais jamais rencontré un être exerçant un pareil magnétisme". Incapable de prononcer une seule parole, notre héros tombe amoureux sur le champ de la star. Elle a 20 ans de plus que lui et a déjà connu trois maris, mais qu'importe ! La chance ayant décidément pris son parti, il la retrouve chez un ami décorateur. Ils se revoient à Nice pour ne plus se quitter. Leur idylle fait la une des journaux. Ginger rentre aux USA. Trois semaines plus tard, Jacques la rejoint, honorant par la même son contrat. Il s'aperçoit que leur romance est connue de tout le monde. Il réussit son examen de passage imposé par les deux commères d'Hollywood réputées pour leur férocité : Hedda Hopper et Louella Parsons

Sous les sunlights…

Prenom_NomGinger Rogers et Jacques Bergerac

Mais le bel Apollon n'oublie pas qu'il est là pour faire du cinéma. Il entame un entraînement intensif, les matinées étant consacrées à apprendre les spécificités de la langue américaine, les après-midi à s'initier à l'art dramatique tout en prartiquant l'escrime, la boxe et l'équitation. Présente à ses côtés, Ginger l'aide à trouver les codes pour appréhender ce monde hollywoodien bien particulier. Ils se marient à la Quinta, le 1953 en toute intimité, pour échapper à la meute des paparazzi. Il l'appelle “Pinkie”, elle est folle de lui, la vie est belle… Hélas, quelques années plus tard, la presse “people” de l'époque, en publiant des photos compromettantes de Jacques, poussera le couple – image de marque oblige – à se séparer, non sans regret…

En attendant, pourtant marié à la plus célèbre danseuse du monde, formé comme acteur et s'exprimant désormais comme un autochtone, il se désole de ne pas être utilisé comme il l'espérait. Ginger lui permet d'obtenir son premier rôle à ses côtés, sous la direction de David Miller. A Londres puis sur la Côte d'Azur où se tourne «Meurtre sur la Riviera» (1954), le couple n'aura pas à se forcer pour jouer les amoureux. Lors des scènes londoniennes, Jacques fait la connaissance de Richard Burton qui deviendra un grand ami autour d'une passion commune, le rugby.

Dès lors s'ouvre devant le jeune acteur une carrière prometteuse. Pourtant, partenaire d'Ida Lupino dans «Strange Intruder» (1956), de Kay Kendall dans «Les Girls» aux côtés de Gene Kelly (1957), de Leslie Caron et Eva Gabor dans «Gigi» (1958), il n'incarnera que des personnages de second plan. Il lui faudra attendre «The Hypnotic Eye» de Georges Blair (1960) pour camper en tête d'affiche un inquiétant hypnotiseur soupçonné d'avoir tué plusieurs femmes. De passage en France, il aurait fugacement personnifié le Comte de Provence, futur Louis XVIII, dans «Marie-Antoinette, reine de France» de Jean Delannoy, mais bien malin qui pourra le reconnaître. Davantage connu comme "le mari de", un prince consort plutôt charmant, il doit se contenter de jouer les “jet-setters” comme on dirait aujourd'hui. Il ose tout de même le style western face à des spécialistes du genre, Jeff Chandler et Susan Hayward, ses partenairs de «Caravane vers le soleil» (1959), dans l'emploi taillé sur mesure d'un immigrant venu du Pays Basque pour chercher fortune et épouse en Californie.

Après son divorce, Jacques Bergerac se tourne vers le cinéma italien, sacrifiant à la mode du peplum avec «La colère d'Achille» (1962) où il incarne le héros mythologique Hector. S'il évoque dans sa biographie avoir travaillé aux côtés de belles actrices comme Stefania Sandrelli, Lea Massari, Antonella Lualdi, Elsa Martinelli, Virna Lisi, ou Monica Vitti, force nous est de reconnaître que nous n'en avons pu en retrouver les traces. Certes, «La congiuntura» (1964) lui fait rencontrer Vittorio Gassman, qui deviendra un "frère de cinéma", mais les quelques rôles qui lui sont confiés là-bas ne lui permettent pas de marquer sa présence, lui qui dispose pourtant d'un physique avantageux (1 m91), parle plusieurs langues, sait s'attirer la sympathie…

En 1964, de retour aux Etats-Unis, il campera un élégant ambassadeur de France à l'ONU, aidant Bob Hope, «Papa Playboy», à identifier un charmant bébé abandonné : qui en est la génitrice ? Michèle Mercier ? Liselotte Pulver ? Elga Andersen ?

Un french lover bussiness-man…

Prenom_NomJacques Bergerac à Ordaina

Si Jacques Bergerac acteur n'arrive pas à se révéler, un autre Jacques Bergerac existe bel et bien, le french lover, ami de tous, y compris de Ronald Reagan qui l'invitera à la Maison Blanche. Convié partout, comme il le raconte si bien dans son livre de souvenirs «Une table chez Romanoff», il fréquente les plus grands : ses compatriotes Charles Boyer, Louis Jourdan, Jean-Pierre Aumont, Marcel Dalio, mais aussi Robert Stack, Robert Mitchum, Romain Gary, etc.

Côté coeur, tombé amoureux d'une femme virginale, Dorothy Malone, il s'entend dire : "Je suis catholique, je ne vivrai qu'avec un homme, celui que j'épouserai". Jacques épouse donc la blonde actrice racée à Hong Kong en 1959, pour le pire davantage que le meilleur. De cette union naîtront deux filles, Mimi et Diane. Elles n'ont que 4 et 2 ans lorsque le couple éclate, Dorothy ne voulant rien entendre de la culture française et imposant sa mère au sein du ménage. De procès couteux en procès couteux, le mari délaissé devra accepter de ne jamais exister dans la vie des deux fillettes qui ne sauront jamais parler le français, événement qui lui causera à jamais un immense chagrin.

Acteur de télévision (2 épisodes de «Mata Hari» avec Merle Oberon), il apparaîtra tardivement au générique de feuilletons populaires (Columbo, «Batman» en 1967, «Max la Menace» en 1968, etc), il se verra invité sur les grands shows de quelques uns de ses amis, comme David Niven, Lucille Ball ou Doris Day. Sa carrière est au plus bas lorsque la chance frappe à nouveau à sa porte : Charles Revson, patron de Revlon lui propose de porter l'image de ses produits de luxe, les clientes voulant approcher ce ravissant Français qui a réussi à séduire deux stars ! Son frère Michel le rejoindra un peu plus tard (le décès de celui-ci, en septembre 2016, faisant encore l'objet d'un article élogieux du Wall Street Journal).

Mais le Pays Basque, et surtout les sardines fraîches et le bon pain frais, finissent par lui manquer. Il rentre en France, s'installe à Paris où il finit par épouser Edith Brennan, une jeune femme qui lui apportera la stabilité familiale. Bien vite, les affaires lui font oublier son passé d'acteur. Il s'intalle alors dans sa chère ville de Biarritz où il préside aux destinées du club de Rugby local.

C'est au Pays Basque qu'il finit sa vie, à Anglet plus précisément, au dessus de "La Chambre d'Amour", et quittera ce monde à 86 ans, le 15 juin 2014.

Documents…

Sources : «Une table chez Romanoff», de Jacques Bergerac, documents personnels, Imdb, plusieurs images glanées çà et là, dans divers ouvrages ou sur la toile, au cours de nombreuses années de vagabondage, et dont je n'ai pas toujours gardé trace de l'origine.

Donatienne (novembre 2016)
Ed.8.1.2 : 9-11-2016